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Réflexion sur la monnaie unique dans l'espace CEDEAO


• Genèse et objectifs de la création de la monnaie unique ECO

Le projet de création d’une zone monétaire unique de l’Afrique de l’Ouest est un projet politique. Il participe de la vision d’une Afrique unie, dont l’esquisse a très tôt été tracée par les pères fondateurs de l’organisation de l’Unité Africaine. C’est en 1983 que les Chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté vont entreprendre de nombreuses initiatives dans le but de créer une zone monétaire unique en Afrique de l'Ouest. Ils manifestaient ainsi une ferme volonté de solutionner les problèmes de paiement qui minent la CEDEAO et qui résultent de la divergence des zones monétaires dans la région. Après des années d’immobilisme, c’est finalement en 1999, à Lomé, au Togo, au vingt deuxième sommet de la Conférence des Chefs d'état et de gouvernement de la CEDEAO, qu’une stratégie dite «approche accélérée de l'intégration», est formulée. Cette stratégie vise la construction rapide d'une zone monétaire unique en Afrique de l'Ouest sur une base plus large et en remplacement de l'actuelle UEMOA.
L’Agence Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) a été créé en 1996, par suite de transformation de la Chambre de Compensation de l’Afrique de l’Ouest (CCAO). L’AMAO est une institution regroupant les huit banques centrales des Etats membres de la CEDEAO. En 2001, l’Institution Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO) a été créée. Ces deux institutions sont chargées de la mise en place de la monnaie unique ECO.
Les objectifs fixés par les Chefs d’Etat, c’est qu’en 2015, la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) qui regroupe les Etats de la CEDEAO non membres de l’UEMOA (la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria et la Sierra Leone) – doit être intégrée et avoir une monnaie unique au même titre que la zone UEMOA qui a déjà une monnaie unique et une banque centrale unique. Ensuite, à l’horizon 2020, les deux institutions à savoir l’UEMOA et la ZMAO doivent fusionner pour avoir la monnaie unique de la CEDEAO qui est l’objectif final à atteindre. En attendant, les pays doivent respecter les critères de convergences macroéconomiques.

• Les avantages attendus de la monnaie unique

Il faut signaler avant toute chose que durant la période coloniale, il y avait en réalité une monnaie unique pour l’Afrique de l’ouest britannique et une autre pour l’Afrique de l’ouest francophone, tandis que les colonies portugaises utilisaient l’escudo portugais et au Libéria, c’est le dollar américain qui avait cours. Après les indépendances, cette balkanisation monétaire a perduré à tel point qu’elle a découragé le commerce intra-régional et le développement de ces pays. En ce qui concerne le niveau des échanges dans la zone franc, des études ont montré que malgré l'existence d'arrangement monétaire entre les Etats membres de la zone franc, le commerce entre les pays africains de cette zone n'a pas connu un véritable essor. Plus encore, les échanges commerciaux entre les pays africains de cette zone d'une part, et entre ces derniers et la France d'autre part, ont favorisé un développement asymétrique du courant d'échange en faveur de la France et un faible commerce intra zonal. Par exemple, le régime monétaire de la zone franc est un frein à l'intégration des pays africains. Mieux, il favorise une intégration verticale (intégration entre les pays africains et la France), au détriment d'une intégration horizontale (intégration entre les pays africains.
Une monnaie unique pour les pays de la CEDEAO aura au moins cinq avantages.
En premier lieu, le développement du commerce intra-régional. Le commerce intra-régional est passé de 4,1% en 1975 à 11% du commerce total de la région en 2006 alors que dans les circuits parallèles, ils sont estimés entre 30% et 50%. (CEDEAO). Les exportations et les importations intra-régionales représentent respectivement 60% et 55% dans l’Union européenne ; 40 et 54% dans L’ALENA ; 22% et 18% dans L’ASEAN ; 19% et 17% dans le MERCOSUR. Une monnaie unique va élever le niveau du commerce intra-régional, très faible depuis la création de la CEDEAO.
En second lieu, la réduction des coûts de transaction. En effet, dans le même espace cohabite des monnaies gérées différemment et la convertibilité n'est pas souvent aisée. La monnaie unique va permettre de doter l’espace d’un système de paiement efficace et mettre fin à l’utilisation des monnaies tierces dans les transactions intra-régionales et aux inconvénients qui en résultent. L’adoption de cette monnaie unique, permettra à la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de régler les problèmes de fluctuation des monnaies nationales.
En troisième lieu, la monnaie unique va préserver le tissu productif de la région contre le recours aux dévaluations compétitives. En effet, les pays ne pourront plus dévaluer leur monnaie pour booster la compétitivité de leur économie.
En quatrième lieu, la monnaie unique permettra aux pays membres de faire des économies de devises car aux temps présents 85% des importations de fuels de la Guinée proviennent du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. La Guinée par exemple, pourra faire d’énormes économies de devises une fois l’ECO adoptée. Avec la monnaie unique, il y a une élimination des coûts de transactions liés aux opérations de change  et une suppression des risques de change.
En cinquième lieu, la CEDEAO sera une zone économiquement très forte. En effet, un adage africain dit que : "les brindilles de balais regroupées sont difficiles à rompre d'un coup". Les économies des pays africains souvent tributaires de celles des pays dits développés, pris isolément, ne représentent rien dans la marre qu'est l'économie mondiale. Cette idée de monnaie unique vient à juste titre et serait l'occasion pour la CEDEAO de s'affirmer dans le monde. La CEDEOA représente aujourd'hui un marché d'environ 450 millions d'habitants et avec un PIB de plus de 100 milliards de dollars, constituerait une énorme opportunité comparativement aux marchés fragmentés des pays pris individuellement.

