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La Dépêche d'Abidjan

Sortie de crise / Médiations dans la crise ivoirienne Abdoulaye Wade ‘’déshabille’’ Compaoré et le dialogue direct

La visite d’amitié et de travail du Président de la République du Sénégal en terre ivoirienne, livre enfin ses secrets. Après des échanges avec les différents acteurs de la crise, le constat qui se dégage c’est que le Président Wade est en train de préparer les Ivoiriens à tourner la page de Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien.


Photo DR
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« Ce qui manque aux acteurs politiques ivoiriens, c’est que vous n’avez jamais discuté autour d’une table, entre vous ». Cette phrase du Président Abdoulaye Wade, traduit, à elle seule, la position du Président sénégalais par rapport à la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002. Abdoulaye Wade regrette, avec des mots à peine voilés et avec « la méthode directe » qu’on lui connaît, les incessants ballets des leaders politiques ivoiriens en terre étrangère, à la recherche de la solution à cette crise. Mieux, il invite les différents protagonistes à rechercher la solution aux différents problèmes à l’intérieur, c’est-à-dire en Côte d’Ivoire, entre les Ivoiriens eux-mêmes, par le dialogue, la concertation et le compromis. Même s’il a déclaré ne pas être en Côte d’Ivoire en tant que médiateur, le doyen des chefs d’Etats africains vient de signer l’arrêt de mort de la médiation du Président Blaise Compaoré, de même que celui du dialogue direct qui a abouti à la signature de l’Accord politique de Ouagadougou, le 4 mars 2007. D’autant plus que le président sénégalais pointe du doigt les limites de la médiation de Compaoré et invite les Ivoiriens à tourner le dos aux médiations et aux médiateurs, pour régler la crise. Dans l’entendement de Me Abdoulaye Wade, Gbagbo, Bédié, Ouattara, Soro et les autres doivent s’asseoir, ici même entre eux, pour trouver une solution. Il conseille donc un dialogue interne à la place du dialogue direct, qui reste externe.

Un clin d’œil à Wodié ?
Le problème est que certains rappellent le Forum pour la réconciliation qui a montré ses limites. N’empêche que dans les jours à venir, il faut s’attendre à ce que Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Soro Guillaume etc, s’asseyent sans facilitateur, sans Compaoré, pour parler et trouver des solutions. A cette allure, Gbagbo mettra de côté ses réserves à l’égard de Bédié et d’ADO, qui devront suspendre leurs griefs. On sortira donc du tête-à-tête Gbagbo-Soro pour un vrai CPC entre tous les acteurs. Wade n’a certes pas rencontré Bédié et Ouattara, mais si Gbagbo prend des initiatives, les leaders du PDCI et du RDR vont-ils refuser la main tendue ? Ceux qui en doutent doivent savoir que Bédié et Ouattara n’ont jamais revendiqué une rébellion, même si Laurent Gbagbo leur reproche d’avoir collaborer avec la rébellion contre lui. Si aujourd’hui il est en dialogue avec Soro, pourquoi va-t-il continuer à bouder le RHDP, qui en plus des armes, des com’zones et de Compaoré est le principal support des Forces nouvelles et Guillaume Soro. Vive le dialogue interne. D’Abidjan à Abidjan.

Charles Kouassi et Olivier Dion


Interview / Diégane Sene à propos de la crise ivoirienne :
‘’ La Côte d’Ivoire est un cas très difficile’’


Vice président de l’Assemblée Nationale du Sénégal et professeur d’histoire de la communication à l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, Diégane Sene est en Côte d’Ivoire dans le cadre du premier Congrès des « Lettres et Sociétés hispaniques en terre francophone d’Afrique ». Dans cet entretien, il parle de la crise ivoirienne et donne sa position sur le séjour du Président Sénégalais en Côte d’Ivoire.

