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La Dépêche d'Abidjan

« La detention de Gbagbo nourrit l’instabilité en Côte-d’Ivoire »

Les juges de la Cour Pénale Internationale (CPI) doivent-ils tenir compte des effets de leurs décisions sur les démocraties fragiles ?

Cette question s’impose dans le cas de la Côte-d’Ivoire.


« La detention de Gbagbo nourrit l’instabilité en Côte-d’Ivoire »
Vendredi dernier les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont décidé que l’ex-président de la Côte-d’Ivoire Laurent Gbagbo devra rester en détention préventive à La Haye. La chambre d’appel de la CPI a en effet rejeté sa demande de liberté sous conditions, car les juges craignent qu’il prenne la fuite. « C’est leur position. Mais le fait que Gbagbo tout seul soit emprisonné à La Haye sans aucune autre personne parmi ses opposants, nourrit l’instabilité en Côte-d’Ivoire » avertit le journaliste Ivoiro-Néerlandais Alex Gbansé.

Gbagbo (67 ans) est depuis décembre de l’an dernier en détention préventive. Il est soupçonné d’être le co-auteur indirecte de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Suites aux élections présidentielles ivoiriennes de la fin 2010, Gbagbo avait refusé de reconnaitre la victoire de son rival Alassane Ouattara. Une vague de violences entre les partisans des deux politiciens éclata. Au moins 3.000 personnes y trouvèrent la mort. Après l’arrestation de Laurent Gbagbo, à la demande du nouveau président Ouattara, le leader vaincu fut transféré à La Haye. Bonne fin á toute fin.

Seulement le cas, si Human Rights Watch ne rapportait pas que les combattants fidèles à Ouattara, plus particulièrement dans la phase finale de leur offensive contre les troupes de Laurent Gbagbo, s’étaient eux aussi rendu coupables d’exécutions sommaires et de viols. Plusieurs mois après la bataille, les troupes de Ouattara se rendraient encore coupables de meurtres et de tortures, comme le signale Human Rights Watch. Depuis un bon moment HRW met en garde contre cette justice « du vainqueur. »

En dépit de la prolongation de la période investiguée à 2002, bien longtemps avant la crise postélectorale, les différentes audiences de préparation du procès á la Haye enregistrent la présence continue d’une foule d’Ivoiriens qui continuent d’appeler invariablement á la libération de Gbagbo. « Pour ses partisans, cela est ressenti comme une justice sélective, une injustice», indique le journaliste Gbansé qui dans les pages de son journal en ligne ConnectionIvoirienne.net fut très critique contre Gbagbo au cours de la crise postélectorale. « Une grande partie des Ivoiriens qui ont voté pour Gbagbo (45,9% du nombre total de suffrages exprimés), ont le sentiment que seul leur homme est sanctionné. Ils ne souhaitent pas obligatoirement voir Ouattara incarcéré à La Haye, mais ils verraient tout de même d’un bon œil les incarcérations des chefs des troupes ayant combattu au nom de Ouattara, aussi bien que l’incarcération de l’ancien ministre de la défense, l’ancien premier ministre de Ouattara et ancien chef rebelle Soro Guillaume ».

Bien vrai que Ouattara peu après la bataille, ait mis une commission de vérité et de réconciliation en place, le processus de paix en Côte-d’Ivoire reste à la traîne. Le fait aussi que les premiers procès après la vague de violences postélectorales ne concernent que les coupables du camp Gbagbo, n’aide pas à faire avancer la situation. Entre les partisans de Gbagbo et de Ouattara, principalement divisés sur la base de l’appartenance ethnique, de l’origine régionale ou de la religion, la méfiance et la violence restent présentes. Selon des fuites d’un rapport de l’ONU, des partisans de Gbagbo au Ghana et au Liberia ont recruté des mercenaires et installé des camps d’entraînement dans l’est du Libéria, dans le but de renverser le gouvernement Ouattara. Gbansé: « Le calme en Côte-d’Ivoire dépend de la situation de Gbagbo à la Haye »

La CPI doit-elle tenir compte de cette situation ?

« C’est l’éternel dilemme de la paix versus la justice » affirme le spécialiste en Droit pénal international, Goran Sluiter. « A vrai dire, c’est seulement dans l’affaire des violences électorales au Kenya que des suspects dans les deux camps ont été appelés à La Haye. Trop souvent l’on dit à propos du cas du Congo: pourquoi le président Kabila n’est pas mis aux arrêts, au même titre que les chefs rebelles ? Je partage la critique en partie. Car la CPI est beaucoup dépendante de la collaboration avec les pouvoirs en place afin de pouvoir mettre des suspects aux arrêts. Donc, très souvent les juges sont contraints de commencer par un camp. Peut-être que la Cour après une certaine période va s’en prendre à la partie du pouvoir en place ayant des responsabilités dans les crimes de guerre. «

Goran Sluiter comprend que la CPI ne fasse pas confiance au pays qui éventuellement devra accueillir Gbagbo [L'Angola, l'Afrique du sud et le Togo] sont cités. « Leurs leaders sont amis à Gbagbo et peuvent l’aider dans la clandestinité. Mais la CPI pourrait tout aussi remettre Gbagbo en liberté aux Pays-Bas le temps que son procès commence. C’est déjà le cas avec les suspects du Tribunal pour l’ex Yougoslavie. Cela pourrait contribuer au rayonnement positif de la CPI, une Cour trop souvent sous le feu des critiques dans les pays africains. Cela prouverait que la CPI n’est pas uniquement une machine à condamner »

Par Seada Nourhussen in Trouw (Pays-bas)
Traduction du Néerlandais au Français, Gbansé Douadé Alexis in Connectionivoirienne.net



Jeudi 1 Novembre 2012
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