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La Dépêche d'Abidjan

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Soro Guillaume : "Gbagbo mérite la CPI"

En visite aux Etats-Unis, le Premier ministre, Guillaume Soro, a accordé une interview à la Voix de l’Amérique. Dans cet entretien, le chef du gouvernement aborde des questions d’actualité touchant notamment au transfèrement de Laurent Gbagbo, à son avenir politique, etc.


Qu’est-ce qui vous amène ici ?

J’ai été invité à la dixième session des Etats-parties du Traité de Rome à New-York. Donc, je suis venu représenter la Côte d’Ivoire, il était important pour la Côte d’Ivoire de s’engager solennellement auprès des Etats-parties. Nous avons fait une déclaration pour dire que dès que l’assemblée nationale est mise en place, nous allons procéder avec diligence à la ratification de ce traité.

Vous avez dû rencontrer des officiels américains comme le procureur Ocampo. Qu’est-ce que vous retenez de ces rencontres ?

Je suis plutôt satisfait de l’ensemble de ces rencontres. J’ai eu un accueil chaleureux de la part de madame Susan Rice et du ministre John Carson qui sont informés sur le dossier ivoirien et évidemment cela a été important pour moi de les voir. Depuis plusieurs mois, quand j’ai pu, du fond du blocus que je vivais à Abidjan, noter les fortes déclarations que ces deux personnalités américaines ont eu à faire pour appeler à la démocratisation de notre pays.

Vous avez obtenu un soutien ?

C’est très clair, le soutien de Washington est clair et très ferme. Mme Susan Rice nous a dit de ne pas nous inquiéter par rapport au soutien du Conseil de sécurité de l’Onu qui va appuyer le gouvernement légitime et démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire pour faire des progrès dans le sens du développement. Ce sont les mêmes propos que John Carson a tenus. Ils ont dit qu’ils étaient du côté de la Côte d’Ivoire et de son gouvernement légitime.

Vous avez des rencontres avec des institutions, à savoir le Fmi, la Banque mondiale. Avez-vous eu une promesse concrète ?

Nous n’avons pas rencontré des institutions multilatérales. Nous n’avons pas eu de rencontres. Je vous ai dit que c’était une rencontre dans le cadre du Traité de Rome. Nous ne les avons pas croisées, mais c’était la dixième session du Statut de Rome. Mais ceci ne nous a pas empêché avec Susan d’évoquer l’aspect économique de notre pays. Vous savez que la Côte d’Ivoire est un Etat très endetté de près de 6 mille milliards de F. cfa. Plus de 12 mille millions de dollars, si je ne me trompe pas. Donc nous avons évoqué ces gros soucis avec les Etats-Unis. Là encore, ils nous ont accordé une oreille attentive du fait que la Côte d’Ivoire fait de gros efforts en thème de bonne gouvernance, de réforme pour pouvoir atteindre le point d’achèvement de l’initiative Ppte.

Vous avez opté pour la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire, au terme de trois mois, vous organisez des projets sur le quotidien des Ivoiriens. Aujourd’hui, que peut-on retenir ?

Première chose, le 11 avril 2011, le président Laurent Gbagbo est arrêté. M. Ouattara prend le pouvoir effectivement. Quel est le constat ? Il n’y a plus de police, il n’y a plus de gendarmerie, il n’y a plus d’armée parce que les casernes sont bombardées, vandalisées, tout est par terre. Sur le plan économique, les banques sont fermées, l’administration a disparu, les deux ports de Côte d’Ivoire sont sous embargo, évidemment, nous sommes dans la récession. Il n’y a plus d’institutions, il y a un seul président élu, pas de parlement, pas de conseil constitutionnel. Donc, l’urgence du président de la République et du Premier ministre était de mettre des institutions au service de la nation. Et, c’est ce que nous avons fait, nous avons commencé à mettre le Conseil constitutionnel en place, le gouvernement en place le 1er juin. Quand nous avons mis le gouvernement en place, il s’est mis tout de suite au travail. Trois mois après, quelle est la situation ? Toutes les banques sont ouvertes, les deux ports ont commencé à fonctionner normalement. Aujourd’hui, il y a même une gendarmerie et une police qui se sont même offert le luxe de sécuriser des élections qu’on avait qualifiées d’élections à haute tension le 11 décembre 2011. Au plan économique, le Fmi, vous savez bien la crédibilité de cette institution, avait considéré que la Côte d’Ivoire qui devrait faire face à une décroissance économique de moins de 8,5% a dû revirer cette décroissance économique. On est aujourd’hui à moins 4,5%, cela veut dire que nous avons travaillé pour baisser de 4 points. Je pense que c’est important, et en dehors de ça, la tenue des élections législatives du 11 décembre 2011 est une étape majeure pour la normalisation, la mise en place des institutions, bien que nous avons fait cette élection en 5 mois. Notre défi était de réussir cette élection dans le calme, l’apaisement et la transparence. Je ne vais pas citer de pays, mais il y a des pays qui ont fini les élections présidentielles et deux ans après ils n’ont pas encore réussi à organiser les législatives.