Qu’est ce qui a motivé véritablement votre venue en Côte d’Ivoire ?
J’enseigne à l’Université de Dakar. A ce titre, c’est le professeur qui est venu répondre à l’invitation de ses collègues d’Abidjan. C’est l’écrivain Koné Seydou qui lors d’un voyage à Dakar m’a invité à prendre part au Congrès sur les Lettres et Sociétés hispaniques en terre africaine. C’est après avoir accepté le principe de son invitation, que je me retrouve actuellement en Côte d’Ivoire pour partager avec les hispanistes hispanophones et hispanophiles la réflexion pendant quelques jours.

Honorable Diégane Sene, qu’est ce que cela vous fait de participer en Côte d’Ivoire au premier Congrès des Lettres et sociétés hispanistes ?
C’est fondamental, car c’est d’abord l’ouverture. Ce que je retiens d’un tel évènement, est le fait que c’est la Côte d’Ivoire qui s’ouvre à l’Afrique. Et c’est le monde qui s’ouvre à la culture espagnole. Dans le contexte présent, c’est quelque chose qui est notable. Ensuite, les professeurs qui sont à l’origine de ce colloque là sont des gens qui se rappellent que parmi 80 langues parlées en Côte d’Ivoire, il y en a qui bien qu’étrangères ont leur place tout naturellement à l’intérieur et au sein de ces 80 autres langues nationales. Je ne parle pas du Français qui est la langue officielle. Il s’y ajoute que l’avenir du monde est naturellement l’inter-culturalité. C’est-à-dire qu’il faut que nos cultures autochtones africaines s’ouvrent aux autres. Mais elles ne peuvent le faire efficacement qu’à travers d’abord des langues parce qu’il faut maîtriser un minimum en tout cas de ces langues pour connaître la civilisation dont elles sont les véhicules. C’est en cela que pour nous, les langues étrangères sont extrêmement importantes. Mais importantes aussi doivent rester nos langues nationales. C’est par elles qu’on peut véhiculer certains savoirs locaux très sous alphabétisés. C’est-à-dire vous prenez le cas de la Côte d’Ivoire comme celui du Sénégal, et bien d’autres pays, il y a une forte proportion de nationaux donc d’Africains qui soit n’ont pas été à l’école ou alors ont été déscolarisés. Le résultat est le même. Ils sont donc analphabètes. Pour régler le problème, c’est vrai que l’Espagnol peut paraître un luxe, mais on peut rattraper la situation qui n’est pas forcement désespérée en essayant de faire en sorte qu’ils puissent être au moins alphabétisés dans leurs propres langues. Et c’est en cela que la vision du président Abdoulaye Wade au Sénégal pourrait servir d’exemple aux autres pays d’Afrique.

Quelle est donc cette vision du Chef de l’Etat sénégalais ?
Cette vision est la valorisation des langues non pas locales mais nationales. C’est pour dire tout l’intérêt que la politique gouvernementale porte à ces langues là.

Quelles différences faites vous entre les langues locales et les langues nationales ?
Les langues locales paraissent un peu péjoratives. Est langue nationale, toute langue codifiée. C’est pourquoi, le Président Wade a institutionnalisé ces langues nationales. Il n’ y a pas de petites langues, il n’ y a pas de langues sous évaluées par rapport à d’autres. Dans chaque pays, il y a, à côté d’une multitude de langues, une langue dominante. Au Sénégal le Wolof parlé par 90% des Sénégalais n’en est qu’une parmi d’autres. Les langues ont une égale dignité et c’est un principe constitutionnel. C’est pour ces mêmes raisons que nous procédons à l’alphabétisation au Sénégal des langues. Et nous faisons en sorte que toutes les langues qui sont d’usage très localisé aient le même statut que les plus parlées. C’est donc dire qu’on s’arrange pour que le wolof ne soit pas privilégié par rapport aux autres au point de vue juridique. C’est une douzaine d’autres langues qui sont codifiées et qui constitutionnellement comme le wolof sont des langues nationales. Donc des langues d’apprentissage. Une fois codifiées, elles sont apprises par le biais de l’alphabétisation. Donc il faut tout en maîtrisant nos langues, nous ouvrir. Une bonne partie de nos compatriotes ne seront pas au rendez de cette ouverture là telle que nous la concevons. Pour s’ouvrir, il faut d’abord s’ouvrir à la langue.

