Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La Dépêche d'Abidjan

LA LIBERTÉ D'INFORMER









RHDP : VERS LA FIN PROGRAMMEE D’UNE NUIT DE NOCE ?


Photo : DR
Photo : DR
Blocage du processus électoral
La théorie du déterminisme électoral fondé sur la démocratie tribale est devenue l’une des marques de la politique ivoirienne. Selon les responsables du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix), la théorie du déterminisme électoral est à la base du blocage du processus électoral. La théorie du déterminisme électoral est fondée sur le principe selon lequel le choix de l' électeur ne se fait pas sur la base d’une idéologie politique et économique claire ou d’un programme de gouvernement cohérent et convainquant, mais sur la base de son appartenance à la communauté ethnique du candidat qu’il élit. Dans cette logique la véritable élection du Président de la tribu, pour faire sérieux disons de la République, se fait sur la liste électorale. L’introduction du bulletin dans l’urne ne devient qu’une simple formalité d’usage pour ne pas choquer les « bonnes mœurs » démocratiques. Dans le contexte du déterminisme électoral ou de la démocratie tribale, les patronymes sont déterminants et constituent le moteur du mouvement démocratique; chaque candidat, au regard des patronymes figurant sur la liste électorale, est d’avance conscient de sa victoire ou de sa défaite électorale. Ainsi, selon le RHDP, Gbagbo, se référant aux patronymes figurant sur la liste électorale, est conscient de sa future humiliation électorale.

Dès lors, en se fondant sur le déterminisme électoral et la réalité de la démocratie tribale, Gbagbo s’oppose à la tenue des élections, étant donné qu’il a pris goût au pouvoir et n’est pas prêt à lâcher le morceau. L’opposant d’hier qui faisait montre de sa démocratophilie serait devenu démocratophobe. Alors que la CEI (Commission électorale Indépendante), chargée d’organiser les élections, ne pointe pas le doigt accusateur sur le chef de l’Etat, comme étant l’opposant à la tenue des élections, pour le RHDP « Le processus électoral est bloqué par la volonté de Gbagbo » : il ne veut pas se faire hara-Kiri en acceptant d’aller aux-élections. Or pour le salut du pays, il faut débloquer le processus électoral.

Déblocage du processus
« Gbagbo Bloc le processus électoral, parce qu’il est conscient de perdre l’élection présidentielle. » C’est ce qu’affirme le RHDP. Gbagbo se conforte dans cette position parce qu’il semble être convaincu qu’il n’y a rien face. Or tant qu’il n’y a rien en face, le mouvement ne rencontre aucun obstacle, il est un mouvement libre. Le rien en face laisse donc Gbagbo libre de faire ce qu’il veut. Cette liberté du “ Woudi“ est une humiliation du RHDP, qui se doit de montrer sa virilité. Dans la vie ordinaire il est plus d’usage de conquérir la femme avant de lui montrer sa virilité. Mais la politique n’est pas la vie ordinaire. Et quand la politique devient un jeu de sorciers, il faut montrer sa virilité pour conquérir le pouvoir. C’est dans ce cadre que s’inscrivait la marche du RHDP qui était programmée pour le 15 mai dernier. Mais pour faire démocrate et républicain, cette marche était qualifiée de pacifique pour réclamer, sinon arracher les élections au Président Gbagbo, et non à la CEI, qui est l’institution chargée de les organiser. Cet objectif qui semblait s’inscrire dans le jeu normal de la démocratie, n’empêchait pas de voir cette opposition du RHDP, selon l’expression de Nietzsche, comme « une tigresse au gant de velours ». La tendresse du velours était caractérisée par l’objectif officiel de la marche : obtenir la tenue des élections. L’agressivité des griffes de la tigresse était caractérisée par des propos de certains responsables du RHDP rapportés par leurs organes de presse. La tigresse, malgré tout, décide de proclamer sa tigritude.