Prenons l’exemple sur la production du coton qui est la richesse du nord, elle a chuté du fait des prélèvements des taxes par les Forces nouvelles, alors la population attend de l’Etat un mieux-être, tandis que les taxes sont imposées par les ex-forces nouvelles, alors quelles sont les mesures prises par votre gouvernement pour satisfaire la population ?

Prenons deux choses : la première, dès que le gouvernement a été mis en place, il s’agissait pour nous d’adopter un tableau de bord. Il s’agissait sur les 6 autres mois de l’année d’avoir une boussole, d’avoir une feuille de route. Nous avons fait un séminaire pour construire une matrice d’actions. C’est cette matrice d’actions que chaque ministre est tenu d’avoir, et chaque ministre est évalué tous les 3 mois. Secundo, les Ivoiriens ont la possibilité de voir eux-mêmes la performance de chaque ministre. Ça, c’est un fait nouveau, je dirai même rare sur le continent, donc c’est positif. Pour revenir à votre question, quand nous avons fait le premier séminaire, il s’agissait d’établir l’unicité des caisses sur l’ensemble du territoire national. Cela veut dire qu’il ne devrait plus exister de taxe parallèle en dehors des impôts légaux prélevés sur les caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire, et c’est ce que j’ai fait. Je suis allé au nord pour mettre en place l’administration qui avait disparu. Donc nous avons redéployé la police, la gendarmerie, les eaux et forêts, les douanes et les militaires. Aujourd’hui, vous êtes journaliste, vous pouvez faire les enquêtes, aux frontières et aux corridors douaniers au nord de la Côte d’Ivoire, il n’y a plus d’ex-rebelles ou d’ex-Forces nouvelles qui prélèvent des taxes, mais c’est l’armée régulière. Le problème de coton que vous avez posé n’est pas un problème dû à des prélèvements de taxe mais c’est un problème structurel. Il est clair que la Côte d’Ivoire était le premier pays producteur de coton en Afrique avec 450 mille tonnes par an, nous avons baissé. Mais il est dû au volet structurel, la privatisation de la société d’Etat, la Cidt à l’époque (la Compagnie ivoirienne du développement textile) qui a éclaté en plusieurs morceaux n’a pas été bénéfique pour les paysans au nord, parce qu’il y a des privés qui n’ont pas été corrects avec les paysans. Cela a découragé le paysan, vous savez que quand le paysan n’a pas de ressource en face, alors cela le décourage. Et il préfère s’orienter vers les cultures vivrières, donc, pour moi c’est la cause la plus importante de la chute du coton. Le ministre de l’agriculture en ce moment est en train de faire des réformes pour relancer la culture du coton.
Remettre l’économie du pays sur les rails, pacifier la cohésion sociale sont les priorités du président Ouattara.
Deux choses, la première, il faut savoir que le président de la république de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, est un homme de paix. C’est au nom de la réconciliation et de la paix que bien que M. Gbagbo ait procédé systématiquement au massacre de plus de 3000 mille personnes, nous avons tenu à l’arrêter vivant et à le traiter avec dignité. Vous avez vu, en Libye, Kadhafi a été pris et maltraité.

Certains se posent des questions sur son arrestation jusque-là controversées…

Vous savez bien que la polémique est la chose la mieux partagée par nos gens. Mais ce que je dis, c’est que les Forces républicaines de Côte d’Ivoire sont entrées dans le bunker de M. Gbagbo où il y avait plus de 100 personnes, nous les avons arrêtées, sorties du bunker, logées décemment au Golf. Savez-vous que M. Gbagbo dormait dans ma suite. Il a quand-même eu la chance de dormir dans la suite du Premier ministre de Côte d’Ivoire. Ceci dit, nous avons préservé la dignité de Gbagbo et nous l’avons transféré à la Cour pénale internationale. Gbagbo ne pouvait pas souhaiter un meilleur cadre judiciaire que la Cpi, parce qu’il est assuré d’avoir un procès équitable et juste.

