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La Dépêche d'Abidjan

La femme africaine noire et son statut dans la société africaine.

« Ô Aissatou ...C'est toi La Maîtresse de La Terre, Tu as rendu le pouvoir des femmes égal à celui des hommes » Hymne à Isis, Papyrus d'Oxyrhinchos n°1380, IIe s. av. J.-C.


Aissatou allaitant son fils Huru
Aissatou allaitant son fils Huru
Je dédie cet article à toutes nos mamans, sœurs, « épouses royales », qui luttent pour la reprise de conscience de la femme africaine en tant que « SIÈGE » et garante de l'équilibre cosmique. INGETA, IBOBO, IBOBO !

Il y a eu cette année dans la communauté noire africaine comme dans les précédentes d'ailleurs, beaucoup d'excitations lors de la dite "journée internationale des droits des femmes" ou "journée internationale de la femme", qui a lieu tous les 8 Mars.

A lire par exemple les statuts et les commentaires de certains sur facebook, il me semble que peu parmi nous connaissent les causes qui ont emmenées l’occident à décider que cette journée serait "journée internationale des droits des femmes", et peu en comprennent également les enjeux culturels, sociaux et politiques.

Un petit rappel s'impose donc : cette journée est le fruit des luttes "féministes" qui ont essentiellement été menées en Europe et en Amérique du Nord, notamment par les milieux socialistes. Ce n'est qu'en 1977 que les "nations-unies" – dont on sait que ce sont essentiellement les représentants de l'Europe et de l'Amérique qui en sont les décideurs – officialisent la journée en invitant tous les pays de la terre à faire autant.

Voici dressée ci-bas la trame chronologique qui a emmenée à l'établissement de cette journée :

1909 Conformément à une déclaration du Parti socialiste américain, la première Journée nationale de la femme a été célébrée sur l’ensemble du territoire des États-Unis d'Amérique le 28 février. Les femmes ont continué à célébrer cette journée le dernier dimanche de février jusqu’en 1913.

1910 L’Internationale socialiste réunie à Copenhague a instauré une Journée de la femme, de caractère international, pour rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et pour aider à obtenir le suffrage universel des femmes. La proposition a été approuvée à l’unanimité par la conférence qui comprenait plus de 100 femmes venant de 17 pays, dont les trois premières femmes élues au Parlement finlandais. Aucune date précise n’a été fixée pour cette célébration.

1911 À la suite de la décision prise à Copenhague l’année précédente, la Journée internationale de la femme a été célébrée pour la première fois, le 19 mars, en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse, où plus d’un million de femmes et d’hommes ont assisté à des rassemblements. Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail.

1913 Dans le cadre du mouvement pacifiste qui fermentait à la veille de la Première Guerre mondiale, les femmes russes ont célébré leur première Journée internationale de la femme le dernier dimanche de février 1913. Dans les autres pays d’Europe, le 8 mars ou à un ou deux jours de cette date, les femmes ont tenu des rassemblements soit pour protester contre la guerre, soit pour exprimer leur solidarité avec leurs soeurs.

1917 Deux millions de soldats russes ayant été tués pendant la guerre, les femmes russes ont de nouveau choisi le dernier dimanche de février pour faire la grève pour obtenir « du pain et la paix ». Les dirigeants politiques se sont élevés contre la date choisie pour cette grève, mais les femmes ont passé outre. Le reste se trouve dans les livres d’histoire : quatre jours plus tard, le tsar a été obligé d’abdiquer et le gouvernement provisoire a accordé le droit de vote aux femmes.
1975 Lors de l'Année internationale de la femme, l'Organisation des Nations Unies a commencé à célébrer la Journée internationale de la femme le 8 mars.

1995 La Déclaration et le Programme d’action de Beijing, qui constituent une feuille de route de portée historique, sont adoptés par 189 gouvernements lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Ils contiennent des engagements complets en réponse à 12 domaines critiques et constituent encore une puissante source d’orientation et d’inspiration. Le Programme d’action projette un monde où chaque femme et chaque fille peut exercer ses libertés et ses choix et connaître et comprendre tous ses droits, notamment le droit de vivre sans violence, le droit à l’éducation, le droit de participer à la prise de décision et le droit de recevoir un salaire égal pour un travail égal.

