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La Dépêche d'Abidjan

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Nouveau gouvernement et nouvelle CEI en Côte d'Ivoire : Équilibre des forces et Paix précaire dans le jeux trouble des Marcoussistes

« Nous constatons qu’en réalité le processus de paix que nous avons patiemment élaboré est pris en otage par des partis politiques à travers leurs représentants au sein des institutions chargées de le mettre en œuvre ». C’est en ces termes que le Président de la République a motivé sa double décision de dissolution du gouvernement et de la CEI, dans son adresse à la nation en date du 12 février 2010. Il a entre autre critiqué le manque de « rigueur », de « neutralité » et d’ « impartialité » de l’ex-président de la CEI, Mr Robert Beugré Mambé. Il a ensuite demandé au premier Ministre, reconduit dans sa fonction, de lui proposer « le format d’une nouvelle Commission Electorale crédible, qui pourra organiser des élections justes et transparentes. » et « un gouvernement de sortie de crise. Un gouvernement au service des Ivoiriens et non aux ordres des partis politiques.»


Photo : DR
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Tout dans cette annonce semblait être une volonté manifeste de rupture, une profonde aspiration au changement, au renouvellement de ces deux institutions, tant du point de vue de la forme que du fond, pour faire avancer le processus de sortie de crise. Nombreux sont donc ceux qui s’attendaient à voir une nouvelle CEI non présidée par les partisans des partis politiques, ainsi qu’un nouveau gouvernement de technocrates, à défaut, moins composé de représentants de partis politiques, fussent-ils signataires des Accords de Linas-Marcoussis. La réalité politique depuis le 26 février vient de noyer tous ces espoirs. Finalement, le changement, si annoncé avec fracas, n’a pas eu lieu. Les fondamentaux des textes sacrés de Marcoussis, de Pretoria et de Ouaga ont été respectés. Nous avons assisté à une belle reculade du Président Gbagbo, l’homme venté pour son courage politico-historique exemplaire, mais une reculade, qui n’est pas, comme on le dit d’ordinaire, pour mieux sauter. Cette belle reculade était faite plutôt pour annoncer qu’il y a vraiment des gens en face, des lions qui savent rugir pour se faire respecter, contrairement à ce que disent ses partisans. Le courage qui semblait sous-tendre l’annonce des dissolutions manquait au rendez-vous des actes. Nous avons une « nouvelle » CEI présidée par Youssouf Bakayoko, représentant du PDCI, avec comme vice-présidents le préfet Ndabian Emy Aman représentant du président Gbagbo, Mr Soumahoro Amadou du RDR et Mr Jacob Anaky du MFA. Aussi avons-nous un « nouveau » gouvernement, avec une seconde dose de Soro-disiaque, où tous les partis signataires des Accords de Linas-Marcoussis sont représentés. Pour la CEI et le gouvernement, on s’est contenté de changer quelques hommes et non le principe sacro-saint marcoussiste des représentations politiques. Il y a une bonne raison de craindre que la loi physique selon laquelle les mêmes causes produisent les mêmes effets, soit encore prouvée avec cette nouvelle composition de la CEI et du gouvernement. Dans les jours à venir, il est probable que nous assistions à nouveau à une prise d’otage de processus de paix « par des partis politiques à travers leurs représentants au sein des institutions chargées de le mettre en œuvre », comme l’a dit le président Gbagbo. Si cette prise t’otage a lieu, elle pourra être considéré comme une volonté manifeste de tous les Marcoussistes de ne pas vouloir les élections, y compris le président Gbagbo à travers sa reculade, pouvant être dans ce cas requalifiée de planification volontaire des blocages à venir. Le changement annoncé n’ayant pas eu lieu au sein de la CEI et du gouvernement, le RHDP peut-il crier victoire ?
Certes il n’y a pas eu de changement radical, mais il n’y a pas non plus eu de conservatisme absolu de la composition de la CEI et du gouvernement, comme le souhaitait le RHDP. Pour répondre à notre interrogation, il ne faut surtout pas tomber dans la précipitation. Il faut prendre le RHDP au mot. Voici l’un des passages forts de la déclaration du RHDP en date du 13 février 2010, au lendemain des dissolutions de la CEI et du gouvernement : « (..) le RHDP proclame qu’à compter de ce même jour, vendredi 12 février 2010, il ne reconnaît plus Monsieur Laurent GBAGBO comme Chef de l’Etat de Côte d’Ivoire. Le RHDP déclare nulles et de nuls effets les décisions de dissolution de la Commission Electorale Indépendante et du gouvernement. Le RHDP ne reconnaîtra ni la nouvelle CEI, ni le nouveau gouvernement en formation, selon les termes de Monsieur Laurent GBAGBO.» Rappelons que cette décision du RHDP s’appuyait ridiculement et puérilement sur la résolution 1633 du conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution onusienne ridiculement, hypocritement et contradictoirement réaffirmait dans son préambule son « attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire » et niait l’existence même de la constitution ivoirienne, expression fondamentale de cette souveraineté, en son article 39 stipulant clairement que « Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment. » Suite à ce rappel, disons que nous avons également assisté à une belle reculade du côté du RHDP, après le fracas de sa déclaration.

