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PÉDAGOGIE DE LA CRISE IVOIRIENNE — À L’INTENTION DE NOS AMIS NON IVOIRIENS (1) - PAR : JACQUES K. MIAN


CET ARTICLE EST LE PREMIER D’UNE SÉRIE DESTINÉE ESSENTIELLEMENT À NOS AMIS NON IVOIRIENS, EMBARQUÉS À LEUR CORPS DÉFENDANT DANS NOTRE AUTOPSIE DE L’ACTUALITÉ ET DE LA CRISE IVOIRIENNES, DANS NOS DIATRIBES CONTRE LE RÉGIME D’ALASSANE DRAMANE OUATTARA. CERTAINS ONT UNE CONNAISSANCE PARTIELLE DES PROBLÉMATIQUES ET TRIBULATIONS IVOIRIENNES, ET JE CROIS QU’IL NOUS REVIENT DE LES INFORMER CONVENABLEMENT, SURTOUT SI NOUS VOULONS LES GAGNER À NOTRE CAUSE. LE PRÉTEXTE DE CETTE INITIATIVE M’A ÉTÉ SERVI PAR NOTRE AMIE SOPHIE CHAMPENOIS QUI AVOUAIT DANS UN COMMENTAIRE RÉCENT QU’ELLE SUIVAIT L’ACTUALITÉ IVOIRIENNE SANS VRAIMENT LA COMPRENDRE PARCE QU’ELLE N’AVAIT PAS VÉCU LA CRISE MENTIONNÉE. MAIS JE PENSE AUSSI À D’AUTRES AMIS FRANÇAIS, CANADIENS, MAGHRÉBINS, ETC., QUI NOUS LISENT SOUVENT.
ÉVIDEMMENT, JE NE PUIS PRÉTENDRE AVOIR DE CETTE CRISE, QUI FAIT CONTINÛMENT DE VICTIMES ET CAUSE TANT DE DYSFONCTIONNEMENTS, UNE CONNAISSANCE ET UNE ANALYSE RÉSISTANT À TOUTE OBJECTION. VOILÀ POURQUOI JE DEMANDE À TOUT SACHANT DE FAIRE DES COMMENTAIRES PERTINENTS QUI RESPECTENT BIEN ENTENDU L’ESPRIT PÉDAGOGIQUE DE MA DÉMARCHE.


PÉDAGOGIE DE LA CRISE IVOIRIENNE — À L’INTENTION DE NOS AMIS NON IVOIRIENS (1) - PAR : JACQUES K. MIAN

Fin des années 80. La détérioration des termes de l’échange est considérable. Le cacao, principale source de devises ivoiriennes, s’achète très mal sur les marchés occidentaux. L’État ivoirien déjà sous ajustement structurel (ensemble de potions amères concoctées par les institutions de Bretton Woods) est consécutivement frappé par une crise économique sans précédent.

Coup de théâtre à Abidjan : pour la première fois en trente ans de règne sans partage, Félix Houphouët-Boigny, le premier président ivoirien, bénéficiaire d’une légitimité historique et d’une grande renommée, n’est presque plus en mesure d’assurer le salaire des fonctionnaires. Malheureusement pour lui, aux soulèvements syndicaux et corporatistes s’ajoutent des revendications politiques majeures. Les Ivoiriens perdent soudain leurs scrupules, et Abidjan presque tous ses pavés. Revendications politiques qui finissent par occasionner le requiem du monopartisme. Des cendres duquel fleurissent dès le 30 avril 1990 plusieurs formations politiques d’opposition dont les plus significatives seront le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo; le Parti ivoirien des travailleurs (PIT) de l’éminent professeur de Droit, Francis Wodié; l’Union des socio-démocrates (USD) du grand homme de lettres et de culture, le défunt professeur Bernard Zadi Zaourou; et le Parti socialiste ivoirien (PSI) du professeur de pharmacie Bamba Moriféré. Quatre grands partis politiques qui formeront à Korhogo la Coordination des partis de la gauche démocratique ivoirienne.