2014 La 58ème session de la Commission de la condition de la femme (CSW), qui est le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l’égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes, avait pour thème prioritaire : les résultats obtenus et les difficultés rencontrées dans la réalisation des Objectif du Millénaire pour le développement (OMD) en faveur des femmes et des filles. Les institutions de l'ONU et des ONG accréditées du monde entier ont examiné les progrès accomplis et les défis qu’il reste à relever en vue d'atteindre ces objectifs. Les OMD ont joué un rôle important dans la mobilisation de l'attention et des ressources sur l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes.

Il ressort de ce qui précède que cette journée est avant tout -culturellement et politiquement- une journée de commémoration pour un processus qui ne concerne que l’occident, même si elle s'est imposée sur une grande partie de la planète ; notamment en Afrique. Alors que le parcours de la femme africaine est tout à fait différent en termes de droits et statuts ; ceci dans le fond comme dans la forme.

La reine Tiyi (1398 à 1338 av. J.C.)
La reine Tiyi (1398 à 1338 av. J.C.)
Cette journée serait d’après le site de L’ ONU une occasion pour "revendiquer l'égalité et de faire le bilan sur la situation des femmes dans la société" (www.onu.org).

Hé bien …si tel est le cas, j'invite nos sœurs africaines à faire un bilan sur la situation des femmes dans LEUR société, et à en tirer toutes les leçons et les conséquences qui s'imposent. J'invite également les hommes à faire de même, car la femme n'est que l' "autre eux-mêmes" (et inversement), et qu’ils sont de ce fait tout aussi responsables de ce qu’est la femme aujourd’hui dans leur société. J'invite mes sœurs et frères à faire ce travail de réflexion en dehors de toute influence psychologique et culturelle occidentale de la date du 08 Mars.

Je ferais donc dans cet article un constat sur la situation de la femme africaine aujourd'hui, et je m'interrogerai sur ses causes ; ce qui m'emmènera à faire de la diachronie et en définitive dégager une perspective.

Il est établie que la situation de la femme en Afrique est dans l'ensemble assez déplorable ; on estime à 410 millions le nombre de femmes en Afrique ; et ces dernières sont sujettes à des discriminations et des préjugés qui freinent son émancipation. Pire encore, elle sont confrontées à des problèmes de violences extrêmes (viols, mutilations, etc).
410 millions de femmes en Afrique disais-je, qui continuent à être sous-représentées dans les institutions politiques, économiques, sociales, etc.

Mais à quoi est dû cette situation ? A-t-il toujours été ainsi du statut de la femme, et de sa situation ? Quelle est la vision africaine du monde et en particulier de la femme, ainsi que de son statut ? Quelles sont les valeurs et principes endogènes de L’Afrique qui concernent la femme africaine ?

Pour comprendre comment et pourquoi un peuple fonctionne d'une manière spécifique, il faut déjà avoir une idée assez précise sur LA VISION DU MONDE (paradigme) de ce peuple. Et c'est à partir de là qu'on peut comprendre la place et les fonctions qu'occupent les femmes.

La société africaine fonde essentiellement son organisation à partir de la compréhension par ceux qui la composent, du divin/de la divinité, et à partir de l'observation du cosmos. Ainsi donc les africains considèrent qu'il n'existe qu'un seul « Ancêtre primordial » qui s'est auto-généré, et qui par un phénomène d'hypostase, s'est manifesté en différents éléments nécessaires pour la perpétuation de la vie. Cet « Ancêtre primordial » est nécessairement androgyne. Et toutes ces manifestations, des plus subtiles aux plus denses, fonctionnent sur le principe du couple parèdre et/ou de la gémellité. C’est en cela en fait que se résume symboliquement l'union de l'homme et de la femme (“mariage”, etc) dans la conception africaine ; c’est le retour à L'Unité Divine.

