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Quand le miroir faisait vendre des hommes

Les Samedis de Biton


Quand le miroir faisait vendre des hommes
Grande esthéticienne sur les bords de la lagune Ebrié, elle avait toute la confiance de sa patronne qui lui confiait souvent la gérance du salon lorsqu’elle était en déplacement ou en voyage, ce qui lui arrivait souvent d’aller payer à l’étranger des produits de beauté. En plus, cette esthéticienne prenait ses heures perdues pour faire les soins de visage et de peau de clientes à domicile ce qui lui permettait de ne jamais avoir de difficultés financières. Ses soins particuliers n’étaient pas déclarés à sa patronne, encore moins à l’Etat. Ici, ce n’est pas la France, le travail peut se faire dans le noir sans aucun problème. Des entreprises ne paient rien à la Caisse Nationale de Prévoyance sociale, des travailleurs n’étant pas déclarés et beaucoup d’autres en stage jamais fini. Pour ne rien déclarer. Donc, cette belle femme vivait bien à Abidjan. Elle avait suffisamment d’épargne pour ouvrir son propre salon d’esthétique et gagner, certainement quatre fois plus, devenant propriétaire. Atteinte par le virus du départ en France, elle va démissionner, d’abord, de son travail malgré l’insistance de sa patronne, une européenne, qui fera tout pour la retenir mais qui va payer tout de même ses droits ? On ne le sait pas trop mais dans tous les pays africains existent des cellules d’information pour faire partir les volontaires au départ sans visa, c’est-à-dire par la route. Elle connait plusieurs personnes qui sont arrivées en Italie, en Angleterre et en France par la voie « tortueuse. » Toutes ses amies, sa famille lui déconseillent la traversée du désert. Qui ne risque rien n’a rien est la devise de tous ceux qui entreprennent ce voyage risqué. Mais avec les gris-gris, tous sont confiants. Pour tous ces gens qui ne suivent pas l’actualité européenne il suffit tout simplement de débarquer en Occident pour que la fortune s’ouvre à vos pieds. Avec la perspective de construire un immeuble de trois étages et de location de voitures luxueuses dans leur pays. Personne ou aucun évènement ne pourrait les décourager sur le chemin de l’espérance, de la réussite, du miracle. Comment pourraient-ils se décourager si l’Europe regorge de nombreux Africains vivant sur le sol européen et qui ont même réussi. Pourquoi pas eux ? Pour se donner plus de chance d’amadouer les gendarmes italiens ou les policiers français,w elle fera comme beaucoup d’autres, partir avec des enfants. Le départ est fixé un lundi nuit. Avec sa fille de quatre ans et sa nièce de huit ans elle part sur Niamey. Dans le car se trouvent huit autres personnes partant sur l’Europe sans visa. Mauvais présage : le car tombe en panne à Tafiré. Ce n’est qu’au bout de cinq jours que le véhicule est réparé et part sur le Niger. A Niamey, elle appelle, ses amies d’Abidjan, toute heureuse. Elle avait payé au bout de deux jours le « prix de la traversée. » pour sa fille, sa nièce et elle-même. Elle découvrait le désert. Un vrai enfer. Tous tombèrent malades. Mais l’occident, vu à travers leur miroir dépassait tout découragement. Toute maladie. Durant la traversée de la Libye ils sont arrêtés par l’une des factions en guerre. Elle est menacée d’être tuée si elle ne verse pas une rançon de trois millions. Exactement la somme qu’elle avait confiée à une amie à Abidjan. Elle pleurait tant au téléphone que son amie envoya tout son argent à un numéro au Bénin. L’esthéticienne d’Abidjan trouva bizarre cette affaire à cause de l’attitude de ceux qui les transportaient. Très rapidement ils atteignirent la rive. Un bateau partait à minuit. En fait, une grande pirogue avec deux cent quatre-vingt passagers à bord. Elle appela son amie qui était plus qu’une sœur. Elle était si heureuse. De même que tous les passagers qui quittaient enfin cette Afrique qui ne « marchait » toujours pas. A une cinquante de kilomètres des côtes italiennes une violente tempête se déchaîna. Le « bateau » chavira. C’est France 24 qui donne la suite de l’histoire. Deux cent trois morts. La meilleure amie, la presque sœur de l’esthéticienne, dont j’ai obtenu toutes ces informations, fut appelée de l’Italie. Pour lui apprendre le décès de son amie. Que les deux enfants sont en vie. Je ne voulais plus jamais parler de ces histoires d’immigration mais une discussion, le samedi dernier à ma dédicace, avec un ancien ministre ivoirien, m’a poussé à décrire la mort de la jeunesse africaine dans la mer. Durant les siècles de la vente des Noirs dans les Amériques, des historiens disent que douze millions sont morts durant la traversée. Et encore les plus puissants physiquement et mentalement. Combien de braves jeunes l’Afrique va-t-elle perdre dans la mer avant que tous comprennent que l’avenir se trouve en Afrique ? Pour sauver cette jeunesse les gouvernements africains doivent organiser des séminaires gratuits pour montrer comment on peut gagner beaucoup d’argent à partir d’une affaire en partant de cent mille francs CFA. Les exemples existent. Cette esthéticienne bien formée n’aurait jamais été devant la mort avec tous les millions qu’elle avait épargné. Et aussi diffuser chaque semaine, dans toute l’Afrique, des films de cinq minutes sur la condition des Africains en Europe. Mon peuple meurt faute de connaissance. Ainsi va l’Afrique. A la semaine prochaine.

Par Isaïe Biton Coulibaly
In L'Intelligent d'Abidjan
Samedi 18 Février 2017
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