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La Dépêche d'Abidjan

Violences et guerres comme instruments des systèmes de gouvernance

Le déclenchement de l'intervention française au Mali le 10 janvier 2013, constitue, au-delà de toutes les observations purement factuelles et circonstancielles, un autre cas d'école pour la détermination des objectifs et la clarification du statut de l'art de la guerre autant que du phénomène de la violence pure dans les systèmes de gouvernance.


S'il est plus que inutile de spéculer sur un événement qui était de toute façon attendu, il est par contre essentiel de se pencher méthodiquement sur le contexte interne et international dans lesquels s'effectue cet engagement des troupes françaises. Nous entendons restituer sa signification fondamentale par rapport à l'évolution des rapports des forces entre les acteurs qui font et défont l'actualité de la vie politique de la France, et ensuite replacer la démarche dans une logique de positionnement concret sur la scène diplomatique mondiale.

La violence dans son essence première est toujours l'expression de la guerre magnifiée à des degrés divers par des initiateurs revêtant différents statuts institutionnels. De même, la guerre est par définition la violence élevée au stade majeur de confrontation entre personnes morales de droit international d'abord, avant d'être ensuite, de temps à autre, dans un langage globalisant voire banalisé, présentée comme une opposition violente et radicale, mettant en exergue des protagonistes aux intérêts diamétralement incompatibles.

Par ailleurs, les doctrines militaires ont beau évoluer, connaître des bouleversements au gré des innovations technologiques qui ont produit de nouveaux systèmes d'armement et influencé profondément les concepts et les notions, la guerre demeure un instrument de la politique qui allié à la diplomatie, produit des résultats nécessairement déterminants dans le positionnement des acteurs de la scène interne et de la scène internationale. Certes, le triomphe des idéologies a fait varier dans l'histoire, les délimitations des théâtres de confrontation en fonction des mutations des alliances, mais l'essentiel des sources est resté le même, c'est à dire l'ambition de prééminence, de domination voire d'impérialisme que l'on a mieux observé dans la projection des ambitions d'un Hitler quand il veut conquérir Paris et Moscou, d'un Saddam Hussein lorsqu'il décide d'envahir le Koweït, ou plus près de nous d'un Kagamé très tenté par l'annexion pure et simple de l'Est de la République démocratique du Congo.
Il importe en conséquence, de saisir l'occasion de l'intervention au Mali, pour restituer dans la compréhension populaire de façon tout autant académique que professionnelle, à la fois la substance des enjeux et les implications géostratégiques et géopolitiques. C'est en fait de cela qu'il s'agit, et non de commentaires simplistes étalés dans certaines colonnes vulgaires par quelques charlatans loin du métier prestement conviés à quelques interviews inappropriées.

I - Le contexte et nature de la guerre au Mali

Nous sommes au Mali, dans une situation tout à fait originale faite de relative confusion appuyés sur des éléments fluctuants, mais également d'éléments stables permettant de saisir les axes d'une clarification à la fois des acteurs et des intérêts. S'agit-il d'une guerre civile devenue un problème international? La réponse à cette question est automatiquement non. Serait-on, au regard de la première revendication d'autonomie et même d'indépendance avancée par un groupuscule appelé MNRA (mouvement national de résistance de l'Azawa), en présence d'une communauté humaine, d'un peuple bien distinct et différencié pour lequel le droit des peuples serait envisageable selon la charte, la doctrine et la jurisprudence de l'organisation des nations unies? La réponse est plus moins complexe, mais de toute évidence elle devrait être négative. Serions-nous dans le cas d'une révolution populaire des forces progressistes exigeant des institutions spécifiquement démocratiques? La réponse est certainement non.

De quoi s'agit-il donc au Mali? La réponse à cette question est capitale pour situer les évolutions futures après avoir déjà autorisé une appréciation objective des actions militaires en cours ou en perspective, dont la France n'assume en réalité qu'un leadership tiré des privilèges d'ancien colonisateur.
Les mutations des doctrines militaires ont produit une classification des guerres qui introduit les guerres symétriques, les guerres asymétriques, les guerres limitées, les guerres permanentes, les guerres frontalières, les guerres généralisées, les guerres électroniques, les guerres économiques. Il ne faudrait surtout pas se laisser impressionner par un tel catalogue au point de perdre de vue, la substance de l'analyse dans la situation particulière du Mali. Ce qui est constant, c'est qu'au départ, il y a un pays vaste qui pose incontestablement des problèmes de gouvernance et de contrôle que ne peut valablement maîtriser, le modèle d'Etat centralisé hérité de la colonisation. Il y a ensuite, un environnement historique de brassage, de métissage et de coexistence contentieuse des peuples de la région. Le Mali est en effet une mixture complexe des arabes, des peuhls, et des négros originels localisés au sud du Sahara avec des racines anciennes qui remontent le Nil et résultent des peuplements de l'Egypte ancienne. Cette véritable tour de Babel est depuis les indépendances, chapeauée par une armature institutionnelle imparfaite dont la fragilité s'est accentuée au fil du temps.