Illustration de La Princesse Poko (Yennenga)
Illustration de La Princesse Poko (Yennenga)
Dans toutes les cosmogonies africaines, l'androgynie au niveau du démiurge est clairement exprimée ; même au niveau de ses hypostases, le principe de gémellité est exprimée. Et l'élément féminin est loin d'être passif ; les “divinités” féminines sont considérées comme des partenaires (exemple : Aïssatou, mère, sœur et épouse de Ousira), les protectrices (idem), les bonnes mères (exemple : Aïssatou, mère d' Huru), les instructrices (Exemple : Sachatou, instructrice de Djéhouty), et surtout comme le symbole de l'équilibre cosmique, de la justice, de l'équité, de l'ordre (Maâ.t), de l’harmonie. La compréhension de cette conception spirituelle du féminin est indispensable si on veut aussi comprendre la place de la femme dans les sociétés africaines avant l'esclavage, avant le colonialisme et pendant le néo-colonialisme.

Déjà à ce stade nous pouvons souligner une différence majeure avec les cosmogonies arabes et judéo-chrétiennes, dans lesquelles le divin et ses hypostases (ou « anges ») sont exclusivement masculins et sont tous déclinés bien évidemment avec des noms masculins ; il en est également ainsi pour leurs représentations iconographiques. Et dès la création du monde, la femme est considérée dans les civilisations arabes et judéo-chrétiennes comme étant « celles par qui le péché est entré dans le monde » et très souvent « impure », notamment quand elle a ses menstruations. La femme est également exclue de la sphère religieuse et du culte dans les civilisations arabes et judéo-chrétiennes, contrairement à la femme africaine qui est très souvent la prêtresse et/ou garante du culte religieux. Nous allons citer quelques éléments qui sont loin d'être exhaustifs, mais qui démontrent sans ambiguïté le caractère « macho-sexiste » de cette culture et des religions qu'elle a accouchée :

– « Tout individu de sexe masculin est tenu de prononcer trois bénédictions : pour remercier Dieu d’avoir fait de lui un Israélite, de ne pas l’avoir fait naître femme, de ne pas avoir fait de lui un rustre. » Talmud (Menakhoth, Sacrifice des farines)

– « C’est par la femme qu’a commencé le péché. C’est à cause d’elle que nous mourrons tous » (Ben Sira 25,23).

– « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c'est comme si elle était rasée. Car si une femme n'est pas voilée,qu'elle se coupe aussi les cheveux. Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile. L'homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme. En effet, l'homme n'a pas été tiré dela femme, mais la femme a été tirée de l'homme ; Et l'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l'homme. C'est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l'autorité dont elle dépend. » (1 Corinthiens 11:3-10)

– « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d'y parler ; mais qu'elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s'instruire sur quelque chose, qu'elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l'Église. » (1 Corinthiens 14:34-35)

– « Que la femme écoute l'instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n'est pas Adam qui a été séduit, c'est la femme qui, séduite, s'est rendue coupable de transgression. » (1 Timothée 2:11-14)

– « 3 Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours comme au temps de la souillure de ses règles. et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n'ira pas au sanctuaire jusqu'à ce que soit achevé le temps de sa purification. Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines, comme pendant ses règles, et restera de plus soixante-six jours à purifier son sang. » (Lévitique 12:2-5)

Je crois que ces quelques exemples se passent de commentaires. Ce type de pensée est inimaginable dans la sphère négro-africaine où la féminité participe aussi du divin, et où la femme est crée simultanément avec l'homme. Nous sommes donc là face à deux visions diamétralement opposées.

Dans la mythologie grecque, après la création du monde, les dieux créent la femme pour punir les hommes. Notamment avec PANDORA qui a été créée superficielle, curieuse, désobéissante, sans jugement et imprudente puisqu'en ouvrant la fameuse boîte qui porte son nom, elle répand sur l'humanité tous les maux dont nous souffrons (d'où l'expression “ouvrir la boite de pandore”). Pandora est, tout comme Eve de La Bible, responsable et coupable de la perte de l'âge d'or pour l'homme.


Pandora, de la mythologie grecque

Dans la société africaine, la femme a également une place et une fonction bien particulière dans le « jeu de la vie », tel que conçus par les africains. De ce fait, elle n'est pas l' « égale » de l'homme, mais elle est COMPLÉMENTAIRE à l'homme ; et inversement. On pourrait même dire que du fait de sa capacité à donner la vie, elle dispose d'un statut particulier dans l'univers africain.

