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La Dépêche d'Abidjan

Sénégal - AFP : La peur de la solitude


Qui a peur, se meurt ! Cette maxime sous forme de boutade sied bien à la situation actuelle de l’Alliance des Forces du Progrès (AFP). La formation politique créée, dirigée et régentée par Moustapha Niasse est aujourd’hui tiraillée entre la tentation de se fondre dans le parti présidentiel, l’APR (Alliance pour la République) et l’envie de continuer d’exister sous son propre label. Sans doute, les progressistes, et leur chef en tête, sont-ils conscients de l’état de désagrégation dans laquelle s’est engagé leur parti de manière quasi inexorable. Sans doute aussi ont-ils pris la mesure des enjeux politiques à court terme et qui vont déterminer leur avenir dans le paysage politique. Les élections locales du 16 mars 2014 ne sont plus qu’à quelques encablures. Fondue dans la coalition hirsute du Benno Bok Yakkar, un président au Perchoir, avec deux ministres, des Directeurs généraux et autres ambassadeurs, l’AFP a, somme toute, une influence institutionnelle et une existence politique sans commune mesure avec sa voilure. Qui plus est à la faveur de la coalition Benno Siggil Sénégal, elle a réussi à se placer à la tête de nombre de collectivités locales sur l’ensemble du territoire national.


Autre aubaine obtenue des législatives dernières, une dizaine de députés et une présidence de l’institution parlementaire. N’importe quel dirigeant politique aurait signé des deux mains pour une situation aussi confortable. Elle apparaît en effet comme une réelle hypertrophie en comparaison avec les 13 % de Moustapha Niasse au premier tour de la dernière présidentielle. Tout compte fait, voilà donc une formation peinardement ancrée dans les institutions politiques, mais sans grande légitimité populaire. Tout bonnement, elle tire de manière inespérée tout l’usufruit de son engagement dans Benno Bok Yakar. Et… probablement aussi de la loyauté du président Macky Sall, qui a respecté ses engagements en acceptant le partage du pouvoir avec ses alliés. Même au détriment de son parti.
Ce confort politique aurait pu perdurer si les élections locales ne pointaient dans un horizon proche. L’AFP, comme tous les partis de la coalition, a été rattrapée par le calendrier républicain. L’APR, qui ne contrôle qu’un infime nombre de collectivités locales, veut se massifier et s’implanter dans les circonscriptions électorales. Elle est forte de l’élection de son leader à la tête de l’Etat, de la transhumance à grande échelle qui renforce ses bases et de la défection de nombreux cadres d’autres formations en sa faveur. Les législatives lui ont permis de gagner d’autres bastions électoraux, avec une représentation parlementaire de plus de 70 députés.

Comment pourrait-elle accepter la persistance d’une coalition octroyant à l’AFP des collectivités locales ou la renforcerait dans d’autres localités, alors que Benno Bok Yakar bat de l’aile, que Rewmi de Idrissa Seck prend ses distances et dessine son futur territoire ? A l’issue de son dernier comité directeur annoncé à grand renfort médiatique, le leader des Progressistes a réitéré son engagement dans Benno Bok Yakar et son alignement inconditionnel derrière le président Macky Sall. En fin politicien doté d’un inestimable capital d’expériences, Moustapha Niasse a ficelé son projet d’alliance avec l’APR ou Macky 2012, en voulant prendre de court tous ceux qui, dans son parti, seraient tentés de voler de leurs propres ailes en mars 2014. On ne peut pas justifier d’un demi siècle de présence dans l’arène politique, avoir servi tour à tour Senghor, Abdou Diouf Wade et Macky et rester un enfant de chœur. Avec emphase, Niasse a martelé d’une voix haute la poursuite de son compagnonnage avec la coalition au pouvoir, sans jamais démentir les rumeurs sur une éventuelle dilution dans l’APR.

Le ras-le bol de Malick Gakou

Comme si, pris par une peur de se compter, l’AFP avait préféré un confortable calfeutrage dans Benno Bok Yakar, plutôt que de mesurer à grandeur d’échelle sa vraie représentativité électorale. Plongée dans une grande léthargie politique, l’AFP a laissé s’endormir ses bases, substituant une existence institutionnelle à une animation de ses bassins politiques ou ce qu’il en reste. Même les soutiens de Niasse à la présidentielle, à l’image de Latif Coulibaly, ont préféré aller voir ailleurs où la prairie est plus marron. La démission du gouvernement de son poulain El Hadji Malick Gakou, quelques jours seulement après la mielleuse sortie de Niasse en faveur du président Sall, sonne comme un grand désaveu d’une politique de « co-voiturage » que Niasse chercher à imposer. L’ancien ministre des Sports, puis du Commerce, n’a visiblement pas supporté les disgrâces que le Premier ministre lui faisait apparemment subir dans l’attelage gouvernemental. Il insupportait de moins en moins les couleuvres qu’on lui faisait avaler dans la gestion du dossier de la farine. De plus, il comprenait difficilement son maintien dans une équipe où il apparaissait comme un figurant obligé de faire le rond de cuir pour sauver la présence de l’AFP dans l’appareil d’Etat.