Nous Africains, enseignons et apprenons les langues des autres. Alors pourquoi nous ne sommes pas encore parvenus à faire apprendre nos langues dans les autres pays ?
Moi-même je serai tenté de vous reposer la même question. Il y a une réalité qui s’impose à nous. La mondialisation a ceci de pervers pour nous qu’elle tend à uniformiser la société internationale par le haut d’une certaine manière. C’est dire que ce sont les langues qui dites internationales, ont tendance à s’imposer. Et dans cette situation même, notre langue de travail, le Français éprouve énormément de difficultés non seulement mais aussi et surtout pour simplement résister à l’envahissement des autres comme l’Anglais. C’est dire qu’il n’y a pas de politique hardie pour valoriser nos langues locales. Il faut encourager ce qu’a tenté de faire l’Union Africaine. Le président du Sénégal a insisté beaucoup sur cette question de l’institution d’une académie de langues. Il a d’abord créé une académie de langues et au niveau de l’Union Africaine (UA) et a soutenu l’initiative malienne à l’époque du président Alpha Omar Konaré de créer une académie de langues comme une sorte d’institution ou d’organe de l’UA. Cette académie a vu le jour pratiquement. Il faut que cela nous aide à nous enraciner d’abord dans notre propre langue dans notre propre culture. Et Senghor le disait d’ailleurs : « Pour s’ouvrir, il faut d’abord s’enraciner ». C’est-à-dire s’enraciner pour s’ouvrir et être au rendez-vous de l’universel. Pour y parvenir, il faut d’abord exister et avoir quelque chose à apporter à la civilisation du monde. Et c’est en cela seul qu’on fera partie véritablement du monde tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il sera demain. Donc, il faut d’ abord avoir des politiques linguistiques nationales. Si cela est fait et que tout soit sur une base durable, dans ce cas là il va être beaucoup plus facile pour nous de nous ouvrir aux autres langues. Attention, l’ouverture à ses langues ne veut pas dire qu’il faut laisser nos propres langues. Il faut reconnaître aussi que nos langues sont assez pauvres du point de vue vocabulaire. Il y a beaucoup de mots qui nous manquent. C’est en s’ouvrant aux autres que nous réussirons à résoudre ce problème. L’ouverture non seulement nous enrichira, mais enrichira aussi ceux en direction desquels nous nous ouvrirons.

Vous parlez d’ouverture de nos langues, mais nous constatons dans certaines sociétés africaines que des gens abandonnent leur langue au profit des langues étrangères au point même de perdre le reflexe de s’exprimer dans leur propre langue…
Elle s’explique par le complexe. Hier, c’était celui du colon, aujourd’hui c’est le complexe culturel. C’est aussi dû à un certain environnement auquel certains enfants succombent. C’est ça le drame de la question que vous posez. Cette influence était plus nette, il y a soixante ans, soixante dix ans au moment où nos parents luttaient pour l’assimilation et non pour l’indépendance. Et Senghor a d’ailleurs réagi là-dessus en invitant les africains à assimiler sans être assimilés. Ce problème s’est posé de façon frontale aux élites africaines. A l’époque au Sénégal, certains se croyaient plus français que Sénégalais. A cela, il faut féliciter l’islam qui est apparu comme élément fédérateur de toutes ces petites influences et uniformisateur d’une certaine manière dans la démarche globale de la société et dans le comportement des individus. Cette religion a aidé au renforcement de l’unité nationale qui est un substrat culturel. Lequel est tout sauf être perméable aux influences culturelles.