La femme a toujours été présente dans les institutions et de manière active. Ceci à travers le matriarcat qui est le système politico-social qui a gouverné un grand nombre de territoires africains depuis leurs origines jusqu'au contact violent (esclavage et colonisation) avec les autres cultures. Qu'il nous soit permis à ce stade-ci de rappeler ce qu'est le matriarcat : du latin « mater » (mère) et du grec « arkhê » (commandement), le matriarcat est entendu comme un système social où les femmes dominent dans toutes les sphères du pouvoir, et ceci à travers les institutions politiques, sociales, économiques et religieuses.

La femme dans la tradition africaine était à travers les différentes institutions décrites ci-dessus, reines avec plein exercice du pouvoir politique, social et économique, et prêtresses par qui et à travers qui le divin s'exprimait. Mais la femme garantissait l'équité et l'harmonie en associant l'homme à la prise des décisions qui auront un impact sur toute la société. Cheikh Anta Diop nous renseigne sur cet aspect : « Le matriarcat n'est pas le triomphe absolu et cynique de la femme sur l'homme ; c'est un dualisme harmonieux , une association acceptée par les deux sexes pour mieux bâtir une société sédentaire où chacun s'épanouit complètement en se livrant à l'activité qui est la plus conforme à sa nature physiologique. Un régime matriarcal, loin d'être imposé à l'homme par des circonstances indépendantes de sa volonté, est accepté et défendu par lui » (« L'Unité culturelle de L'Afrique Noire » Cheikh AntaDiop, 1982 page 114).

Il faut souligner que la femme usait de son « privilège spirituel » pour faire accepter stratégiquement sa tutelle. La femme dominant la sphère du spirituel et des instances religieuses notamment en tant que prêtresse, se servait de ses « liens privilégiés avec le divin » pour asseoir l'autorité de leurs décisions et prises de position. A Ta méry (« Égypte ancienne ») par exemple, la reconnaissance du Roi est faite par l'oracle et le clergé d'Imana qui est dominé par les femmes de l'aristocratie, reines ou princesses à qui sont attribuée la fonction rituelle d' « épouse divine d'Imana » ; fonction capitale dont le but est de mettre en exergue le rôle fondamental et moteur de la féminité et de la femme dans le culte rendu au démiurge.

A.M. Ali Hakem nous renseigne également sur la relation intime entre la place de la femme dans la sphère religieuse et la sphère politique : « Au cours de la domination koushite de L'Egypte, la fonction de grande prêtresse (Dewat Neter) du dieu Amon à Thèbes était tenu par la fille du Roi, ce qui lui donnait une grande influence politique et économique » (« La civilisation de Napata et de Méroé » A.M. Ali Hakem, page 234).

Babacar Sall souligne également le poids de la consécration religieuse donnée par le clergé d'Imana dans la tradition koushite en matière électorale : « Dans la tradition koushite rapportée par plusieurs documents, le souverain était choisi par un collège électoral parmi un ensemble de candidats qui présidait à Méroé. C'était « les frères royaux ». L'élu devait ensuite se rendre à Napata, Sanam, Kawa et Pnoubs pour y recevoir la consécration d'Amon (en vérité du clergé) et recueillir l'approbation populaire ». « L'avènement des candaces », revue ANKH, n°3, Juin 1994, p.77, note 45.

A l'époque de Ta Mery (« ancienne Égypte ») toujours, les reines bénéficiaient d'une légitimité et d'un pouvoir politique incontestable ; ces derniers étaient fondés sur l'idée que c'est la femme qui est porteuse de la source du pouvoir héréditaire ; le sang royal. C'est elle qui assumait l'hérédité, car elle « véhiculait la divine substance à l'enfant royal » (La femme au temps des pharaons », Christiane Desroches Noblecourt, p.43). La femme de ce fait était donc considérée comme celle qui conférait le pouvoir à l'homme ; elle est elle-même considérée comme « LE POUVOIR », « LE TRÔNE », « LE SIEGE », etc. C'est exactement la définition et le sens même du nom « AISSATOU » (dit « ISIS »), qui est l'archétype même du « féminin sacré ».