Il est vrai que, pour Niasse, l’alignement de son mandat de président de l’Assemblée nationale sur celui du président de la République est d’une absolue priorité. Et que tout ce qui peut concourir à l’affecter serait considéré par lui comme une entrave à son projet personnel.
Fort de son charisme, de son autorité, voire de son autoritarisme, Moustapha Niasse veut aller jusqu’au bout de son mandat synonyme de sinécures, et compte moins sur la légitimité populaire de l’AFP que sa capacité à peser de son poids sur les décisions du Président en sa faveur. Il se dit qu’en privé, le président de la République ne cacherait pas son agacement devant un allié aussi encombrant et qui, à l’image des autres composantes du Benno Bok Yakar, s’agrippe à cette coalition pour continuer de vivre et d’exister. Pour l’AFP, l’allié le mieux servi de la coalition, les diatribes, les algarades encore moins les grivoiseries des adversaires « apéristes » n’y changeront rien. Tant que Moustapha Niasse gardera fièrement le titre de second personnage de l’Etat, avec une longueur d’avance sur son « ennemi intime » socialiste, l’AFP se suffira de ses douillets strapontins et renoncera à la conquête du pouvoir. Réalisme, opportunisme politique ou renoncement aux ambitions de gouverner ? C’est selon, mais Niasse n’en a cure.

En réalité, sa stratégie est assez éprouvée. Depuis ses honorables 17 % à la présidentielle de 2000, son parti s’est effiloché. Evincé du pouvoir de la première alternance démocratique par Wade, le parti de Niasse s’est engagé dans une terrible évaporation, abandonné par ses principaux hiérarques comme feu Mamoune Niasse, Me Abdoulaye Babou, Massène Sène, Mor Dieng, et, tout récemment, Hélène Tine. Il y a eu aussi la mise à l’écart de Madieyna Diouf et tant d’autres grosses pointures. Il y a eu aussi, et surtout, le gel par Mamadou Ly, le charismatique et sympathique secrétaire permanent, de ses activités au sein de l’AFP. Or, ce brillant économiste, très en cour au niveau des médias, a beaucoup apporté par son entregent à M. Moustapha Niasse.

Ce dernier, par la magie des Assises nationales, dont il était un des principaux bailleurs de fonds, a réussi à se repositionner dans Benno Siggil Sénégal, en suscitant le ralliement de la LD/MPT, du PIT et d’une constellation de partis sans envergure autour de sa candidature. De ce fait, il protégeait encore le label de son parti auquel il s’identifie. Les élections locales de 2009 lui permettront de se refaire une nouvelle santé, à la faveur de la coalition Benno Siggil Sénégal. Il prendra contre toute légitimité la tête de ce mouvement au détriment de Ousmane Tanor Dieng, plus représentatif mais victime de son angélisme. L’épisode des dernières présidentielles conclura un stratagème malicieux qui consiste à créer des cadres unitaires pour survivre alors que son parti se meurt.

La sortie d’El Hadji Malick Gakou sonne le glas de cette attitude « sécuritaire ». Fort de son implantation dans la banlieue et du grade que ses postes ministériels lui ont donné, de sa popularité aussi au niveau de la jeunesse, Gakou se sent légitimement pousser des ailes et veut secouer le vieux cocotier progressiste. Ira-t-il jusqu’au bout de sa logique irrédentiste jusqu’à créer son propre parti ? Tout le laisse croire ! Son départ de l’AFP délesterait ce parti de sa frange jeune et dynamique qui aurait pu le redynamiser, après la retraite du baron Niasse. Mais pour le président de l’Assemblée nationale, l’éloignement de Malick Gakou ne serait rien de moins qu’un épisode de plus dans la longue marche de l’AFP. Seulement, l’âge du chef ne lui donne plus de marge de manœuvre suffisante pour prolonger sa survie politique. En mars 2012, conscient du poids de son âge, il s’était engagé à ne faire qu’un mandat présidentiel s’il arrivait à remporter l’élection. A l’évidence, il fera tout aujourd’hui pour transférer sur le Parlement ses visées inassouvies de la présidentielle. Et peu importe que l’AFP ne lui survive pas. En face, l’APR ne s’en laissera pas conter et entend elle aussi parachever sa victoire présidentielle par une présence forte dans les collectivités locales. D’ailleurs, Moustapha Cissé Lô, qui n’a pas sa langue dans sa poche, a déjà donné le ton en déclarant que l’APR doit aller à l’assaut des mairies de Dakar, Pikine (dirigée par un militant de l’AFP !) et Guédiawaye, entre autres. Le président Macky Sall a trop de « personnel » à caser après la suppression du Sénat — et malgré la création du Conseil économique, social et environnemental —, pour laisser ses alliés plastronner dans les mairies et autres collectivités locales. Malgré tout, s’il ne devait rester qu’un seul allié à Macky Sall pour maintenir Benno Bok Yaakar, ce serait Niasse. Ce dernier l’a encore rappelé après son comité directeur par des propos dithyrambiques en faveur du maintien de la coalition pour les élections locales.
Les autres alliés de Benno Bok Yaakar à l’image de la LD/MPT, du PIT ressemblent trop à des momies somnolentes, pour espérer encore jouer à travers leur label propre un rôle dans la vie politique de notre pays. Trop préoccupés de survivre, ils ont eux aussi peur de se compter.

Aly Samba Ndiaye
« Le Témoin » N° 1114 –Hebdomadaire Sénégalais ( FEVRIER 2013)
Vendredi 1 Mars 2013
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