Ainsi dans Le patriote N° 3156 du 26 avril, l’on pouvait lire en titre et en sous-titre : « 15 mai, fin de la recréation/ Gbagbo dehors ! », « Bouaké : « se libérer ou se démettre » », « Giglo : « Prêts pour la bataille » », « Korhogo : « Des élections même par césarienne » », « Il faut arracher les élections à Gbagbo ou passer à un nouvel ordre institutionnel après la fin mai, sans Gbagbo (..)Nous avons décidé de mener le combat contre le FPI pour le faire disparaitre et pour chasser Gbagbo du pouvoir, il faut dire les choses telles qu`elles sont. » (Propos tenus par Karamoko Yayoro, président des jeunes du RDR, à Agnibilékrou). Dans Le Nouveau Réveil N° 2505 du 26 avril, l’on pouvait aussi lire : « Le 15 mai, il va se passer quelque chose », « On occupera la rue jusqu’au départ de Gbagbo » (Propos tenus à Aboisso par Touré Aya Virginie), « Bandons nos muscles utiles pour le sursaut » (propos tenus par Georges Denis à San- Pédro). Dans le quotidien Nord-sud du 26 avril l’on pouvait aussi lire ces propos de Touré Moussa du MFA (Mouvement des forces d’avenir) : « Nous allons bloquer toutes les routes de Côte d'Ivoire pour chasser définitivement Laurent Gbagbo du pouvoir ».

Il est revenu à Monsieur Guikahué, Secrétaire Général adjoint du PDCI, de résumer toutes ces menaces en ces termes : « Le peuple a droit à l’insurrection ». Ces propos de Gikahué ont fait la Une du journal Le mandat N° 259. Ce « droit à l’insurrection » s’accorde avec la prophétie de Kouadio Konan Bertin, président des jeunes du PDCI, (KKB) selon la quelle « Un nouveau jour se lèvera sur la Côte d’Ivoire » (in Nord-sud du 27 avril). Cette prophétie était plus révélatrice que le droit à l’insurrection que défendait Guikahué. Pour qu’un nouveau jour se lève en Côte d’Ivoire, une insurrection, qui n’est qu’une révolte ne suffit pas. Il faut une révolution. Cette insurrection n’était que le masque de la révolution qu’avait décidée le RHDP pour changer l’ordre ancien des choses pour instaurer un ordre nouveau, afin que commence le nouveau jour de son règne. Le 15 mai 2010 n’étant pas la date de l’élection présidentielle, la révolution masquée du RHDP n’était donc pas une révolution démocratique. Cette révolution n’était rien d’autre qu’une révolution violente, un coup d’Etat bien planifié, qui devait se justifier par un ras-le-bol populaire dont la marche devait servir d’expression.

La tigritude du tigre et l’échec du complot
Selon l’écrivain nigérian Wole Soyinka, « un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. »Une fois que le coup d’Etat est découvert et que le tigre décide de se jeter sur sa proie pour la dévorer, la tigresse au gant de velours se sent en position de faiblesse et est consciente qu’elle risque gros. Sa stratégie dissimulée étant dévoilée, la tigresse sait que sa victoire n’est pas assurée. C’est donc en toute logique et sagesse qu’elle décide de reporter sa « marche ». Il faut dès lors trouver les mots pour éviter des maux. Il faut trouver les mots pour se justifier, pour dénoncer, pour convaincre les militants du report de « l’assaut final ». Il faut se montrer démocrate, républicain et faiseur de paix.

