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La Dépêche d'Abidjan

Livre : « Lune ivoirienne » (Bonnes feuilles)

L’ancien colonel de gendarmerie Mbaye Diouf entre réalité et fiction d’une crise au pays des Eléphants
Après « Lumiére invisible », l’ancien officier de la gendarmerie sénégalaise Mbaye Diouf vient de sortir son deuxième ouvrage : « Lune ivoirienne ». C’est le titre du roman publié par la maison d’Edition Abis et préfacé par le Professeur Mariatou Koné, Ministre de la Solidarité et de la Cohésion Sociale de Côte d’Ivoire. Docteur en Management et Security leadership, le Colonel Mbaye Birome Diouf a suivi diverses formations dans les domaines du management, du terrorisme, de la diplomatie, et de la gestion des conflits, auprès de prestigieuses universités en France, aux Royaume-Unis et aux Etats Unis. Acteur de l’humanitaire international, l’auteur a passé une bonne partie de ses missions en Côte d’Ivoire. Un pays qu’il aime et dont la crise postélectorale de 2011 et la violence qu’elle a engendrée, lui ont inspiré ce roman « Lune ivoirienne » à caractère apolitique qui met en exergue des criminels qui profitent du chaos pour abuser de populations féminines innocentes. Le but du roman est de sensibiliser sur les valeurs de la famille, les questions de genre, les abus sexuels, la vie de réfugié, l’importance du pardon, de la paix et la réconciliation. « Le Témoin » quotidien vous livre en exclusivité les bonnes feuilles de ce livre entre réalité et fiction.


Livre : « Lune ivoirienne » (Bonnes feuilles)
Fanta !

« Lune ivoirienne » est une fiction qui décrit une histoire captivante d’une famille qui s’effondre, à la suite de la violence dont les conséquences imposent des conditions difficiles, surhumaines. Des criminels de tout acabit, armés, se relaient dans l’impunité et l’absence d’autorités, pour imposer leur loi faite de destruction humaine. Les abus deviennent monnaies courantes, le viol sert de répression, de revanche, de mutilation féminine. Seules, face à leur destin, des vies tentent de s’organiser, dans des espaces humanitaires. Malheureusement, quand des familles sont disloquées ou bien perdues dans des camps de réfugiés, ce sont souvent les femmes et les enfants qui paient le plus lourd tribut. Fanta n’échappera pas à cette existence avant d’être locataire dans le camp des réfugiés de Takoradi, au Ghana. Violée, bafouée, réduite en « poussière » dans cette folie humaine, elle arrivera à se redresser, de toute sa force, par sa croyance et sa foi à son pays, la Cote d’Ivoire. Les douleurs lui serviront de catalyseurs. Le pouvoir de l’amour lui donnera cette puissance de survie, de surmonter sa douleur et pardonner – Sabari (Pardon en Dioula). Elle triomphe de cette vie et devient une autorité reconnue et fêtée par les hautes autorités du pays » (…)

