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La Dépêche d'Abidjan

Le noir et le complexe du mal-aimé


En réaction au deuxième volet de l’article que j’ai publié récemment à Opéra news sur la question du racisme, une internaute à la jolie plume m’a adressé la contribution suivante : (…) J'ai lu un article de vous, publié sur le site opera.com, sur le thème du racisme. Vous y avez évoqué un sentiment de haine réciproque entre Blancs et Noirs ; et, concernant les Noirs, une haine doublée de crainte du Blanc. La thèse de la crainte peut être crédible ; mais je suis surprise que vous y parliez de haine, quand on sait tous les complexes que le Noir nourrit vis-à-vis du Blanc :

— complexe d’identification, par le désir de devenir un Blanc : beaucoup de mélanodermes, surtout les femmes noires, se dépigmentent pour ressembler au Blanc et aux Blanches. Les Noires, notamment, se tissent les cheveux pour avoir ces somptueuses crinières qui caractérisent, du moins dans leur esprit, la femme blanche.

— complexe d'infériorité : ceux qui ont eu à évoluer dans un contexte de cohabitation des deux races, et qui sont observateurs, ont pu constater que la plupart des Noirs, face aux Blancs (surtout quand ces derniers sont patrons de l'entreprise), se comportent avec l'obséquiosité de vizirs envers leurs pharaons.

La fascination qu'exerce la peau lumineuse et les yeux couleur d'eau de ces êtres sur l'inconscient collectif noir est avérée ; et des réflexions affligeantes nous montrent combien nous sublimons le Blanc : « Les Blancs sont trop bien ! » ; « Les hommes blancs ne trompent pas leurs femmes comme les Noirs » ; « Le Blanc ne connait pas l'hypocrisie », etc. Or cela est faux. À l’observation, il apparaît qu’un groupuscule de Noirs tente d'injecter des filets de haine dans les consciences noires, au nom d'un panafricanisme auquel eux-mêmes ne comprennent pas grand-chose. Ils sont d'autant plus risibles qu'ils crèchent sous des cieux occidentaux, vont puiser à la source de leur science, se marient même avec des Blancs/Blanches. Cependant, ce groupe est-il représentatif de la tendance générale ? Surtout que, même dans ces cercles de ‘‘panafricanistes’’, on trouve des "protestants" qui contestent certaines prises de positions de ces pseudos panafricanistes. Et tous ne haïssent pas les Blancs, qui sont des intellectuels. Certains intellectuels noirs n'aspirent d’ailleurs qu'à une relation égalitaire avec le Blanc. Je serais donc ravie de savoir quels sont les éléments que vous avez pris en compte pour votre analyse ». Signé Natagaari.

La qualité de la démarche discursive justifie la longueur de la citation (presque dans son intégralité.) Le nom du signataire, certainement un avatar, ne m’est pas inconnu — nous avons parfois échangé sur les réseaux. Cette présente réaction croise mes préoccupations. À mon avis, le racisme existe partout au monde ; et on doit « se résoudre à le considérer comme un fait d’ignorance », comme le dit si bien l’écrivaine ivoirienne Clémentine Caumaueth. Or l’ignorance engendre toujours la peur (de l’autre) ; et cette peur déclenche le processus du rejet (de l’autre.) — l’être humain accepte difficilement ce qu’il ne connait pas, ne comprend pas.

UN AMBROGLIO DE COMPLEXES

Je partage donc les réflexions de Natagaari sur les complexes qui conditionnent l’agir de nombre de Noirs vis-à-vis de l’homme blanc : le désir obsessionnel de s’identifier à lui, le fait de se juger inférieur à lui. Il n’y a qu’à observer l’acharnement avec lequel presque toute l’Afrique centrale est atteinte du syndrome de la ‘‘blanchitude’’, pour percevoir la profondeur du mal : citoyens anonymes, artistes vedettes, chefs d’État, s’adonnent gaiment à cette pratique qui y est devenue la norme. Dans cette partie de l’Afrique, avoir la peau noire est presque devenu un signe de régression raciale. Les pommades éclaircissantes bénéficient même de panneaux publicitaires. En Côte d’Ivoire, la situation n’est pas meilleure. Une amie à qui j’avais, un jour, fait gentiment le reproche de se dépigmenter, m’a littéralement assommé par une réponse renversante : « Toi aussi, reconnais que la peau noire est sale ; je fais ça pour avoir une couleur de peau présentable ! » Une autre m’a servi une réponse non moins choquante : « C’est pour nettoyer ma peau » ! La meilleure (toujours venant d’une autre femme) : « Écoute, Tiburce, même dans la Bible, il est écrit que le Noir est maudit. La couleur noire est satanique ! » Fin de discussion.

Dans cette course obsessionnelle pour ressembler au Blanc, les femmes noires africaines ont vraiment atteint le seuil du ridicule : sur cent femmes noires que vous rencontreriez au cours d’une journée, en ville, 98 portent de faux cheveux pour singer la chevelure des Blanches. Une de mes curiosités, quand je suis en Europe, est d’observer la chevelure des femmes dans le métro, le train, l’avion. Toutes ont des cheveux naturels ou du moins conformes à leur allure génétique, sauf les femmes noires. Il y en a qui sont plus brunes et plus blondes par les cheveux que les Blanches !

Il m’est souvent arrivé de demander à quelques amies dont le bon sens me paraissait indiscutable, pourquoi elles refusaient si superbement de garder leurs cheveux naturels. Réponse récurrente : « C’est difficile à entretenir. » Question tout aussi récurrente et sensée : « Mais comment nos mères, grands-mères et ancêtres ont-elles fait pour avoir ces si belles chevelures naturelles qui faisaient la splendeur de leur beauté que nombre de poètes ont chantée ? Elles ne portaient pas de perruques, ne faisaient pas de tissage, ne se défrisaient pas les cheveux. » Réponse : « Elles avaient des peignes adaptés à ça. » Question à la réponse : « Ces mêmes peignes sont vendus dans tous les marchés africains ; pourquoi n’en n’usez-vous pas ? » Réponse agacée : « Ah Tiburce, tu me surcharges » ! Fin brutale de la discussion.

Comment peut-on être aussi faux sur soi et avec soi ? Grave question. Si les Blanches avaient eu la chevelure des Noires, les femmes noires auraient tout fait pour avoir cette même tessiture de cheveux, crépus, non ondulants (non lisse, en tout cas), qu’elles refusent aujourd’hui. Natagaari aurait même dû ajouter à cet éventail de pathos d’identification au maître, l’adoption, pis, la soumission sans réserve des Noirs aux religions de ses maîtres Arabes et Blancs : le christianisme et l’islam, qui ont professé son infériorité ontologique. Mais c’est là un domaine très sensible (celui du magique) où même le cerveau le plus docte est annihilé par la Raison. Insister là-dessus reviendrait à attirer sur soi les malédictions de Yahvé et le redoutable courroux des islamistes. Sacrilèges et safroulaï ! Bissimilaï ! Amen !

Les panafricanistes. En voilà, une autre race de mauvais joueurs nègres : ils hurlent à longueur de journée contre les Blancs ; mais ils sont plus prompts à prendre les chemins d’Europe, que ceux d’entre les Noirs qui, tout au contraire, s’interdisent de nourrir en eux ‘‘occidentalophobie’’ et rejet du Blanc. Épouser une femme blanche ou un Blanc, avoir des enfants métis, avoir la carte de séjour et bénéficier de la Sécu, être admis dans les milieux de Blancs, devenir Français, Suisses ou Belges et ‘‘blancs’’ dans la tête, être reconnus par le Blanc comme un être évolué et talentueux (pour les créateurs — musiciens, écrivains, plasticiens, chorégraphes, cinéastes, etc., tous fiers d’exhiber les prix et autres récompenses que leur attribuent ces mêmes Blancs) : tels apparaissent, en effet, les ambitions et motifs de contentements de cette catégorie de Noirs exaltés d’Afrique. Le tableau n’est pas rassurant.

Les réserves de Natagaari à propos du racisme anti-blanc des Noirs me paraissent donc fondées ; du moins, en partie. Car ce racisme, même s’il ne semble pas évident, n’est pas irréfutable non plus. Ce qui l’est, en revanche, c’est la farouche envie qu’abrite la grande majorité des Noirs africains, surtout les femmes noires, de ressembler aux Blancs/Blanches. Césaire, Fanon, Guy Tyrolien, David Diop, James Brown, Bernard Dadié, Jean-Marie Adiaffi, Langston Hugues, vous êtes bel et bien morts ! La negro renaissance et la négritude ont vécu.

Tiburce Koffi, écrivain.
Tiburce Koffi / gnametkoffi@gmail.com







Jeudi 23 Avril 2020
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