Aujourd’hui les ivoiriens ont du mal à aller aux élections. Alors en tant qu’homme politique quelle est votre analyse d’une telle situation ?
Je crois que les ivoiriens ont la chance d’être bénis par le dieu nature. Tout le monde ne jouit pas d’un tel privilège. Nous les Sahéliens, aimerions baigner dans le même climat que les ivoiriens. C’est dire qu’il faut que nous jouions la complémentarité. Et c’est en cela que les sénégalais étaient contents de voir le Chef de l’Etat ivoirien de répondre à l’invitation du Président Wade à l’occasion de l’inauguration du monument de la renaissance africaine. Wade pour son expérience peut donner des conseils à SEM Laurent Gbagbo qui peuvent l’aider lui-même d’abord ; ensuite son parti et la Côte d’Ivoire. Aussi faut-il ajouter que le cas de la Côte d’Ivoire est un cas très difficile. Mais il est loin d’être isolé en Afrique. Nous vivons dans des situations d’exception un peu partout. Nous vivons également des situations où des gens une fois au pouvoir peinent à s’en aller. Là, c’est l’environnement culturel dans lequel nous vivons, qui oblige les dirigeants à adopter une telle posture. Je comprends que des problèmes dans nos pays existent mais ce que je ne comprends pas c’est que les dirigeants feignent de ne pas les voir où agissent comme si ces problèmes n’existaient pas. Mais ces problèmes procèdent de la jeunesse de notre indépendance, de nos Etats et de nos élites politiques. Car nous avons commencé à voter il y a seulement 65 ans. Il faut que les dirigeants tendent vers davantage de démocraties, de respect pour le peuple, pour les élections et les électeurs. Tout ce qui a pu se passer depuis le processus de Ouagadougou est enclenché. J’ai beaucoup d’espoir que les ivoiriens iront aux élections libres et démocratiques qui vont remettre enfin la Côte d’Ivoire sur les rails. Ce ne sont pas seulement les ivoiriens qui ont besoin de la paix chez eux. Nous aussi en Afrique de l’Ouest avons besoin de la paix en Côte d’Ivoire car nous n’ignorons pas le rôle moteur de ce pays dans l’économie Ouest africaine dans le cadre de l’Uemoa. Si la Côte d’Ivoire est grippée évidemment tous les autres pays deviennent malades. C’est la raison pour la quelle nous avons tous intérêts à ce que les choses marchent bien en Côte d’Ivoire. On espère qu’avec les retrouvailles des Chefs d’Etat ivoirien et sénégalais les choses iront mieux. Ce sera certainement une étape la convergence des ivoiriens vers la paix et l’organisations des élections.

Que pouvez-vous dire de l’arrivée de Wade en Côte d’Ivoire ?
Actuellement, Wade est venu en Côte d’Ivoire en tant que Chef d’Etat, en tant que leader africain soucieux d’une mission qui est celle de construire en même temps que le Sénégal ce qu’il faut construire en Afrique. Depuis 2000, le Président Wade parle de la véritable construction de l’Afrique en partant des expériences qui n’ont pas marché, des plans d’actions de Lagos des années 80 qui avaient beaucoup d’espoir mais tout le monde a vu comment ça aboutit. Et il a essayé de faire substituer à tout cela, le NEPAD qui marche à son rythme. Mais c’est seulement un aspect de sa vision du Sénégal et de l’Afrique. Qu’il vienne ici en Côte d’Ivoire qui non seulement est un pays voisin et ami, mais un pays avec lequel l’histoire nous a liés de longues dates. Dans le contexte actuel de la Côte d’Ivoire, il est venu mais pas en tant que médiateur mais en tant que frère pour essayer de raffermir les relations qui existent entre nos deux pays. Il l’a fait de très belle manière. Bien qu’ayant affirmé qu’il n’était pas venu pour une démarche de réconciliation entre les leaders ivoiriens, il ne pouvait pas ignorer que la situation dans ce pays est ce qu’elle est. Et en plus d’être un artisan du développement, de la coopération entre nos pays, c’est un homme de paix. La côte d’ivoire sait que la situation l’a beaucoup meurtri et le monde entier sait qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les ivoiriens à se réconcilier avec eux-mêmes.

Réalisée Par Koné Yacouba

Avec le partenariat de l'Intelligent d'Abidjan

Samedi 24 Avril 2010
La Dépêche d'Abidjan



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