Sans Laurent Gbagbo, comment éviter à nouveau que l’on souffle sous les braises de la division en Côte d’Ivoire ?

Evidemment, la réconciliation n’est pas antinomique de la justice. Ce n’est pas parce qu’il faut faire la réconciliation qu’il faut écarter la justice. La responsabilité du gouvernement en Côte d’Ivoire, c’est de mettre un terme à l’impunité. Si en 2000, la Cpi était intervenue après le massacre de plusieurs Ivoiriens et après qu’il a eu des tueries du général Guéi et sa famille, peut-être qu’on n’aurait pas connu les victimes de 2010. Donc il faut un jour stopper l’impunité. Mais c’est la responsabilité du gouvernement de Côte d’Ivoire. M. Gbagbo est auteur de tragédie; aux Etats-Unis, le World Trade center percuté a fait plus de 2000 morts, ç’a été traumatisant pour les Etats-Unis. En Côte d’Ivoire, c’est plus de 3000 morts, M. Gbagbo mérite la Cpi.

Alors toute personne inculpée par la Cpi de quelque bord que ce soit sera livrée par le gouvernement, que ferez-vous M. le premier ministre si votre nom figurait un jour sur la liste des inculpés ?

Ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas inquiet. S’il s’avère que l’indépendance, l’impartialité de la cour ne sont pas à démontrer. Je dis simplement, je ne suis pas juge, je suis donc dans l’exécutif de mon pays. La Cpi a le droit, la liberté de soutien du gouvernement, de faire toutes les investigations possibles sur l’ensemble du territoire. S’il s’avère que quelqu’un est inculpé, il sera transféré.

Vous parliez d’impunité à l’instant, pas d’impunité pour ceux qui ont commis des crimes ; il ne faut pas laisser survivre l’impunité. Vous l’avez dit il y a quelques secondes, vous l’avez dit à la presse. Est-ce que vous y croyez vraiment, M. le Premier ministre ? Certains Ivoiriens attendent toujours que justice soit faite pour les crimes de 2002 à Bouaké, depuis l’attentat contre votre avion en 2007, depuis les exactions récemment dans l’ouest de la Côte d’Ivoire après le bras-de-fer Gbagbo-Ouattara. Comment convaincre les Ivoiriens que l’impunité n’est pas un vœu pieux ?

Il faut être raisonnable. Sinon, on peut remonter en 1960, on peut même remonter en 1950 pendant la colonisation où les gouvernorats français ont tué les Ivoiriens. Il faut être raisonnable. Il faut un point de départ à tout. La situation de 2002 et celle de 2010 sont différentes. En 2000, il y a eu des tueries. En 2002, il y a une rébellion. Mais, nous avons fait ce qu’on appelle une loi d’amnistie pour amnistier ces faits. Non seulement, il y a eu une loi d’amnistie qui est intervenue mais il y a eu un accord politique qui a absous les faits. Aujourd’hui, en 2010, nous avons constaté que malgré la loi d’amnistie et ces accords politiques, certains passent outre la volonté populaire du peuple de Côte d’Ivoire de faire le pardon et la réconciliation. C’est pourquoi nous disons que nous sommes fermement décidés à mettre un terme à l’impunité.

Les Forces nouvelles aussi peuvent dire pardon aux autres ?

Ceux qui doutent que nous mettrons fin à l’impunité doivent maintenant se raviser puisqu’on commence à transférer les uns et les autres à la Cpi. Or, la Cpi, personne ne peut douter de son impartialité, sa détermination et sa capacité à faire justice. Maintenant, vous me dites : « est-ce que les Forces nouvelles aussi peuvent demander pardon ?». Cela a été fait. Quand j’ai été nommé Premier ministre, le 29 mars 2010, publiquement, et mon discours existe, j’ai demandé pardon à la nation ivoirienne pour tous les torts qui ont été causés aux Ivoiriens par mon fait ou même par le fait d’autres personnes ; parce que, évidemment, on ne peut pas être un leader politique, un dirigeant politique, sans nuire quelques fois. Celui qui dit qu’il a été dirigeant politique et qu’il n’a jamais nui, ment. Il y en a très peu. Donc, il faut être modeste, il faut être modeste. J’ai fait ce discours pour demander pardon à la nation ivoirienne. C’est le même exercice que nous demandons au Fpi. On ne peut pas faire comme si en 2010 rien n’a existé. On ne peut pas avoir tué trois mille personnes et se présenter devant la Cpi en jouant les victimes. C’est inacceptable, c’est même insultant pour les victimes et les familles des victimes.