AISSATOU est également celle qui dit le droit ; comme nous renseigne Diodore de Sicile dans son Livre 1er, section 1ère, VIII : « On dit de plus qu'Isis a donné les premières lois aux hommes et leur a enseigné à se rendre justice les uns aux autres, et à bannir d'entre eux la violence par la crainte du châtiment ».
L'unité culturelle de L'Afrique étant prouvée depuis des lustres, il n'est pas étonnant de constater par exemple que chez les akans, le pouvoir politique est conféré par la chaise ADIA-BIA qui appartient à la femme, elle-même dépositaire de tous les pouvoirs spirituels et temporels. Et son rôle est essentiellement de maintenir l'ordre et l'harmonie divine sur la terre comme au ciel.

Il n'est pas étonnant que la figure de MAÂ.T (« vérité », « équité », « justice », « harmonie », « équilibre », etc) soit symbolisée par une femme. Ceci est vraiment loin d’être anodin.
Même quand c'est un homme qui est au pouvoir (Roi, Pharaon, etc), son action politique est très souvent lié à celui de son épouse, la reine, et parfois même à celui de sa mère. Mais l’inverse n'est pas forcément vrai. Car encore une fois, en Afrique c'est la femme qui détient le pouvoir, et elle donne l'autorité à l'homme. Nous pouvons donner l'exemple de la reine TIYI, grande épouse d'Imanahotepu (Amenhotep III). Cette dernière présidait la « haute » et « basse » Égypte, et nombre d'actes officiels exprimes sans ambiguïtés qu'elle était associée à toutes les décisions politiques.

Ibn Battuta qui a séjourné pendant 8 mois dans la capitale de l'empire du Mali affirme également que le caractère associatif du pouvoir (entre le roi et la reine) était normal dans cette contrée (Ibn Battuta, Voyages, III, Inde, Extrême Orient, Espagne et Soudan, La découverte/poche, p.423).

Marie Sivoney affirme également cela pour L'Afrique Centrale en ces termes : « En Afrique du centre, chez les Bolewa, le titre de Gumsu est conféré, lors de l'élection du Roi, à l'une de ses épouses qui ne lui ont pas donné de fils. Celle-ci dirige avec La Magira (mère ou sœur du roi) les femmes du royaume et intervient dans le choix de certains dignitaires, en particulier le chef des armées qu'elle désigne personnellement et choisit parmi les fonctionnaires attachés à sa propre maison » (« Vers la révolution culturelle de la femme noire », la civilisation de la femme dans la tradition africaine, Présence africaine 1975, p.495.
Sur le plan purement juridique, il est démontré que depuis l'éclosion des civilisations de La Vallée du Nil, la femme africaine à de tout temps et dès sa naissance eu des droits et obligations qui ne l’assujettissait pas à l'homme. La femme était libre, possédait des biens, pouvait en acquérir, contracter ou s'obliger en toute indépendance. La femme africaine ne connaissait pas la tutelle à laquelle était contrainte par exemple la femme occidentale (Grecque et romaine) ou la femme sémite (arabe et juive).

La femme africaine de Ta Mery était citée par son nom qui par exemple si elle était mariée, était suivi du titre de « NEBET PER » (« Maîtresse de maison »). Titre qui indiquait qu'elle régnait sur tout ce qui constituait « la maison », au sens le plus large du mot (déroulement de la vie, fonctionnement, éducations des enfants, autres décisions, etc).
La femme pouvait hériter de son époux au même titre que ses enfants. D'ailleurs, l'égalité successorale des fils et filles est bien la preuve de la parité juridique des sexes. A défaut des enfants lors du décès de l'époux, tous les biens reviennent à la défunte.

La femme agissait sous sa propre responsabilité, sans le consentement d'un tiers ou dans le cas où elle est mariée, de son époux. Elle peut donc librement passer une convention avec un interlocuteur (homme ou femme).
Les femmes avaient également, tous comme les hommes, droit à l'instruction ; et ceci dans toutes les matières (astronomie, médecine, scribes, etc). C'est le lieu de rappeler ici que la première femme médecin, physicienne et chef des prêtresses connue dans le monde est une africaine de La Vallée du Nil, et se nommait PASACHATOU (« Pésèshet » selon l'égyptologie occidentale) ; et elle a vécue environs 2,700 avant l'ère dite chrétienne.

