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La honte d’être malien


 La honte d’être malien
Pour «parachever la mise en œuvre» de l’accord-cadre imposé à notre pays par la Communauté internationale par le bais de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour, dit-elle, un retour à la normalité constitutionnelle et le recouvrement de notre intégrité territoriale,
le tout Mali politique et décisionnel a pris armes et bagages pour se transporter à Ouagadougou. Aux pieds du Président du Faso, nos leaders, politiques, syndicaux, religieux et ceux de la société civile… tentent de trouver, à l’extérieur du Mali, une solution malienne à un problème malien.
Dédaigneusement appelé «dialogue inter-malien», la rencontre de Ouaga devrait, dit-on, jeter les bases d’un Mali nouveau, démocratique et uni avec, en toile de fond, les questions centrales et souveraines de la nomination du Premier ministre, la constitution du gouvernement d’union nationale et la durée de la transition.
Au Faso, loin du Faso Mali, sous la dictée du désormais Gouverneur de l’AOF (Afrique de l’Ouest française), ceux qui représentent et agissent au nom et pour le compte de la Communauté internationale et non du Mali éternel, ceux qui croient agir au nom du peuple malien alors qu’ils ont été instrumentalisés et/ou floués, ceux qui se sont commis au nom du peuple souverain du Mali pour défendre et garantir leur survie politique, administrative ou affairiste vont s’accorder sur une feuille de route consensuelle pour renouer le dialogue afin «d’assurer le fonctionnement régulier des institutions républicaines, assurer l’intégrité territoriale et tenir des élections et transparentes dans un environnement apaisé et sécurisé» .
Et suprême injure à notre peuple, Blaise d’être appelé à s’investir aux côtés de la transition pour la consolidation de l’Etat de droit, le respect des valeurs républicaines et la préservation de l’intégrité de son territoriale et la cohorte malienne à ses pieds d’applaudir !
Nous avons beaucoup de peine et d’affliction pour nos vénérables hommes de foi dont la bonne foi a été, nous en sommes sûrs, surprise dans cette affaire. Beaucoup de peine et d’affliction parce que Hommes de Dieu, nous les savons, désintéressés, dédiés corps et âme à la paix des cœurs, à la communion entre les tous les fils de ce pays, attachés qu’ils ont toujours été aux valeurs sociales et aux vertus morales de ce peuple d’honneur, de dignité et de fierté.
Mais où sont désormais l’honneur, la dignité et la fierté de notre peuple si nous, Maliens, descendants de la Patrie du Maaya (humanisme), du horonya (noblesse, vertu), du laydu (loyauté, promesse), du Danbé (intégrité), du jèkafo (dialogue), du koto nyogon tala (consensus)… si nous sommes obligés de nous déporter chez nos fadenw (concurrents) pour déterminer et conduire la nouvelle trajectoire de notre destin de peuple parce que nous sommes incapables de trouver une solution à l’interne?
Le Mali des descendants de qui nous sommes est-il tombé si bas qu’il soit incapable de s’en sortir tout seul sans l’assistance du Burkina?
Quels honneur, fierté et dignité nous reste-t-il ? Où est désormais notre souveraineté de nation libre et indépendante ?
Dommage pour les héritiers de Mamadou Konaté et de Modibo Keïta (et de tous les fondateurs du Mali indépendant) qui choisissent d’aller s’aplatir devant une Nation étrangère pour décider du renouveau sécuritaire démocratique du Mali ! Eux, ils ne dormiront plus dans leurs tombes, et le grand panafricaniste, le Pr Alpha Oumar Konaté devrait, dans son silence de Titibougou, avoir un infarctus pour ne pas vivre l’indignité aujourd’hui infligée à son pays.
Le fils de Dougoukolo, lui qui hier a refusé de se déplacer à Dakar pour accueillir Chirac, lui qui du haut de la tribune du Panthéon du savoir français, la Sorbonne, avait dit que «celui qui ne respecte pas le Mali et les Maliens ne peut être un ami du Mali, devrait aujourd’hui avoir beaucoup d’affliction et tristesse pour ce qui arrive à notre peuple.
Passe encore que Blaise n’ait aucune considération pour cette colonie de charognards de classe politique méprisante, honnie et vomie de partout qui voltige au-dessus du Mali à genoux, mais nous sommes de ceux qui disent haut et fort que le moindre respect que le Président du Faso devrait à un peuple auquel le sien payait tribut, c’était la sobriété et la mesure dans l’humiliation subie, de refuser de faire subir au Mali cette humiliante procession de leaders vaincus, de responsables véreux et corrompus pour certains… qui viennent prosterner devant lui pour demander sa compassion, son indulgence, et son adoubement pour le renouveau d’un peuple auquel on veut enlever toute dignité et tout honneur . Parce que les peuples ont de la mémoire.
Notre désespérante posture de pays en guerre, divisé et trahi, de l’intérieur comme de l’extérieur, n’a rien de honteuse. Ce qui est une honte pour le grand peuple du Mali, c’est le vénal aplatissement de son élite et sa capitulation face au chantage économique et à la tutellisation rampante de notre souveraineté.
La honte ressentie aujourd’hui d’être Malien, ce n’est pas l’annexion traîtresse du Nord-Mali par des mercenaires hier encore à la solde et à la table du président ATT, c’est l’acceptation de l’idée que les descendants des Soundjata, des Tiramakan, des Biton, des Dah Monzon, des Tiéba, des Babemba, de Samory, des Ahmadou Lam Djoulé, des Fihroun… ne soient pas capables de se libérer par eux-même et qu’il leur faut des troupes étrangères pour recouvrer leur dignité et leur souveraineté pleine et entière sur leur propre territoire.