On arrive maintenant aux élections législatives du 11 décembre dernier. Quelques jours avant ces élections, il y a eu le transfèrement de Laurent Gbagbo. Vos détracteurs disent que c’est une façon de vous débarrasser d’un acteur trop encombrant, que leur répondez-vous ?
Vous ne pouvez pas soupçonner le gouvernement ivoirien d’interférer dans les procédures de la Cpi. Ce n’est pas nous.

C’était urgent de l’y envoyer ?

Laurent Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2010. C’est huit mois après, qu’on le transfère, ce n’est pas précipité. Si on l’avait transféré le 12 avril cet argument aurait pu valoir.

Alors, le Rdr, le parti du président Alassane Ouattara va dominer de façon écrasante la prochaine Assemblée nationale, après sa victoire aux élections législatives ; une élection à laquelle vous-même étiez candidat sous la bannière du Rdr et d’autres cadres des Forces nouvelles. Une victoire à laquelle vous avez contribué, Guillaume Soro toujours à la rescousse d’Alassane Ouattara ? La présidentielle, hier, les législatives aujourd’hui, vous attendez un retour de l’ascenseur ?

Entre le président de la République et moi, il n’y a pas d’ascenseur. Nous ne sommes pas dans un immeuble. Chacun est dans sa maison… Je veux dire que c’est une question de conviction. Le 28 novembre 2010, j’ai déclaré par honnêteté que M. Ouattara était l’élu du peuple de Côte d’Ivoire. Les électeurs l’ont choisi, je ne pouvais pas sombrer dans le mensonge et soutenir Gbagbo, pour confisquer le pouvoir. Ce n’est pas cela la démocratie. La deuxième chose, c’est qu’avec Monsieur Ouattara, nous étions dans une coalition du Rhdp. Donc, c’était normal, nous sommes des alliés. J’ai présenté un certain nombre de candidats, certains sous la bannière du Rdr, d’autres sous la bannière du Pdci-Rda de Monsieur Bédié et d’autres sont allés en indépendants. C’est dans le cadre de la coalition que des accords ont été trouvés avec l’un ou l’autre des parties. Moi, j’ai été candidat sous la bannière du Rdr, j‘ai été élu.

Vous avez fait un excellent score dans votre fief à Ferkessédougou : plus de 90%...

Je vous remercie de le noter. Cela veut dire que nous n’avons pas fait que prendre des armes. Mais que nous sommes légitimes, qu’il y a des populations qui ont compris la noblesse de notre combat et qui ont soutenu ce combat.

Le président Ouattara promet un nouveau parlement, démocratique, consensuel. Sa prochaine étape, c’est de former un nouveau gouvernement et de nommer un Premier ministre. Allez-vous rester ?
Je ne suis pas le président de la République. Je suis à la disposition du président de la République, seul élu. C’est à lui de former son gouvernement. Et je suis à sa disposition pour toute responsabilité qu’il voudrait me confier.

S’il choisissait de désigner un chef du gouvernement dans le rang du Pdci, où seriez-vous ?
Vous me donnez trop d’importance. Je suis un citoyen, je suis élu député…

Premier ministre aussi, un long Cv et beaucoup d’expériences…

Je veux bien que vous m’accordiez tant d’importance. Mais seul le président, Alassane Dramane Ouattara, a été élu et est oint par le peuple de Côte d’Ivoire. Je ne suis qu’un élu. Alors, s’il décide au regard de l’intérêt général de la nation ivoirienne de me confier quelque responsabilité que ce soit, je l’accepterai.

Il y a un plan B qui se dessine, selon certains, qui dit que le président Ouattara pourrait opter pour un plan « in », c'est-à-dire changer la constitution et créer un poste de vice-président qu’il pourrait vous offrir. Est-ce que c’est une offre à laquelle vous allez penser, M. le Premier ministre ?
Merci pour cette proposition. Je vois bien que vous êtes très aimable.

Ce n’est pas moi qui l’ai faite...

Puisque je n’en ai jamais entendu parler. Mais ce serait aimable si c’est votre souhait. Mais, n’anticipons rien, seul le président connaît l’intérêt général de la nation ivoirienne. Et nous autres sommes des citoyens désireux de le servir. S’il prenait une option quelconque, je suis à sa disposition.