Nous avons une liste assez fournie de grandes dames africaines ayant tenue des fonctions dans tous les domaines de l'activité humaine. Il serait bien que les femmes africaines d'aujourd'hui apprennent à connaître toutes ces figures féminines qui ont contribué à l'évolution des sociétés africaines.

Quand nous jetons un regard objectif sur La Grèce antique qui aurait soi-disant "inventé" le modèle de l'état mais qui n’ avait pourtant pas d'unité politique (il n'y avait que des "états-cités" qui se faisaient presque tout le temps la guerre), près de 60% de la population de l’ “état-cité” d’Athènes n'avait pas de droit ; notamment les femmes qui étaient considérées comme des éternelles « mineures » sous la tutelle soit du père, soit du mari, voir même celle du fils!
Toutes les formes d'expression dans les états-cités qui composent La Grèce sont masculines ; ce sont les hommes qui font parler les femmes dans les textes. Au théâtre, ce sont même les hommes qui jouent le rôle des femmes avec des robes et des masques de femmes.

Les médecins à l'instar d' Hippocrate de Cos, affirment la suprématie du masculin considéré comme «sec, musclé et ferme » sur le féminin « humide, mou et poreux », et expliquent sans rire la naissance des filles comme la conséquence de la corruption du sperme par les « humeurs » du corps féminin (sic!). Ceci explique que pour l'homme grec c'est la « fréquentation » des garçons qui est une preuve de virilité, l'attirance exclusive pour les femmes relevant d'un manque de virilité. Ce qui permet aussi de mieux comprendre l'art grec antique qui sculpte et peint les hommes nus parce qu'ils sont la beauté incarnée, mais voile les corps féminins parce que « trop marqués par la fonction maternelle, donc imparfaits. ». Nous avons là en partie l'origine de l'homosexualité, voir même de la pédérastie en Grèce et ensuite sur tout l'occident. Il y aurait énormément à dire là-dessus, mais ce n'est pas le sujet qui nous intéresse dans cet article.


A l'époque dite impériale de L'Afrique, ce sont essentiellement les femmes qui créaient les empires, les nations, et elles ont également défendues ces dernières contre l'esclavage et la colonisation. Nous prendrons l'exemple de La Princesse YENNENGA (de son vrai nom POKO ...Yennenga étant son nom de guerre) qui est la créatrice de L'Empire MOOSSE (dit « MOSSI »), qui a donner une dynastie de résistants.

Nous citerons également NEHANDA CHARWE NYAKASIKANA du peuple Shona, qui a inspirée et coordonnée à partir de 1896 la résistance (« chimurenga » en langue shona) contre les britanniques, qui finalement la captureront et la tueront. Nehanda était une grande prêtresse du peuple Shona.

Il est tout aussi intéressant de mentionner le régiment Fon entièrement féminin du royaume du Danhomé, qui a existé jusqu'au 19ème siècle. Ce régiment fut réellement mis sur pied par La Reine TASI HANGBE (ou NAN HANGBE) qui régna de 1708 à 1711 sur le royaume du Danhomé.

C'est le lieu de rappeler ici que ces femmes guerrières étaient appelées MINO (qui signifie « nos mères ») ou AGBO (« femmes buffles »), et non « amazones ». Il est même insultant de nommer ces femmes qui vivaient selon des codes moraux et vertueux africains, « amazones » ; surtout quand on songe à quoi renvoie ce terme. L'étymologie de ce mot est « mazos » (« sein » en ionien) accompagné du « a » privatif, qui donne « a-mazos » et qui signifie donc « sans sein », « dépourvu de sein »). Selon la mythologie, les amazones coupaient leurs seins droits pour pouvoir tirer à l'arc sans encombres. Selon toujours cette mythologie, ces dernières vivaient entre elles, sans hommes. Elles acceptaient pour se perpétuer, de coucher une fois par an avec les hommes des villages voisins choisis parmi les plus beaux. Quand elles accouchaient des garçons, soit elles les tuaient, soit elle les rendaient aveugles ou boiteux, pour finalement les utiliser comme esclaves. On est là bien loin des valeurs et principes de nos mamans (Mino).