Cheikh Ahmadou Bamba, le détracteur et le pardon

« Le héros d’une guerre n’est pas celui qui est mort, ni celui qui a fui. Il est celui qui a survécu à l’injustice, a déjoué les plans les plus machiavéliques visant à l’éliminer, et qui est en mesure de raconter son histoire » Cette déclaration de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie religieuse, le Mouridisme, au Sénégal, est faite à son retour de près de huit (08) années d’exil, le 11 novembre 1902. Le colon avait décidé l’exil du Cheikh dans les forêts les moins hospitalières de l’Afrique Centrale, en particulier au Gabon, après les nombreuses tentatives de l’humilier et le faire disparaitre. Il est revenu de son exil, plus fort et plus populaire. Malgré tout, le Cheikh a accordé son pardon à ses détracteurs tout en priant pour eux. Le pardon, la prière, la solidarité et le travail sont les valeurs qui fondent la confrérie du Mouridisme qui est devenue une attirance mondiale. L’exemple de Cheikh Ahmadou Bamba est rappelé pour sa dimension universelle, mais il y a dans le continent africain, d’illustres Hommes de haute valeur incommensurable dont le Président Nelson Mandela de l’Afrique du Sud. Après vingt-sept années de privation de liberté et d’isolement par le régime de l’Apartheid, il sortit de prison en 1990, et ensuite appela son peuple au pardon et à la réconciliation nationale après avoir cerné toute la vérité sur le régime de l’Apartheid. Le Président Houphouët Boigny, premier Président de la Côte d’Ivoire indépendante, père de la nation, incarna l’unité nationale et l’ouverture de la Côte d’Ivoire. Après avoir connu les pires moments de son histoire, après la disparition de son premier Président, ce pays a eu besoin de pardon et de réconciliation entre ses fils. Le héros qui incarnera cette mission dans ce roman est Fatimata Cissé communément appelée Fanta. Quand la guerre civile éclata à Abidjan, un groupe de jeunes du quartier d’Abobo ont pris les armes non pour défendre une idéologie quelconque, mais pour aller se venger sur Fanta pour son refus de céder à leurs nombreuses avances sentimentales. Malgré le châtiment vécu, Fanta restera debout, sera la future héroïne de la paix et de l’unité de sa nation, la Côte d’Ivoire, décorée qu’elle sera par le Chef de l’Etat. L’exemplarité de la fille d’Abobo inspirera des décisions majeures pour la réconciliation de tous les Ivoiriens afin que le mal soit banni à jamais, que la protection de la femme et de l’enfant devienne une réalité sacrée (…). C’est dans cette ambiance familiale épanouissante que Fanta a grandi. Elle obtient son master et devient cadre dans une banque de la place d’Abidjan. Belle qu’elle est, les jeunes garçons du quartier d’Abobo ne la laisse pas tranquille. Elle fait régulièrement l’objet de déclaration d’amour, de harcèlement sexuel. Mais elle résiste. A la banque, elle tombe amoureuse du chef des ressources humaines, William Adjoumani, un jeune cadre, brillant, de famille aisée, chrétienne originaire de l’Ouest de la Cote d’Ivoire. Un parfait amour est vécu par les deux jeunes de la banque, l’intention du mariage ne se concrétisera pas (…) Au crépuscule, William me raccompagna. Nous ne nous promîmes rien. Les mots n’ont plus leur place en pareille circonstance. Chaque instant compte. Il faut agir, non plus tergiverser. Je descendis de la voiture dont le vrombissement s’éloignait. Après quelques pas, je vis s’approcher de moi Didier très en colère, suivit de très près par Bakuss et Jojo. Il se cala devant moi et s’exclama :
– Ah bon Fanta ! Donc c’est parce que je n’ai pas de voiture que tu ne fais rien avec moi ? C’est ça ?
– Doucement Didier. Qu’est- ce qu’il y a ?
– Tu me demandes ce qu’il se passe alors que tu le sais très bien ! Rétorqua-t-il.
– Didier, je ne t’ai jamais donné de faux espoirs et j’apprécierais que plus jamais ni toi ni tes amis ne m’interpelliez de cette façon. Est-ce que c’est bien compris ? Mon ton était énervé, je ne comprenais pas cette obsession et ce harcèlement dont j’étais victime.
Il me fixa dangereusement avant de reculer de quelques pas, je repris ma route.
– Fanta, tu vas regretter ça. Dit Bakuss.
– C’est une menace ? Est-ce que c’est une menace ?
Je demandai sans plus contrôler ma colère.
– Personne ne t’a menacée. Finit par répondre Jojo la star.
Je courus directement dans ma chambre, je pris le soin de mettre en marche la radio avant de m’affaler sur mon lit pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Je sanglotai, la tête sous mon oreiller. C’en était assez ! Je n’en pouvais plus. Le petit gang « sentimental » retourne sous l’arbre pour continuer à fumer.
– Cette fille de merde ne saurait continuer à nous résister, dira Bakuss.
– D’une manière ou d’une autre, on va la croquer, la sucer. Elle subira notre puissance, nous sommes bien des garçons, dira Didier (…)