La honte ressentie aujourd’hui d’être Malien, ce n’est pas la mauvaise passe institutionnelle dans laquelle la gestion chaotique d’ATT et le silence complice hier de ceux qui sont en train de se prosterner devant Blaise Compaore, c’est l’indigne abdication de souveraineté qui imposerait au peuple malien le choix de ses dirigeants et leur approbation par l’Extérieur.


 La honte d’être malien
La honte ressentie aujourd’hui d’être Malien, ce n’est pas que notre pays ait connu un coup d’Etat, soit resté depuis le 22 mars sans gouvernement, c’est d’accepter de décider de son avenir non au Mali mais au Burkina par ceux-là même qui l’ont pillé, volé et laissé annexer avec la complicité arrogante de la CEDEAO et de la communauté internationale.

La honte ressentie aujourd’hui d’être Malien, ce n’est l’absence d’espoir, de moyens et perspectives heureuses à court terme, c’est la conspiration clanique en cours pour torpiller le renouveau, c’est le silence criminelle de la communauté internationale face aux viols de nos femmes et fils au Nord, c’est la passivité raciste et l’indolence ségrégationniste dans sa réactivité face au drame humain au Bilad es Soudan de la part de cette même communauté qui mensongèrement est si prompte à dénoncer les violences contre la communauté blanche du Mali.

La honte ressentie aujourd’hui d’être Malien, ce n’est pas notre misère et notre pauvreté, car dit un proverbe turc la « misère n’est pas honte, en avoir honte est la honte ».
Nous sommes peut-être un pays pauvre, mais gardons notre fierté et notre dignité à l’instar de Simbo dont De Gaule louait en disant de lui qu’il était le seul des dirigeants africains avec lequel il n’était pas obligé de se courber pour parler. Il est temps de nous redresser et d’être dignes de nos ancêtres.
Parce la honte ressentie aujourd’hui d’être Malien n’est pas notre débâcle au nord, ni même notre cataplexie et notre effondrement démocratique au sud. Le Mali est au bord au gouffre, peut-être. Le Grand Mali est par terre, c’est encore plus. « Le bateau Mali vient d’essuyer une lame d’une violence inouïe, mais il n’a pas chaviré et il ne coulera pas », promesse d’avenir.
Parce qu’il n’y a aucune honte de perdre ou d’échouer. La honte, la seule qui puisse faire honte à notre peuple, c’est d’être indignes de nos glorieux ancêtres, c’est de fuir notre responsabilité commune à rebâtir la case qui brûle, à trouver par nous-mêmes les paramètres du renouveau pour notre présent ; c’est de trahir l’avenir en laissant encore le sort de notre pays entre les mains de cette camarilla qui a mis notre pays en coupes réglées et en pièces détachées.

Le destin du Mali ne peut et ne doit être décidé qu’au Mali, par les Maliens et dans l’intérieur du Mali. Aussi, le nouveau Mali qui se profile ne sera pas ce que la CEEAO et la Communauté internationale voudraient (une fédération de plusieurs entités ethniques suivant la couleur de la peau), mais bien celui que les Maliens voudront qu’il soit : une nation éternelle, un peuple uni par le même but et la même foi en l’avenir radieux, un pays UN ET INDIVISIBLE.


Par Sambi TOURE in Info Matin
Mardi 17 Avril 2012
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