Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La visite annoncée de Guillaume Soro à Gagnoa et la question de la réconciliation

" Le rejet légitime des horreurs et des tragédies du passé ne doit pas être une barrière à la création d'un futur stable et meilleur. En regardant vers l'avenir, nous ne devons jamais oublier ceux qui ont souffert durant les périodes sombres desquelles, grâce à Dieu, nous émergeons."


La visite annoncée de Guillaume Soro à Gagnoa et la question de la réconciliation
Ces paroles fortes sont d'un homme, Ian Paisley, leader protestant en Irlande du Nord où protestants et catholiques se vouent une haine viscérale au point de se livrer une guerre, une très longue guerre fratricide. Mais elles devraient pouvoir être prononcées un jour par n'importe quel ivoirien qui aime son pays et espère fortement le voir sortir de la crise qui dure depuis maintenant onze ans, et aller de l’avant.

C’était hier l’honneur du président Gbagbo que d’avoir tendu la main à la rébellion pour arracher le dossier ivoirien des mains d’une France manipulatrice, et d'essayer d'y trouver une solution ivoirienne, et c’était aussi l’honneur de Guillaume Soro que d’avoir saisi cette main tendue pour permettre à son pays, pouvait-on penser, de s’offrir une perspective meilleure car il n’y a pas pire chose qui puisse arriver à un pays que la guerre. Malheureusement, la guerre, une guerre atroce a déchiré le pays parce que la rébellion n'avait jamais renoncé à sa volonté de prendre le pouvoir par les armes. Et Gbagbo se trouve désormais en prison loin des siens, à la Haye où on l'a transféré un jour de novembre 2011 pour, nous ont expliqué Soro et ceux qui y avaient intérêt, faciliter la réconciliation.

Deux ans plus tard, le même Guillaume Soro, aujourd'hui président de l'Assemblée Nationale veut aller rencontrer les parents de Gbagbo pour leur parler de réconciliation. Pourquoi donc ? Cet éloignement du président Gbagbo n'aurait-il pas eu l'effet escompté ?Aurait-il un contentieux avec cette population alors que ceux qui sont censés parler au nom de cette région sont aujourd'dui tous du RHDP, sauf à Ouragahio où le maire est un indépendant ?

A Gagnoa même, l'ancien sécrétaire général adjoint du MPCI ( Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire), Louis-André Dacoury-Tabley, a été élu député sous la bannière du RDR. Le président du Conseil Général Joachim Djédjé Bagnon est lui du PDCI quand le député de Ouragahio est Abel Djohoré qui a été un très proche collaborateur de Guillaume Soro quand ce dernier était à la primature. Il n'y a aujourd'hui aucun élu du parti de Gbagbo dans cette région. Quand une population est censée avoir voté pour un parti ou une coalition de partis, quelle réconciliation ce parti ou cette coalition de partis peuvent-elle encore envisager avec elle ? Soro Guillaume voudrait-il laisser de côté les élus pour parler avec des non-élus ? Guillaume Soro penserait-il, dans ce cas, que ceux qui ont été élus à Gagnoa ne sont pas assez représentatifs pour parler au nom des populations, et que l'autorité suprême dans cette région serait incarnée par Lambert Gbizié avec qui il dit travailler, et qui n'est en réalité qu'un chef traditionnel parmi d'autres dans une région où le pouvoir est éparpillé, comme l'a dit si justement le président Gbagbo le 28 février 2013 ?

Mais Gagnoa, comme d'ailleurs beaucoup de régions de Côte d'Ivoire, n'a pas de problème, ni avec Ouattara ni avec Guillaume Soro, ni avec le RHDP dont certains cadres sont des fils et même des personnalités connues originaires de cette région : Maurice Kakou Guikahué, Joachim Djédjé Bagnon, Louis Dacoury-Tabley, Abel Djohoré et bien d'autres, et cela ne pose aucun problème particulier. Ils n'ont jamais été menacés parce qu'ils appartiennent à d'autres formations que le FPI de Gbagbo.

Par ailleurs, le premier tour de l'élection présidentielle a montré un maillage territorial de l'électorat de Gbagbo qui devrait obliger à poser le problème de la réconciliation sur un plan national. La réconciliation devrait donc être un processus qui implique toute la nation, et non un simulacre de réconciliation qui se ferait avec une région, même si cette région est la région d'origine du président Gbagbo.