• Des obstacles à la création de la monnaie unique existent

Le premier obstacle est la non-optimalité de la zone monétaire. Les premières études menées sur la CEDEAO en rapport avec la théorie des Zone Monétaire Optimale (ZMO), ont cherché à répondre à la question de savoir si l'Afrique de l'Ouest constituait une ZMO. Des conclusions des différents travaux, il ressort que ni l'UEMOA, ni la CEDEAO ne constitue une zone monétaire optimale. La théorie économique a placé à l’origine de la question des zones monétaires optimales l’occurrence de chocs symétriques. La rationalité de cette démarche est intuitive : en effet, lorsque les économies en présence sont affectées de la même manière par des évènements exogènes tels qu’un changement brusque des goûts et habitudes de consommation, ou une forte augmentation des prix de produits entrants dans la production de biens et services, ou des aléas climatiques, etc , on peut comprendre que les politiques économiques à mettre en œuvre, notamment en matière de modification de taux de change, soient identiques dans chacun de ces pays. Pour bénéficier pleinement de ses avantages, les unions monétaires ont besoin de mettre en place des critères de convergence. Ceux-ci permettent de garantir que des pays initialement différents tendent à se ressembler pour mieux amortir les chocs économiques idiosyncratiques suite à la perte de l’outil monétaire.
Le deuxième obstacle est le non-respect des normes. Des étapes étaient nécessaires : la suppression des droits de douane et des taxes équivalentes, l’établissement d’un tarif extérieur commun, l’harmonisation des politiques économiques et financières, la suppression des barrières à la libre circulation des personnes et des biens, des services et des capitaux. Ces exigences ne sont pas toujours respectées par tous les pays. En particulier l’incapacité à remplir de manière soutenue tous les critères quantitatifs et qualitatifs requis pose des défis qui exigent la plus grande attention de la part des Etats membres. Le rapport sur la convergence macroéconomique indique encore des domaines dans lesquels des efforts plus concertés sont nécessaires de la part des Etats membres. Ces domaines ont trait aux réserves extérieures brutes exprimées en ratio des mois d’importations, des recettes fiscales par rapport au Pib et en ratio de la masse salariale publique par rapport aux recettes fiscales. D’autres conditions sont nécessaires pour la mise en place d’une zone monétaire et économique viable : l’harmonisation des politiques économiques nationales, l’harmonisation des statistiques nationales.
Le troisième obstacle reste la volonté politique des Chefs d’Etat. La concurrence entre les pays francophones, anglophones et lusophones peut poser un problème. D’ailleurs si le choix du régime de change et la devise de rattachement ne sont pas encore connus, c’est à cause de cette rivalité.
Le quatrième obstacle reste le cas de certaines puissances Européennes. Le risque d'achoppement résidera dans le décrochage du franc CFA avec le franc Français (Euro) car la banque de France garde une influence notable sur la zone CFA. Accepter de facto ce décrochage signifie pour la France de lâcher son emprise sur cette partie de l'Afrique. Dans les accords politiques actuels, le constat notoire est que la France reste après tout le partenaire privilégier des pays africains francophones notamment.