A quoi devez-vous votre survie politique ? A 39 ans, vous êtes perçu comme vainqueur de la récente crise ivoirienne, celui qui a osé forcer la main avec les armes, la force à Laurent Gbagbo et ouvert la porte à la démocratie. Ministre de la Défense, ministre d’Etat, à 31 ans, Premier ministre à 35 ans. Le jeune Tché, comme certains vous appelaient quand vous étiez encore plus jeune. Vous étiez aussi à la tête de forces qui se sont imposées pendant 9 ans ou plus, vous avez navigué entre Gbagbo, Ouattara et Bédié... A quoi devez-vous votre survie politique ?

Quand vous énumériez tout ce passé, j’ai eu le sentiment de jouer le rôle de quelqu’un d’autre. En réalité, les choses sont plus simples que ça. J’essaie chaque jour de faire ce qu’il faut pour mon pays. Donc, ce n’est pas une stratégie, une planification ou une programmation. Je reconnais simplement qu’étudiant, j’étais contre l’injustice, je voulais le changement dans mon pays, je me suis investi dans ce combat. Après l’université, j’ai dû faire face aux difficultés du monde du travail, j’ai trouvé que la gouvernance n’était pas à mon goût, je me suis investi, je me suis battu pour essayer de changer les choses. Ensuite, j’ai été confronté à l’exigence de l’instauration de la démocratie dans mon pays. Là encore, je n’ai pas hésité, je me suis battu, et j’espère que je suis dans le vrai. Mais pour conclure, ce que je peux dire, c’est que quand vous êtes contaminé par le virus de la justice, rien ne vous effraie.

Qu’est-ce que ça vous fait quand certains journalistes ou des experts vous appellent Guillaume Soro, le conquérant, le surperman?

(Rire). Vous savez, je ne me laisse pas distraire par ces propos. La politique a ceci de dangereux, c’est de perdre ses repères. Je considère simplement que si je n’avais pas existé, il y aurait quelqu’un d’autre qui aurait accompli, peut-être mieux, les missions que je suis en train d’accomplir. Pour moi, à chaque jour suffit sa peine. J’essaie de faire au mieux ce que je peux tous les jours.

A quand votre parti politique ?

Pour l’heure, il n’en est pas question. Il y a bien des partis politiques en Côte d’Ivoire. Je crois que nous avons plus d’une centaine de partis politiques. Je suis dans l’alliance du Rhdp, je continuerai de jouer mon rôle dans cette alliance, d’appuyer cette alliance, de la renforcer, de la consolider. D’ailleurs, j’ai suggéré avec le président Ouattara et le président Bédié que nous allions à un grand rassemblement. Je suis pour l’intégration, la fédération, l’agrégation, l’union, je ne suis pas pour la division, la multiplicité des partis politiques. Je pense qu’on gagnerait à fédérer nos forces dans un grand parti, pour mieux servir les intérêts de la Côte d’Ivoire.

Comment décrivez-vous vos rapports avec le président Ouattara ?

Ce sont d’excellentes relations ? Nous nous vouvoyons en public et nous nous tutoyons en privé. Je pense qu’il a plus une affection paternelle pour moi.

Est-ce que vous serez candidat à la prochaine présidentielle en 2015 ?

A chaque jour suffit sa peine. Je suis Premier ministre, je vais bientôt siéger à l’Assemblée nationale, c’est déjà des tâches prenantes pour penser à une présidentielle dans 5, 10 ans en me rasant le matin, devant mon miroir.

En 2020, alors?

2020, c’est trop loin. Soyons d’abord député, essayons de changer les choses en Côte d’Ivoire.

Le Premier ministre, Guillaume Soro, a-t-il le temps d’être tout simplement Guillaume Soro ?
C’est cela mon grand regret. De ne pas avoir une vie de jeunesse, de ne pas faire comme mes amis. Je suis depuis quelques jours aux Etats-Unis, je n’ai pas eu l’occasion d’aller dans une boîte de nuit, d’aller faire du shopping. J’ai été inscrit dans un programme très rigide, obligé de jouer au Premier ministre tous les jours. C’est un vrai regret.

Pas le temps de concilier politique, famille, travail…

C’est pénible. Bien des politiciens sont obligés à leur corps défendant de sacrifier leur vie de famille. En tout cas, commencer la politique à 20 ans, vous n’avez pas le temps de construire une vraie famille, vous n’avez pas le temps de vous consacrer à vous-même. Et ça, j’en ai fait la difficile expérience. Je dis tout simplement que nous avons perdu notre jeunesse.

Après Washington, quelle est votre prochaine étape ?

Je pars à Atlanta pour participer à une cérémonie de délivrance de diplôme dans une université.

Propos retranscrits par Bidi Ignace, Raphaël Tanoh et O.T. in Nord-Sud
Mardi 20 Décembre 2011
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