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La Dépêche d'Abidjan

Menaces djihadistes: Divergence entre Paul Koffi Koffi et Hamed Bakayoko

Depuis que le ministre-délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi a assuré que la Côte d’Ivoire était à l’abri de menaces terroristes, le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko a, semble-t-il, décidé d’aborder cette question sensible.



Menace or not menace ? Hamed Bakayoko, sur la base des renseignements mis à sa disposition par les grandes oreilles de la République, tirait la sonnette d’alarme le 29 mai dernier. «Nous n’avons plus le temps de tergiverser. Nous sommes obligés, en tant qu’Etat, de nous intégrer dans une coopération dynamique pour faire face à la menace », disait-il, confirmant ainsi, implicitement les informations faisant état de menaces sérieuses d’attaques terroristes. Moins d’une semaine après Hamed Bakayoko, c’est un autre son de cloche que l’on entend de la part de Paul Koffi Koffi, le ministre auprès du président de la République, chargé de la Défense. « Il ne faut pas crier au loup, quand le loup n’est pas là», faisait remarquer l’ancien directeur de cabinet de Guillaume Soro, à la Primature, prenant non seulement le contre-pied de ce que disait son collège, mais démentant, insidieusement une mise en garde du Quai d’Orsay aux ressortissants français vivant en Côte d’Ivoire. « Au regard de l’activisme de groupes terroristes opérant dans la bande sahélienne, il importe que les Français résidant ou de passage en Côte d’Ivoire fassent preuve d’une vigilance accrue, notamment à l’égard de tout comportement suspect, lors de leurs déplacements et dans les endroits qu’ils fréquentent de façon habituelle ou occasionnelle », avait pourtant alerté le ministre français des Affaires étrangères, le 29 mai dernier, à l’attention des voyageurs qui désirent se rendre en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire y comprise. Qui dit vrai dans cette affaire, surtout dans un contexte où l’alerte du Quai d’Orsay a commencé à circuler via les téléphones ? Au gouvernement où il s’est invité, apprend-on, le sujet divise. Il y en a, assure une source bien informée, qui soutiennent Paul Koffi Koffi, persuadés qu’ils sont que sa démarche a le mérite de ne pas troubler les populations. 

Appréhension différente du problème
« Ceux-là pensent qu’il faut laisser les forces de l’ordre faire ce qu’il leur revient de faire, en toute discrétion, pour éviter d’apeurer les populations, d’éviter d’en rajouter à la psychose », rapporte notre source. Une idée qui n’est pas partagée par Hamed Bakayoko, plutôt soucieux que les responsabilités soient partagées entre forces de l’ordre et populations. Les ministres qui sont d’accord avec M. Bakayoko, renseigne toujours notre source, plus engagés que lui, pensent qu’il faut sensibiliser les populations afin qu’elles aident les forces de l’ordre, à mener plus efficacement leurs opérations de traques des éventuels djihadistes repérés sur l’étendue du territoire national. « C’est surtout en conseil de gouvernement que le sujet a été, de manière informelle, abordé », ajoute notre interlocuteur, sans plus. Y a-t-il au moins concertation dans les actions de prévention ? « Il n’y a pas de doute qu’il y a une harmonisation et une coordination des forces de l’ordre parce que, fondamentalement, rien n’oppose les deux ministres. Mais, quand il y a des perceptions de vue différentes de la sorte, il ne faut se surprendre à voir, par exemple, les forces qui dépendent d’Hamed Bakayoko, être plus en vue dans la lutte », commente le conseiller d’un ministre, off record. Il n’a pas tort. Puisque manifestement, les services de la police sont bien au-devant de la lutte contre les éventuelles menaces djihadistes. En témoigne d’ailleurs, les mesures prises par le préfet de police du Haut-Sassandra, le commissaire-divisionnaire Koné Zié. « Le terrorisme et les djihadistes sont à nos portes. C’est pourquoi, face au nouveau type de trafiquants qui nous assaillent, nous avons demandé à voir des policiers nouveaux dans l’exercice de leurs missions », a-t-il sensibilisé, récemment, les forces de police placées sous son commandement. « Il est déjà bon que certaines forces soient en alertes, mais comme c’est le cas dans les pays développés, il faut renforcer le dispositif de lutte contre le terrorisme. Il vaut mieux que les populations sachent à quoi s’en tenir, que de ne rien leur dire. En France, par exemple, il y a le célèbre plan Vigipirate qui met en alerte, en cas de menaces sérieuses, les militaires et les forces de police. Ce plan implique d’autres stratégies que tous les spécialistes de la sécurité connaissent bien. Il appartient à nos autorités de s’en inspirer », conseille un officier des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, à la retraite. « Cela commence déjà par une grande mise à contribution des services de renseignements », ajoute-il. 



Marc Dossa in 

Nord-Sud
Mardi 11 Juin 2013
La Dépêche d'Abidjan



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