• La comparaison entre l’ECO et L’Euro

L’ECO peut être une monnaie stable et forte à l’instar de l’Euro. Pour cela, il faudra éviter l’endettement extérieur inconsidéré. L’examen des situations budgétaires des pays de la zone montre des niveaux d’endettement et des déficits élevés. Ils sont donc dans une situation où le recours à la politique budgétaire en cas de chocs asymétriques serait plutôt nocif. En effet, le problème lancinant de la dette des pays africains suffit à démontrer que le recours effréné à l’endettement extérieur pour le financement d’Operations publiques, fussent-elles des projets d’investissements, n’est pas sans risques. Dans une union monétaire, l’incapacité d’un membre à honorer le service de la dette a un impact négatif sur l’ensemble de l’union dont le crédit est atteint. De surcroît, il est plus que vraisemblable que l’Etat ayant des difficultés de paiement verra ses possibilités de financement extérieur se restreindre et , dans ces conditions, sollicitera davantage le pool commun de devises, en usant notamment de tous moyens lui permettant d’avoir une contrepartie en monnaie commune locale : recours auprès de banques locales, publiques ou privées, perceptions d’avances sur impôts ou redevances, accumulations d’arriérés de paiements intérieurs. Il faudra également régler la question du financement direct des trésors.
La théorie des ZMO dit qu’une zone monétaire sera optimale si la mobilité du facteur travail est assurée ; la flexibilité des salaires, une ouverture des économies, un système de production diversifié ; un système fiscal intégré et un secteur bancaire et financier intégré.
L’importance de l’ECO dépendra de la confiance que les agents économiques et les investisseurs auront dans cette monnaie. Les fondamentaux de la zone et la conduite des politiques économiques pourront inciter les investisseurs à investir dans cette nouvelle monnaie. Le potentiel de la zone CEDEAO n’est d’ailleurs pas négligeable.
Il faudra sans doute mettre en place un modèle économique fondé sur le développement des exportations et sur la réduction des importations. Donc sur l'amélioration du solde extérieur. Par exemple, depuis 2012, la balance commerciale de la zone euro est passée en excédent. Logiquement, cela alimente la demande d'euro et réduit la demande de dollars.
Il faudra également pratiquer un taux d’inflation raisonnable. Autrement dit, le pouvoir d'achat d'un ECO augmentera avec la baisse de l'inflation. Les investisseurs étrangers ont donc toutes les raisons d'investir en ECO.
Pour avoir une monnaie unique stable, il faudra réduire au maximum les chocs asymétriques. Par exemple, la hausse par exemple du prix du pétrole aide le Nigeria mais défavorise les autres pays. Du coup, il faudra une politique monétaire adaptée, une politique budgétaire et fiscale et les politiques structurelles de compensation ou de redistribution.
En définitive chaque pays devra adopter et poursuivre les réformes nécessaires pour la viabilité et la stabilité de l’ECO. Les critères de convergence macroéconomique de la CEDEAO sont considérés comme un certificat d’aptitude pour entrer dans la future union monétaire et comme des glissières de sécurité pour s’y maintenir.

Texte proposé par PRAO Yao Séraphin, délégué national à LIDER

Lundi 3 Mars 2014
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