Il faut ensuite définir le type de problème politique posé, les dérapages éventuels qui en ont découlé, et la nature de la guerre si guerre il y a vraiment. D'abord, on observe que depuis la grande guerre de 1939-1945, l'on a connu certes la guerre de Corée, la guerre Sino-vietnamienne, la guerre des Malouines ayant opposé la Grande Bretagne à l'Argentine. Le reste concerne des confrontations frontalières temporelles tantôt entre Algériens et Marocains, tantôt entre le Burkina faso et le Mali, etc. En Serbie, en Irak et en Afghanistan, nous sommes déjà en leur temps, dans une nouvelle configuration géostratégique mue par des consensus relativement soutenus par les nations unies, sur la perception du danger pour la paix et la sécurité internationale.
C'est dire que au lendemain de la fin officielle de la guerre froide, les guerres dites de libération nationale, motivées par simulacres de révolutions populaires dans les anciennes colonies, notamment portugaises, n'étaient plus déjà des guerres classiques que l'on qualifie de guerres symétriques, à cause tant de l'identification claire que de la localisation effective des protagonistes et du champ de bataille.
Avec l'émergence brutale du terrorisme international dans sa version institutionnalisée qui se découvre par les attentats apocalyptiques du 11 septembre 2001 aux Etats unis, la théorie et la présentation classique de la guerre comme confrontation entre des personnes morales de droit international revêtant le statut d'Etat organisé, change de nature. Cette mutation conduit, par la fluidité de la cause, l'imprécision des intérêts mis en avant, et la mobilité des acteurs, à une asymétrie complète. On parle alors de guerre asymétrique, pour marquer la difficulté d'adaptation des doctrines militaires traditionnelles dans la conception, la planification, et la mise en oeuvre des stratégies de combat. L'on notera également, la modification substantielle des armements, de la formation, et le recours massif à des opérations spéciales menées par des forces appropriées dotées d'un équipement nouveau.

Al Qaeda par son système d'organisation tentaculaire et universalisant, crée justement une psychose dans les états-majors et les planifications militaires. On est en présence d'une véritable nébuleuse formant un gouvernement planétaire du terrorisme dont l'administration centrale imprévisible, invisible et insaisissable, ordonnance les pires crimes. Or, la réponse des Etats, en essayant de prendre en compte cette spécificité et d'y adapter des réponses appropriées par une forme de guerre totale validée et avalisée par les nations unies et validées dans les articulations du nouveau droit pénal international, a produit une chaîne de réactions complexes.

En fait, un nouveau banditisme animé par des trafiquants, des gangsters, des marginaux et des dogmatiques religieux, a vu le jour. Ce réseau criminel qui use et abuse du non d'Allah, a la particularité de l'anonymat, de la mobilité, du désordre, de l'absence de tout code éthique. Les adeptes se dissolvent et se reconstituent au gré des théâtres d'opération du moment, et se greffe généralement sur des territoires mal administrés où la perception de la gouvernance est faible. On peut donc valablement être dans une guerre asymétrique, mais tout autant, au gré des circonstances, dans une guerre classique.
Il y a violences dans tous les sens du terme, mais violences non comme résultat d'une situation première de guerre ou de demandes politiques populaires ou sectaires, mais violences comme le fait de groupuscules en quête de reconnaissance d'une identité mal cadré, imprécise, mal définie, et masquant en réalité la perdition dans un monde où ils ne comprennent ni ne supporte l'organisation trop stricte. D'où la confrontation avec l'autre monde institutionnellement organisé et cadré dans une perception planétaire de la coexistence des peuples. D'où la réponse et d'où la confrontation inévitable.
Le Mali est donc un cocktail représentatif de toutes ces situations à la fois, et c'est pour cela que la compréhension, l'explication et la maîtrise des enjeux, s'avère encore plus délicate.
A suivre

Shanda Tomne in Le Messager
Jeudi 17 Janvier 2013
La Dépêche d'Abidjan



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