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Les funérailles en Côte d’Ivoire : Des Ivoiriens et la ʺbêtiseʺ

Je voudrais porter sur la place publique un débat qui, assurément, fâchera ou heurtera plus d’un. Mais mieux vaut tard que jamais, puisqu’il faudra bien en débattre un jour; surtout que nos élus, les députés en l’occurrence, ne sont bons qu’à être des députés, c’est-à-dire à être des caisses de résonance pour le pouvoir en place et ce depuis toujours.


Les funérailles en Côte d’Ivoire : Des Ivoiriens et la ʺbêtiseʺ
Je voudrais aborder avec vous le sujet des coûteuses obsèques en Côte d’ Ivoire chez certains peuples. En effet, au motif de rendre un dernier hommage à un parent qui nous coûtait cher – cela reste à démontrer quand ce dernier est quelques fois mort parce que personne n’a pu lui assurer une ordonnance dérisoire de 1800 FCFA – les Akan, les Bété, les Gouro et bien d’autres investissent des sommes faramineuses pour des funérailles aux dimensions pharaoniques. Ces funérailles se transforment en foires à prostitution, à beuverie et autres lieux de réunion et de retrouvailles pour des amis qui s’étaient perdus de vue.

Si j’aborde ce problème, c’est que j’ai récemment été scandalisé par une situation. J’ai assisté aux funérailles de ce monsieur à Marcory et qui se sont poursuivies pour s’achever en grande pompes dans son village natal: la conservation du corps pendant 2 mois à coûté 560 000 FCFA, le transfert à 165 000 FCFA et le cercueil à 220 000 FCFA, quatre bœufs à 1 800 000 FCFA, un budget en nourriture et boisson de 4 500 000 FCFA, six artistes tradi-modernes de renommée pour 1 200 000 FCFA, 800 chaises, 8 bâches, 2 animateurs (disque-jockey) pendant une semaine pour un montant de 1 400 000 FCFA et 2 000 000 FCFA d’imprévus; soit au total 12 000 000 FCFA. Pour honorer un homme qui est mort dans la honte et le dénuement total en laissant des dettes que ceux qui ont bien voulu encaisser estiment à 300 000 FCFA. Alors, simple question: où étaient toutes ces personnes qui se sont soudain trouvé une âme généreuse au moment où ce dernier tirait le diable par la queue – encore aurait-il fallu qu’il aperçoive la queue de ce diable, puisque même lui semblait l’avoir fui – ? Ou étaient-elles?

Mais là ne s’arrête pas le scandale. Deux mois après cette fête, souffrez que je l’appelle ainsi puisque c’en était une, les enfants mineurs et l’épouse ont été mis dehors, à la rue, sous une pluie battante, par un propriétaire de maison las d’attendre des promesses qui ne venaient jamais. Depuis 4 mois, il ne percevait plus rien, lui, retraité de son état, qui ne vit que des loyers des maisons qu’il a pris la peine de bâtir pour assurer ses vieux jours. Lui qui a été témoin comme moi de la générosité des bienfaiteurs pendant les obsèques. Où sont ces bienfaiteurs d’un jour?

Cette année scolaire, deux des enfants du défunt n’ont pu aller à l’école faute de moyens. La plus grande des filles, âgée tout juste de 17ans, se débrouille (vous et moi comprenons très bien ce que cache ce terme!) comme elle peut, pour aider qui elle peut, elle qui, plutôt que prévu, est devenue malgré elle, la seule source de provision pour des frères et sœurs dont le regard hagard traduit, si besoin était encore, leur désarroi et un dégoût certain pour tout alentour. Des rejetons pour qui les mots oncle, tonton, tante, cousin sont de vieux lointains et inexistants souvenirs.

Je veux bien vous épargner toutes les autres conséquences malheureuses puisque je me garde de vous dire où se trouve la mère. Cependant que nos élus députés me disent droit dans les yeux qu’ils ignorent le malheur de toutes ces familles qui sont ainsi quotidiennement rejetées lorsque l’on a fini d’honorer à coups de millions la seule personne sur laquelle reposaient leurs espoirs. Ces millions ne pourraient-ils pas servir de pied à terre pour ceux qu’ils ont laissés à l’humanité comme témoignage de leur passage sur terre? Douze millions comme ce fut le cas ne peut-il pas servir à créer une entreprise dans laquelle la veuve et l’ainé(e) des enfants pourraient travailler pour amortir cette grande et douloureuse perte? Les autres peuples, et je voudrais leur rendre hommage personnellement, comme les Malinké et les Musulman, que perdent-ils à ne pas rendre ce fameux dernier hommage?

Toute une série de questions qui me turlupinent et m’angoissent. Il est temps, et véritablement grand temps, que nos députés songent à une loi qui limite les excès au cours des funérailles quitte à empiéter sur nos libertés qui sont souvent liberticides. Où alors se sentent-ils suffisamment importants, eux qui sont très régulièrement sollicités au cours de ces obsèques comme si c’était là la raison de leur mandat, cérémonies au cours desquelles ils vont quérir auprès de l’électorat (un électorat en deuil, allez-y comprendre quelque chose!) une deuxième législature?

Si c’est la volonté politique qui manque pour faire bouger les choses, les habitudes, les us et coutumes multiséculaires, que les autorités au plus haut niveau sachent qu’on ne pourra pas émerger si nous faisons corps avec des morts qui n’ont quelques fois rien apporté à l’humanité si ce n’est d’être venus au monde et de l’avoir quitté comme ils sont venus, comme des voleurs. Des lors, que leur absence ne devienne pas un boulet aux pieds des vivants; ces vivants qui ont droit au plein épanouissement, à la jouissance entière de leur personne et à la dignité humaine. Des valeurs reconnues par la Constitution ivoirienne qui s’adosse à la déclaration universelle des Droits de l’Homme que ces morts-là dénient indument à leurs descendants ou que des prétentieux donateurs, plus imbus de leur personne qu’ils ne compatissent à la douleur de la famille éplorée ne se donnent pas la peine d’assumer. Que les morts enterrent leurs morts dit la parole. Sûrement nous émergerons plus vite. Simple avis.

Fafassou KWCY, professeur des droits de l’homme, in L’Eléphant déchaîné n°416

Vendredi 29 Janvier 2016
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Tribune
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1.Posté par GRÉGOIRE Maite le 01/04/2020 09:37 (depuis mobile) | Alerter
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J adhère à ce que vous venez de raconter. Mon frère marié à une nigériane qui est repartie en Côté d ivoire a du s acquitter de la somme de 5500+1500€ pour les funérailles de sa belle mère morte en C-I. il est lui même sans ressources et indigent ici

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