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Les Ivoiriens ne peuvent pas vivre dans une angoisse sans fin


Les Ivoiriens ne peuvent pas vivre dans une angoisse sans fin
Dans “Les Destinées”, Alfred de vigny, racontant la mort d’un loup, écrit ceci : “Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris, sa retraite coupée et tous ses chemins pris… Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant… [mais], tout en léchant le sang répandu sur sa bouche, et, sans daigner savoir comment il a péri, refermant ses grands yeux, il meurt sans jeter un cri.” Quelques vers plus loin, le poète ajoute : “À voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse, seul le silence est grand ; tout le reste (gémir, pleurer, prier) est faiblesse.” Quand on se représente la scène, ce n’est plus de la pitié qu’on éprouve pour ce malheureux loup mais de l’admiration parce qu’il aura fait montre de dignité dans la souffrance, parce qu’il aura atteint “ce haut degré de stoïque fierté”.

Quel contraste entre ce loup qui “souffre et meurt sans parler” et Dramane Ouattara devenu trop bavard après le cinglant désaveu que vient de lui infliger le peuple ivoirien en boycottant sa fausse élection à laquelle seuls 8% des électeurs auraient participé ! Certes, son honneur est gravement atteint et immense doit être sa désillusion, lui qui disait à tout bout de champ que son parti politique était majoritaire, lui qui prenait les opposants pour des peureux et croyait que le peuple ivoirien supporterait indéfiniment ses caprices et oukases sans réagir mais le “bravetchê” aurait pu se montrer digne malgré le revers essuyé le 31 octobre 2020. Au lieu de souffrir en silence, il fit des déclarations où les menaces à peine voilées le disputaient aux contre-vérités. Par exemple, quand il répond à un journaliste français que c’est Sarkozy qui a mis fin à la non-limitation des mandats présidentiels en France, c’est un vrai mensonge parce que François Mitterrand et Jacques Chirac ont quitté le palais de l’Élysée après y avoir passé respectivement 14 ans (1981-1995) et 12 ans (1995-2007). Il aurait pu nous faire l’économie d’un tel mensonge s’il n’avait pas en commun avec son ami Sarkozy une inculture crasse et notoire.

Monsieur Ouattara n’est pas davantage croyable quand il laisse entendre que “les Africains sont suffisamment majeurs pour gérer leurs pays” et que l’Occident devrait “arrêter de leur imposer ses normes”. Qui pouvait imaginer, neuf ans plus tôt, que le président de la fameuse communauté internationale, l’homme dont les violations des droits humains et crimes contre l’humanité ne furent jamais dénoncés par les politiques et médias occidentaux, demanderait un jour à l’Occident de ne pas s’immiscer dans les Affaires des Africains ? Qui pouvait croire que le vassal finirait par s’emporter contre le suzerain ? Tout ceci ressemble à une fiction. Et pourtant, il est réel que le président sortant a pesté contre ceux qui ont utilisé armes et bpmbes pour l’installer au pouvoir en Côte d’Ivoire en 2011 après avoir dit “non” au pacifique recomptage des voix proposé par son adversaire d’alors. S’il l’a fait, s’il a refusé que l’Occident donne des leçons de démocratie à l’Afrique, ce n’est pas parce qu’il a compris et embrassé la cause des souverainistes africains, mais uniquement parce qu’il se sait perdu comme le loup d’Alfred de Vigny, parce qu’il a réalisé finalement et douloureusement que les jours de son pouvoir sont comptés et que l’heure n’est plus loin où il devra rendre des comptes à ce peuple qu’il a pris en otage et qu’il terrorise depuis 1990. Pour dire les choses plus simplement, Dramane Ouattara est aux abois, il n’est plus serein, il est pris de panique et c’est cette panique qui le poussa à envoyer une escouade de gendarmes et de policiers encercler, le 3 novembre 2020, les domiciles de Henri Konan Bédié, Pascal Affi N’Guessan, Assoa Adou et Hubert Oulaye. Un démocrate ne fait pas ça ; une personne qui est dans le vrai ne fait pas enlever ses opposants ni ne déploie de miliciens tueurs contre des opposants qui manifestent pacifiquement.

Il est évident que de telles dérives ne peuvent que nuire un peu plus à l’image de Ouattara, lequel Ouattara fut présenté il y a quelques années par des courtisans et flagorneurs français comme un homme moderne, civilisé, compétent et démocrate.

Aujourd’hui, après avoir vu le maçon au pied du mur, tout un chacun peut admettre que le roi est nu, que l’enfant de Sindou a joui pendant longtemps d’une réputation surfaite, qu’il n’est ni l’homme de parole ni l’homme d’État que saluait chaleureusement Emmanuel Macron, le 5 mars 2020, quand il annonça, coram populo, qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. La suite est connue : coutumier du non-respect de la parole donnée, l’homme fit volte-face, le 5 août 2020, expliquant que sa décision avait été prise “dans l'intérêt supérieur de la nation afin de continuer de mettre sans relâche mon expérience au service de notre pays”.

C’est peu dire que Ouattara est aujourd’hui dans la tourmente et qu’il risque de sortir de la scène politique par la petite porte. Cette situation, il aurait pu l’éviter s’il s’était conformé à la Constitution qui interdit plus de deux mandats. Mais peut-être est-ce là le destin des gens qui, comme lui, aiment chanter la palinodie. Le destin de la Côte d’Ivoire, lui, n’est point de sombrer dans le chaos. On ne peut laisser Ouattara et sa clique de voleurs et de tueurs abîmer davantage le pays ; il n’est pas tolérable que des vies humaines continuent d’y être fauchées à cause de la mégalomanie d’un individu. Notre peuple ne peut pas vivre dans une angoisse sans fin. C’est pourquoi le Conseil national de transition (CNT), dont je soutiens à cent pour cent la mise en place, doit rapidement appeler le peuple à cesser tout travail pour prendre la rue et demander à l'armée de se rallier au peuple afin de le protéger contre les miliciens de Ouattara.

Jean-Claude DJEREKE




Vendredi 6 Novembre 2020
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