Sans prétendre avoir été exhaustif, nous donnerons les derniers exemples de La Reine NJINGA MBANDI du royaume Ndongo et Matamba et la sœur KIMPA MVITA qui ont elles également lutés contre les portugais.

A une époque plus proche de nous, il faut aussi souligner que des trois révolutions fondatrices de la modernité, à savoir la révolution américaine, la révolution française et la révolution ayitienne, la seule qui est proclamée dans ses principes (constitutions et droits positifs) la liberté de tous les êtres humains, quelles que soient leurs races, leurs confessions religieuses, et …LEURS SEXES …c'est la révolution ayitienne.

C'est ainsi que des femmes avaient été nommées dans le premier gouvernement noir de Saint Domingue.
En France par exemple, c'est une femme qui se nommait OLYMPE DE GOUGES (de son vrai nom Marie Gouze) qui avait écrit sa propre déclaration des droits de la femme, car elle s'était bien rendu compte que l'assemblée constituante française avait clairement signifié que les femmes n'étaient pas concernées par le principe de liberté. Elle fut guillotinée le 3 novembre 1793, à l'âge de 45 ans. Il aura fallu à La France l'arrivée de De Gaulle pour que les femmes aient le droit de vote, par exemple.
Il ressort de tout ce qui précède que la femme africaine dans l’Afrique ancestrale, voir même impériale, c'est à dire avant l'esclavage et la colonisation, était une femme pleinement épanouie, respectée, et active dans tous les domaines de la vie, et au cœur même de l'activité spirituelle, politique, sociale et économique. Ce qui contraste drastiquement avec la femme dans la société occidentale et sémite.

Il ressort également de toutes ces informations précédentes et certes non exhaustives, que la femme a toujours été au centre de toute l'activité humaine africaine, et que de ce fait, elle disposait tout naturellement de droits, obligations et liberté dû à son rang ; et ceci en totale complémentarité avec le statut de l'homme. Il a fallu que l'esclavage et la colonisation viennent perturber ce socle culturel en imposant un paradigme totalement différent de celui de L'Afrique pour que les repères des africains en terme de spiritualité, de structure politico-sociale et économique soient perturbés, avec les conséquences que nous observons aujourd'hui en ce qui concerne la femme noire africaine.

Fort heureusement, ce constat malheureux ne s'applique pas aux populations profondes de L'Afrique qui n'ont pas totalement subies l'esclavage et la colonisation. Une grande partie de l' « Afrique intérieure » a toujours préserver le modèle de société matriarcal et les valeurs qui en découlent.

Il serait plus que urgent que non seulement les femmes mais aussi les hommes africains se réapproprient leurs patrimoine culturel et l'actualise afin de rééquilibrer les choses en rendant le statut initial de la femme effectif dans tous les domaines de leurs activités. La renaissance africaine ne se fera pas sans cette action on ne peut plus urgente et salvatrice pour L'Afrique.
Rétablir le statut de la femme africaine, ce n'est pas célébrer une journée dite « de la femme » ou « des droits de la femme » en s'habillant en pagne tous les 08 Mars et en faisant vibrer son “popotin” sur les sons des “lopele”, “ya mado”, “coller la petite”, “e koti te” et autres. Ce genre de « négro-circus » n’honore pas nos ancêtres-mères qui nous ont léguées des valeurs dont la femme est le principal vecteur.

Que les femmes africaines d'aujourd'hui s’approprient cette journée, ...certes ; pseudo « mondialisation » oblige. Mais nous appelons vraiment nos sœurs à prendre le temps de réfléchir entre elles et/ou avec les “autres eux-mêmes” (les hommes) lors de ces journées sur les voies et moyens qui permettront l'essor d'une Afrique juste, équilibrée et prospère. Qualités qui sont essentiellement garanties par celle qui est «le trône » ; à savoir ...LA FEMME (“Mu-KAJI”, “mu-ASI”, “ASA”, “ASET”, “ASATA”, “AISATOU”, etc) !


HOTEP

Tshiwala Ngalula Kalengayi

Dimanche 8 Mars 2020
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