Mais parlons un peu de cette réconciliation car elle mériterait un vrai débat. Quel type de réconciliation faudrait-il en Côte d'Ivoire ? Comme c'est moi qui écris, je vais dire ce que je pense de la réconciliation que me semblent attendre les ivoiriens.

Le problème ivoirien est politique, la réconciliation sera donc politique, ou ne sera pas. Il n'y a pas un contentieux entre les Bétés et les Dioulas, sinon il faudrait dire lequel, ni entre les Bétés et les Baoulés, encore moins entre les Dioulas et les Baoulés, ou même entre quelques populations de la Côte d'Ivoire que ce soient. Le problème est essentiellement politique, uniquement politique. Il faudrait donc une solution politique, et arrêter d'instrumentaliser les populations en essayant de les opposer les unes aux autres. La réconciliation que veulent les ivoiriens, ce n'est pas une réconciliation pour aller manger ensemble au maquis ( restaurant), pour aller danser ensemble en boîte, ou pour s'embrasser dans la rue, ou encore pour jouer ensemble à on ne sait quel jeu. C'est une réconciliation autour de la constitution qui puisse donner lieu à une justice équilibrée, une armée républicaine, un égal accès aux emplois publics, un état laïc dans lequel toutes les religions sont respectées, un accès équitable aux médias d'état , une éducation de la population à la démocratie car tout cela serait vain si la population ignore les règles du jeu politique, un renforcement de la lutte contre les propos incitant à la haine ethnique ou religieuse. Bref, un état où les droits de chacun et de tous soient respectés. Il s'agit donc de trouver les moyens d'un vivre ensemble politique. Et ce débat doit être mené par des hommes politiques, entre hommes politiques, entre formations politiques. Cela suppose que tous les acteurs censés y participer puissent le faire. Or, dans notre cas, les interlocuteurs les plus légitimes de Guillaume Soro et de son maître Ouattara sont en prison, ou en exil.

Donc, si Guillaume Soro veut vraiment donner du sens à sa volonté de réconciliation, et ne pas donner l'impression d'une nouvelle intiative pour tromper l'opinion nationale et internationale, il sait ce qu'il lui reste à faire : libérer les prisonniers politiques pour que le débat sur l'avenir du pays ait lieu. Et il n'est pas trop tard.

Certes, La Côte d’Ivoire a eu ses morts, ses mutilés, ses violés, ses spoliés, ses déplacés, ses exilés, mais elle n’a pas connu ce qu’ont connu des pays comme le Liberia et la Sierra Leone avec des centaines de milliers de morts et des destructions massives. L’outil économique a été préservé et cela permettra à notre pays de rebondir vite, très vite pour offrir des perspectives à tous ceux qui se battent au quotidien pour s’assurer un avenir. Pourvu que ceux qui sont désormais au pouvoir le veuillent, mais le veulent-ils vraiment ?

Personnellement, j'en doute sérieusement pour la simple et unique raison que les gouvernants actuels ne sont pas à leur place, à la place que le peuple leur a effectivement donnée. Un accord politique et de nouvelles élections inclusives, libres et transparentes sont la seule clé pour sortir le pays de l'impasse politique dans laquelle il se trouve. Tout le reste n'est que pure diversion.



Voilà, j'ai fini de parler



Alexis Gnagno
Jeudi 25 Juillet 2013
La Dépêche d'Abidjan



Tribune
Notez

Nouveau commentaire :
Twitter

Conditions d'utilisation
Merci d'écrire dans un langage correct et d'éviter des affirmations sans preuves.




Actualité | Opinion | Contributions | Vidéos | Zouglou Feeling | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite



"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

La Dépêche d'Abidjan | 18/05/2018 | 2577 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 12/12/2017 | 3279 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 11/07/2017 | 2153 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 27/04/2016 | 5358 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 24/10/2015 | 50986 vues
33333  (36 votes) | 14 Commentaires
La Dépêche d'Abidjan | 12/05/2015 | 3525 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 04/01/2015 | 5740 vues
00000  (0 vote) | 3 Commentaires