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La Dépêche d'Abidjan

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Moralisation de la vie publique: La politique ivoirienne à l'épreuve du Gôpô


Le 20 juin dernier le Président Laurent Gbagbo a annoncé à la télévision, par la voix de son porte parole Monsieur Gervais Coulibaly, sa saisine du procureur de la République aux fins d’enquêter sur des accusations gravissimes mettant en cause la responsabilité du ministre de l’intérieur, Monsieur Désiré Tagro. Ces accusations portent sur l’organisation des concours d’entrée à l`Ecole Nationale de Police, Session 2007, 2008 et 2009, la gestion des fonds destinés à l’organisation du hadj, éditions 2007, 2008,2009, la gestion des 100 milliards de Francs Cfa d’indemnisation des victimes des déchets toxiques de Trafigura, et une commission de dix milliards qui serait versée par la société SAGEM SECURITE.
Depuis cette date, la politique ivoirienne semble engagée dans l’épreuve du gôpô. Le gôpô est une épreuve de vérité chez les bétés, peuple du sud-ouest de la Côte-d’Ivoire, appartenant au groupe ethnique krou. L’épreuve de vérité qu’est le gôpô consiste à découvrir la véracité d’une accusation de sorcellerie. Plus précisément, cette épreuve consiste pour l’essentiel à recueillir et à mettre dans les yeux de l’accusé la sève d’un arbre appelé gôpôhi. Au cours de cette épreuve, l’innocence de l’accusé est prouvée par l’écoulement de la sève accompagnée de larmes. L’accusé est coupable, quand manifestement ses yeux se referment comme par la colle forte et perdent à jamais la vue. La sorcellerie en politique pourrait se dire de tous ces actes ignobles nuisant à l’intérêt général, au nombre desquels il faut compter le népotisme, la gabégie et toutes les formes de corruptions. Enquêter sur la gestion des affaires publiques peut donc être comparé à un véritable gôpô.
Face à toutes ces accusations contre le ministre de l’intérieur, les immaculés conceptions du RHDP, se sont empressés de demander une enquête parlementaire, en plus de l’enquête judiciaire. Pour le professeur Mamadou Koulibaly, qui a porté haut et fort, la voix d’une partie de ces accusations, il importe, d’une part, de dénoncer et de sanctionner les brebis galeuses de la bergerie FPI, pour lui redonner une certaine crédibilité devant une partie non moins considérable du peuple, qui crie à la trahison, et, d’autre part, de redonner à la politique son sens éthique de servir l’intérêt général. Pour le RHDP, dont la demande est malgré tout légitime, l’occasion toute belle est trouvée de montrer au peuple qu’il y a de la paille dans les yeux de son adversaire le FPI, accusé d’être la boite de pandore du pays.
Certes la politique est loin de se confondre avec une homélie, mais celle-ci pourrait tout de même sagement inspirer les exigences et les actions de l’homme politique. Tout semble se passer comme si le RHDP n’avait pas auparavant médité cette parole scripturaire : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois- tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » (Matthieu 7 ; 3-5)
Mais le FPI, de son côté, envisage également ôter la poutre de l’œil du RHDP, et apporter les preuves des pillages organisés par les rebelles dans leur zone. Il a donc demandé qu’une enquête parlementaire soit également faite sur les trafics de diamant, d’or et de cacao en zone rebelle, ainsi que sur la téléphonie cellulaire et le foncier urbain à Abidjan. Cette demande également légitime des députés du FPI devrait être accueillie avec acclamation par le PDCI. Si tel est le cas, le peuple devrait saluer ce gôpô historique de la vie publique ivoirienne. Le résultat de ce gôpô lui permettra de mieux juger le parti dont le candidat serait digne de le gouverner, parce que comptant au nombre de ces responsables, des personnes intègres et de bonne moralité.
Cette épreuve du gôpô serait l’occasion idéale de tous les partis gouvernants ayant des candidats à l’élection présidentielle, de faire la preuve de leur bonne moralité, de susciter la confiance des futurs électeurs et même de déterminer leur choix, pourvu que ces différentes enquêtes soit sérieusement et rigoureusement menées dans un esprit de transparence et de justice. Il convient tout de même de se demander si tous pourront aller jusqu’au bout et accepter les conséquences pénales et politiques de leurs exigences. Car il se pourrait que chaque accusateur, prenant conscience de son « péché », refuse de jeter la pierre à l’accusé, à l’instar des scribes et pharisiens renonçant à jeter la pierre à la femme adultère: « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. (..) Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers (…) » (Jean 8, 7-9).
Refuser le gôpô, cette épreuve atypique de vérité, c’est implicitement faire l’aveu de sa culpabilité. C’est pourquoi il y a lieu d’espérer que soient effectivement et normalement menées toutes les enquêtes exigées de part et d’autre.


ZEKA TOGUI
Dimanche 4 Juillet 2010
La Dépêche d'Abidjan



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