Le RDHP, contrairement à sa déclaration a reconnu de facto Monsieur Gbagbo comme chef de l’Etat de Côte d’Ivoire en acceptant de négocier avec Soro Guillaume, qu’il a reconduit comme premier Ministre. Les différents partis composant le RHDP, qui avaient plus d’un ministère, ont chacun perdu un poste ministériel. Le RHDP accepte d’entrer dans le nouveau gouvernement et est contraint de s’y faire représenter par des personnes acceptées par le Président Gbagbo qui, à défaut d’obtenir un changement radical du gouvernement, ne s’empêche pas de dicter sa loi dans une certaine mesure. Le RHDP a fini par abandonner son fétiche électoral, Mr Mambé, pour accepter une nouvelle CEI sans lui, comme le souhaitait le Président Gbagbo, même s’il n’a pu obtenir un changement de la composition formelle de cette institution. A l’analyse, finalement, contrairement à sa déclaration, le RHDP a validé, ainsi que leurs effets, les dissolutions de la CEI et du Gouvernement, a reconnu le nouveau gouvernement et la nouvelle CEI, « selon les termes de Monsieur Laurent Gbagbo », qui sans obtenir un changement radical de ses deux institutions, en a obtenu un changement partiel. De son Côté le conservatisme du RHDP n’a pas été totalement satisfait, mais l’a été quand même partiellement, du point de vue de la forme de ces deux institutions. Finalement on peut conclure, pour employer un terme sportif, qu’il y a eu un match nul. Chacun a trouvé partiellement son compte dans ce jeu trouble. Malheureusement, les lions du RDHP ont rugi sous l’effet destructeur de l’émotion politique pour endeuiller des familles, pour causer de graves préjudices à la République et aux particuliers, alors qu’ils auraient pu d’abord commencer par des négociations et ensuite user de leur appel incongru et suicidaire à l’insurrection comme dernier recours. La tempête vient de passer, tout semble rentré dans l’ordre. Mais un ordre précaire.

Car ne l’oublions pas, une tempête avait précédé et avait été écourté par celle des dissolutions de la CEI et du gouvernement. Il s’agit de la tempête de l’ivoirité dans le cadre de l’ « épuration » de la liste électorale, qui certainement ne sera pas la dernière. Cette tempête de l’ivoirité reviendra occuper pleinement sa place dans le climat trouble et dangereux de la politique ivoirienne. Sans doute, c’est dans cet esprit que Djédjé Mady, Président du Directoire du RHDP, annonçant l’arrêt des manifestations insurrectionnelles, a été corrigé par ces autres compagnons du RHDP qui, pesant tout le poids et l’effet des mots, lui ont demandé de parler plutôt de suspension et non d’arrêt, demande à laquelle il a immédiatement cédé en corrigeant son péché verbal devant les cameras et les journalistes.

Une contribution particulière de ZEKA TOGUI, COPACI
Dimanche 28 Février 2010
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