Dans le communiqué final de la conférence des Présidents des partis membres du RHDP des 10 et 11 mai 2010, cosigné par Mr Bédié et Mr Ouattara, respectivement présidents du PDCI et du RDR, il est question de se justifier, de se disculper et de proclamer sa démocratophilie. Ce communiqué rappelle donc à tous l’attachement du RHDP « à la conquête du pouvoir d’Etat par les urnes et non par la violence. ». Les présentant comme des démocrates et des républicains, le quotidien du RDR, Le patriote, a pu donc titrer dans sa parution du vendredi 14 mai : « Report de la marche du RJDP: Bédié et Ouattara sauvent la République ». Si Bédié et Ouattara sauvent la République, cela veut dire qu’elle était réellement en danger. Mais ce danger venait du RDHP et c’est ce que reconnait Bédié dans cette déclaration claire-obscure, issue des propos liminaires de sa conférence de presse tenue le 14 mars: « Malheureusement, l’esprit, l’objectif et les conditions de préparation de cet évènement qui se voulait pacifique, ont été dévoyés. Ils étaient de nature à nous conduire à l’affrontement, à la chienlit, aux pertes en vies humaines et au risque de replonger notre pays dans la plus imprévisible des aventures. (..) Aucune ambition politique ne peut s’accommoder de sacrifice inconsidéré de vies humaines. On ne bâtit pas l’avenir d’un pays dans la violence et dans le sang.» Qui a « dévoyé » l’objectif de la marche et décidé de conduire le pays dans « la plus imprévisible des aventures » ?, de le bâtir dans la violence et dans le sang, par le sacrifice des vies humaines, si ce n’est ses organisateurs, les responsables du RHDP ? Etant donné que le RHDP n’a pas décidé de faire une marche par procuration, pour dévoyer son objectif, il faut être complice ou coresponsable de sa réalisation ; dans le cas contraire, c’est d’abord affirmer que les organisateurs sont étrangers à ce dévoiement et c’est les présenter comme des irresponsables et des manipulables influencés par des mains obscurs qui échappent à leur contrôle, c’est ensuite nier honteusement toutes les menaces antérieures brandies par des responsables du RHDP.

Au fond, ce que dit Bédié est une accusation et une dénonciation de certains responsables du RHDP, qui ont pris soin de dévoyer la marche, autrement dit de faire leur coup d’Etat sans son accord, soit pour empêcher son opposition, soit pour mieux l’exclure du partage du « gâteau ». Mais les propos de Bédié peuvent être interprétés comme la ruse de quelqu’un qui, pour se « blanchir », se désolidarise d’un complot découvert auquel il a contribué à la préparation ou qu’il a cautionné au préalable par son mutisme. Dans ses propos liminaires, Bédié a employé des formules pleines de sens : « il s’est imposé à moi la sagesse du jugement de Salomon. Que l’enfant vive ! » Nul doute que l’enfant dont la mort était programmée n’était rien d’autre que la République et les institutions qui l’incarnent.

Le tigre avait décidé de dévorer sa proie. Dans ces conditions, il fallait faire preuve de responsabilité, il fallait trouver des mots pour convaincre les militants, leurs faire prendre conscience de la menace du tigre et du danger, et susciter en eux la peur, afin qu’ils renoncent à la marche. C’est dans ce sens que pourraient être compris ces propos de Bédié : « Le Président OUATTARA et moi-même avons donc cosigné le communiqué final, non par faiblesse, non par reculade, non par trahison mais dans le souci profond et réfléchi d’empêcher nos jeunes, dignes, volontaires et engagés d’aller au carnage qui se préparait par le Pouvoir FPI. (…) J’ai le devoir de les (les militants) conduire au palais de la Présidence de la République et non au cimetière. »

Après la double dissolution du gouvernement et de la CEI en février dernier par le Président Gbagbo, l’on se souvient du difficile accord au sein du RHDP, quand il fut question de son retour au gouvernement et de la suspension de son mot de désordre. Au regard de tous ces faits et propos, il faut dire que le RHDP est miné par la trahison, le jeu de dupes, la déception et le découragement de militants désemparés, qui règnent désormais en son sein. C’est pourquoi ses jours sont comptés. Le RHDP ne durera que la longueur d’une nuit de noce de ses leaders. Tel est le sort des alliances contre-nature.

ZEKA TOGUI
Mardi 18 Mai 2010
La Dépêche d'Abidjan



Contributions
Notez

Actualité | Opinion | Contributions | Vidéos | Zouglou Feeling | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite