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Le franc CFA : un obstacle au développement des pays africains

Les pays africains utilisateurs du F CFA peuvent-ils atteindre le développement auquel ils aspirent avec une monnaie contrôlée de l’extérieur ?


Nicolas Agbohou, auteur de LE FRANC CFA ET L’EURO CONTRE L’AFRIQUE
Nicolas Agbohou, auteur de LE FRANC CFA ET L’EURO CONTRE L’AFRIQUE
Les faits sont aujourd’hui légionet montrent l’iniquité de cette monnaie surannée. Selon le professeur Prao Yao Séraphin, « Lorsque le général de Gaulle signait le décret créant le Franc des Colonies Françaises (CFA), il savait bien qu’il mettait ainsi sous perfusion monétaire les économies africaines. Il a fallu une lecture plate du Professeur TchuindjangPouemi, un intellectuel rigoureux, pour sortir le côté vicieux de cette monnaie. Depuis la parution de son ouvrage séminal de 1980, ils sont nombreux les économistes qui appellent à mettre fin à la coopération monétaire entre les Pays Africains de la Zone Franc (PAZF). »

La théorie monétaire enseigne en effet que les petits pays construisent leur crédibilité monétaire en arrimant simplement leur monnaie à celle d’un grand pays. Dans le cas des pays de la Zone Franc, cette recherche de stabilité devient déstabilisante et pénalisante. Le problème fondamental reste la parité fixe en ce qu’elle est défavorable à la compétitivité des économies de la Zone Franc. De 1985 à 1993, les performances économiques des PAZF sont moins bonnes à cause de la surévaluation du Franc CFA. La politique du franc français fort, longtemps poursuivie en France, a entraîné une appréciation du franc français (FF) par rapport au dollar pour la période 1985-1992. Le dollar servant de monnaie de facturation pour de nombreux partenaires commerciaux des PAZF,dans ce contexte, cela a affecté négativement la compétitivité de ces pays au niveau de leurs exportations. Parallèlement, leurs importations coûtaient moins cher. En fin de compte, la balance commerciale des PAZF était négativement affectée. En d’autres termes, la crise économique qui a sévi dans ces payset qui a durablement marqué leurs économies aurait pu être évitée s’ils jouissaient de la souveraineté monétaire. Rien n’interdit de penser le scénario pourrait se rééditer.

Une coopération basée sur la duperie

La zone franc CFA a quatre principes de fonctionnement, conçus à avantage exclusif de l’économie française etpour maintenir les économies des PAZF dans la dépendance. Il s’agit notamment de: la centralisation des réserves de changes qu’on appelle le compte d’opérations (une escroquerie) ; la libre convertibilité des francs CFA en francs français en Euros (illusoire) ; la fixité des parités (une hérésie) ; la libre transférabilité des capitaux de la zone franc CFA vers la France (qui permet aux entreprises françaises de rapatrier les bénéfices réalisés sur le sol de PAZF). « Dans la réalité, le Franc CFA ne peut être converti en Euro et n’est pas accepté dans les transactions en Union européenne sauf via le Trésor français et la Banque de France. Le Franc CFA n’est donc pas une monnaie. C’est un signe monétaire permettant à celui qui a le plus d’influence au conseil d’administration de la Zone Franc de s’assurer la part du lion », explique le Dr Yves Ekoué AMAÏZO.

Le FCFA n’est pas une monnaie autonome,constate pour sa partDieudonné Essomba statisticien et auteur d’un livre sur la monnaie binaire :« Du point de vue de l’économie globale, les pays de la zone CFA se comportent exactement comme si c’était des départements français. Donc au niveau européen, on ne connaît véritablement pas le FCFA. On distingue des euros qui circulent en France, et ceux qui circulent dans les pays africains sous la forme de CFA. »

Dans la réalité, les Banques centrales africaines ne décident pas de créer la monnaie sur la base des agrégats économique comme le font d’autres Banques centrales. « Lorsque le Cameroun par exemple réalise des exportations, dans différents pays, il ne reçoit pas directement ses devises. Ses recettes sont en principe reversées au trésor public français, qui lui renvoie une quantité, sous la forme de CFA. À l’inverse, lorsque nous voulons importer des marchandises, le système bancaire ici demande à la Banque de France qui nous remet des devises pour les importations. Il n’y a pas plus grand outil de contrôle d’un pays.», explique Dieudonné Essomba.
Sortir de la zone Franc

Selon le professeur Prao Yao, les PAZF ont au moins trois bonnes raisons pour rompre la coopération monétaire avec la France.
En premier lieu, depuis 1994, la France n’est plus le principal soutien des économies de la zone. En effet, depuis la dévaluation de janvier 1994, les règles du jeu ont largement changé. La France est devenue un prêteur résiduel qui se situe en second rang par rapport aux institutions de BrettonWoods, et d’autres partenaires comme la Chine.
En second lieu, le Franc CFA est arrimé à l’Euro et non auFranc français. Les PAZF ont signé un accord les liant avec le Franc français et non l’euro et a fortiori les autres pays européens. Du coup, la légitimité par le rôle de garant du Trésor doit s’estomper. Il en découle que toutes les réserves de changes des PAZF détenues par la France n’est que purement du vol.
En troisième lieu, les PAZF n’ont pas choisi d’arrimer leur monnaie à l’Euro. Dans le cadre des accords de Maastricht, l’institution de la monnaie unique s’est faite avec le maintien des règles de la Zone franc : rattachement du FCFA et du Franc comorien au Franc français et mécanismes du compte d’opérations. Les choix budgétaires restant du ressort de la souveraineté des États pendant que les accords de coopération monétaire engagent le Trésor français. En France, c’est par voie référendaire que les Français ont ratifié en 1993, le traité sur l’Union Européenne. Dans le cas des PAZF, le passage technique de l’arrimage du Franc CFA à l’euro a été imposé.

La conclusion du Pr Prao est sans appel. A maintes occasions, les pays Africains ont refusé de franchir le Rubicon monétaire. Les défis du développement n’autorisent plus les hésitations. Il faut sortir du Franc CFA. Aucun pays africain ne peut être émergent avec le Franc CFA.

Autre Presse
Mercredi 6 Janvier 2016
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"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

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