Afin de sauver son régime et d’éviter l’humiliation, le président Houphouët-Boigny accepte l’impensable : les bailleurs de fonds lui expliquent que tout son entourage (ministres et conseillers) est incompétent et inapte à repriser et à consolider le matelas financier ivoirien sérieusement troué par de graves incontinences. Ils parviennent à lui imposer un économiste burkinabé, cadre à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et anciennement fonctionnaire au Fonds monétaire international (FMI). C’est cet homme qui est donc désigné comme « médecin » expert pour secourir une économie ivoirienne au creux de la vague.

Au début de sa mission, Alassane Dramane Ouattara est nommé président du Comité interministériel chargé de la coordination du programme de stabilisation et de relance économique. Sans plus. Mais l’homme est suffisant, infatué de sa personne. Il en résulte une ambiance délétère au sein de ce comité dont les membres sont du reste loin de le céder en technicité et en expertise vis-à-vis de ce Raspoutine finalement malvenu de leur en imposer. Les protecteurs de celui-ci, les fameux bailleurs de fonds, croient qu’il a besoin d’un peu plus d’autorité pour assumer sa charge. Ils obtiennent en définitive qu’il soit nommé premier ministre, au grand mécontentement d’Houphouët-Boigny et ses collaborateurs, au grand étonnement des Ivoiriens dans les oreilles de qui cette décision historique sonne comme le glas du pouvoir trentenaire de leur président.

Au bout de 100 jours, et même de 1000 jours, la Côte d’Ivoire entière réalise que le « médecin » venu du FMI via la Bceao n’est qu’un charlatan, et qui plus est, un piètre. Le bon charlatan étant un excellent exploiteur de la crédulité publique. Notre homme est exactement comme Raspoutine. Finalement, l’histoire de l’humanité n’est qu’un ensemble de plats fumants qu’on passe et repasse !

Le couvert forestier ivoirien, zone de production cacaoyère, exclut le Nord du pays. Un sort de la nature qui crée une sorte de fossé économique (ça n’aurait pas dû) entre les parties australe et boréale ivoiriennes. Juste cela. Mais point de discorde entre Ivoiriens de la forêt et Ivoiriens de la savane. D’ailleurs, les seconds sont descendus en masse chez leurs compatriotes et y ont fait fortune. Je dirais même que la Côte d’Ivoire est l’un des rares pays africains où les mariages exogamiques et interethniques se célèbrent massivement. Autrement dit, s’ils ne laissent pas les étrangers surfer sur leurs petites dissensions, les Ivoiriens sont bien capables de vivre ensemble sans antagonisme.

J’ai ouvert cette parenthèse seulement pour vous aider à comprendre ce qui suit. Non seulement il a échoué dans sa mission économique, mais le ressortissant burkinabé désormais enivré de la succulence et des effluves du pouvoir d’État lorgne le fauteuil présidentiel ivoirien. Pour parvenir à ses fins, il a besoin d’au moins un ancrage régional qu’il trouve dans le Nord du pays, et d’un soutien populaire que les immigrés burkinabés, maliens et guinéens ne lui marchandent pas. Commence alors un long processus d’instrumentalisation des nordistes ivoiriens et des communautés étrangères. La Charte du Nord (un manifeste présentant des revendications régionalistes) apparaît dans la foulée. Elle scinde la Côte d’Ivoire en deux. Exactement comme la rébellion armée endossée par Guillaume Soro consacrera la partition du pays à partir de la mi-septembre 2002.

Le décès en décembre 1993 du président Houphouët-Boigny aurait dû mettre fin à l’aventure ivoirienne d’Alassane Dramane Ouattara. Pas du tout ! Il a au contraire aiguisé ses ambitions présidentielles.

À bientôt pour la suite !

PAR : JACQUES K. MIAN
Dimanche 11 Mai 2014
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