La vie suit son court dans le camp des réfugiés

Dans la quiétude combien fragile de cet environnement où le dénuement exacerbe la vulnérabilité, j’avais enfin compris que seule la solidarité et l’ambition pouvait nous faire sortir la tête de l’eau. Je n’hésitais plus à rendre service à un tel ou encore à faire la classe à certains enfants francophones ; je leur apprenais à lire, écrire, compter et calculer. Cela me prenait beaucoup de temps et demandait des efforts, mais la satisfaction de voir tous ces enfants assidus et volontaires étaient une très grande récompense. A présent, je désirais plus que tout rajouter une autre corde à mon arc, me former à un métier : l’enseignement. Ce métier me passionnait de plus en plus désormais. A côté du temps qui s’égrenait lentement, il y avait parfois des soulèvements d’un groupe bien connus de réfugiés. Majoritairement composé d’hommes, quelques femmes s’ajoutaient au groupe. Ils étaient toujours mécontents. Lors des manifestations, les enfants suivaient les mouvements de la foule, se laissant entraîner sans conviction. Malheureusement, avec les femmes, ils étaient les premières victimes des vandalismes et de la pagaille (…)

Les retrouvailles

L’avion atterrit sur le sol ivoirien à 11 heures 42 minutes. En voyant le tarmac à travers le hublot, nous étions tous déjà très émus. Les coordonnateurs nous firent remplir les formalités d’usage et nous empruntions un car qui nous amenait vers le service national des rapatriés. La ville avait changé, elle me paraissait plus urbanisée, plus belle. Je fermais les yeux et respirais à plein poumons l’air ivoirien. J’étais heureuse. Tout le monde était agité en remarquant les changements visibles d’Abidjan notamment les nouvelles voieries, les infrastructures qui avaient comme poussés du sol. Toutes ces façades embellies, ces bâtiments dont je ne me souviens pas avoir eu conscience de leur existence quelques années auparavant. Un sentiment de fierté m’habitait alors…Fanta et sa sœur retrouveront leur mère perdue depuis plusieurs années…. Julien fera finalement le voyage retour, après des mois d’hésitation…

L’ambition

Très vite après notre réinstallation à Abobo dans un petit appartement, j’entrepris de faire du commerce afin de subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Astou, se joignit à moi dans cette initiative, ayant une bonne expérience en la matière. Je préparais des beignets, communément appelés « gbofloto ». A partir de 14 heures, je m’installais au bas de notre immeuble et commençais à les faire frire dans de l’huile de palme. Travailleurs, étudiants, enfants, parents, tous en raffolaient. Astou, elle commercialisait du jus de fruits. C’était un bon accompagnement à ces beignets. Au bout de quelques mois, nous avons loué un local en face de notre lieu d’habitation, nous avons rajouter au menu de la bouillie de mil et fait faire par le menuisier du quartier tables et chaises pour accueillir les clients désireux de consommer leur goûter sur place. Le service était assuré par une jeune fille, prénommée Myriam. Ma sœur et moi nous épanouissions dans notre activité. Ainsi, nous commencions à travailler le matin, pour finir en début de soirée…(…)

Le parlement

J’avais lu auparavant que l’inscription à la candidature à la députation était ouverte, alors je décidai de me présenter. Je vérifiais que je remplissais les conditions d’éligibilité avant d’en parler à ma mère. Cette nuit-là, dans sa chambre, elle fut très émue que je lui annonce une telle nouvelle. Maman ne manqua pas de me confier ses craintes de me voir malmener par des adversaires ou que ma sécurité soit menacée dans le monde impitoyable que peut être souvent le milieu politique mais encore, elle était inquiète que je ne parvienne pas à honorer mes engagements vis-à-vis de mon électorat (si jamais je venais à être élue) et que je perde de ce fait la confiance des populations. Toutefois, elle ne manqua pas de me bénir si tel était ma ferme décision. Je me sentais forte pour affronter toutes les épreuves, quelles qu’elles soient. Son thème de campagne portait sur la protection de la femme et l’enfant, les couches les plus vulnérables faces aux violences….Fanta sortira vainqueur, devient député et maire de la ville d’Abobo, l’un des quartiers les plus populaires d’Abidjan (…)

In « Le Témoin » quotidien - Sénégal
Vendredi 28 Septembre 2018
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