Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La Dépêche d'Abidjan

LA LIBERTÉ D'INFORMER









La contribution du Pr Joseph Ki-Zerbo à la valorisation de l’histoire de l’Afrique noire


La contribution du Pr Joseph Ki-Zerbo à la valorisation de l’histoire de l’Afrique noire
(...) l’humanité et les Burkinabè en particulier se souviennent et se souviendront encore longtemps de l’Homme et de ses œuvres. Après l’émotion suite à sa disparition, il me parait opportun qu’on se penche sur l’héritage laissé par ce Grand homme. Mais son héritage est tellement immense car il s’est intéressé à de multiple domaines à l’image des savants de l’antiquité, qu’il serait prétentieux de vouloir revisiter tout ce patrimoine. Nous nous sommes donc particulièrement intéressé à ses travaux sur la valorisation de l’histoire de l’Afrique puisque pendant longtemps les Européens avaient nié historicité du continent africain. Disons humblement qu’il s’agit de partager ce que nous avons pu trouver à travers notre recherche sur le thème : La contribution du professeur Joseph KI ZERBO à la valorisation de l’histoire de l’Afrique Noire .

Nous voulons dégager à travers ce thème le combat acharné que le Professeur a dû mener pour que le passé de l’Afrique soit reconnu comme tel. Avant de passer au vif du sujet, il est capital ici de définir d’abord le mot clef qu’est l’histoire
Le terme « histoire » a plusieurs définitions. L’histoire se définie selon le dictionnaire comme une science qui étudie les faits, les évènements passés relatifs à la vie de l’humanité.
L’histoire peut se définir aussi comme la science des hommes dans le temps et dans l’espace.
Selon Joseph KI ZERBO, l’histoire est la résurrection du passé des hommes. En effet l’histoire étudie donc la marche de l’humanité à travers le temps et l’espace.
Si nous nous en tenons à ces définitions, nous pouvons conclure que chaque peuple a une histoire puisqu’il a un passé. Mais les choses ne sont pas aussi simples que ça.
Pendant longtemps l’occident a nié l’historicité de l’Afrique noire. Pour beaucoup de chercheurs européens, l’Afrique est la partie sans histoire du monde.

Comment en sont-ils arrivés à ces conclusions ? Quelles sont les motivations profondes de ces considérations ? Quelle a été la contribution des chercheurs africains et notamment de Joseph KI ZERBO à la connaissance de l’histoire de l’Afrique ? Quelle est l’importance de l’histoire pour le peuple africain et surtout pour sa jeunesse ? Telles sont nos préoccupations à travers ce thème.
Pour mieux cerner les contours de ce thème, nous avons pour les besoins de la cause, structuré le travail en deux grandes parties :
La première partie est intitulée « les obstacles à la reconnaissance de l’histoire africaine ». Cette partie traite de l’image du Noir chez l’Européen d’une part et les insuffisances de l’historiographie européenne d’autre part.
La seconde partie intitulée « la valorisation de l’histoire africaine » met l’accent sur l’œuvre du Professeur KI ZERBO et l’importance de l’histoire pour le peuple africain.

La Renaissance en Europe du XVème au XVIème siècle a permis aux Européens de mettre au point des moyens importants favorisants ainsi une révolution commerciale. La Renaissance a favorisé une sorte de liberté de conquête et la possibilité d’entreprendre. C’est dans ce climat de recherche effrénée du profit et l’engouement de découvrir des contrées lointaines que les Européens notamment les Portugais vont accoster sur les côtes africaines. L’Afrique devient rapidement un partenaire commercial incontournable.
Toujours à la recherche de nouvelles voies maritimes, Christoph Colomb découvre pour le compte de l’Espagne le 12 octobre 1492 cette région longtemps habitée par les Indiens qu’on appellera par la suite « Amérique »(le soit disant Nouveau Monde).
Cette découverte fut catastrophique pour l’Afrique. En effet l’Amérique découverte, exigeait une main d’œuvre importante pour sa mise en valeur. Apres l’échec de l’emploi des Petits Blancs et des Indiens, c’est aux Africains qu’ils auront recours. L’Afrique sera ainsi assiégée par la barbarie de la traite négrière. Dès lors les Européens vont ‘’chausser’’ les lunettes de préjugés pour observer le Noir. Ils vont forger des images négatives vis-à-vis du noir. Il convient de souligner que bien avant cette période, la société gréco-romaine qui n’avait pas eu de contact direct avec les peuples noirs les considérait comme des êtres mystérieux ; Par exemple, ils croyaient que les Noirs changeaient périodiquement de sexe, ils étaient cornus et ils avaient des queues. Pire elle les considérait comme des barbares et des cannibales. Cette image va se répandre et sera plus élaborée et plus raffinée pour servir les causes de la traite négrière.
Autour de la couleur noire va s’organiser une série de préjugés. La couleur noire longtemps considérée comme le symbole du mal deviendra le symbole du dominé. Pire le Noir sera assimilé aux animaux. En effet beaucoup d’Européens étaient convaincus comme Léon l’Africain que les Noirs « sont des bruts sans raison, sans intelligence et sans expérience. Ils n’ont absolument aucune notion de quoi que ce soit. Ils vivent aussi comme des bêtes sans règles et sans lois ».
De la seconde moitié du XIXème siècle au début du XXème siècle, les explorateurs puis les colonisateurs viendront en Afrique avec les mêmes préjugés, les mêmes images. C’est pourquoi ils prétendront apporter la civilisation à des peuples inférieurs, sans civilisation.

Avec de telles prédispositions d’esprit, il est logique de croire que l’Afrique n’a pas d’histoire. Par conséquent les anthropologues, les philosophes, les historiens européens, même les plus respectables commettront ce mignon péché. En effet en 1830, Hegel dans son discours sur la philosophie de l’histoire écrivait sans ambages : « l’Afrique n’est pas une partie historique du monde. Elle n’a pas de mouvement, de développement à montrer, de mouvement historique en elle. C’est-à-dire que sa partie septentrionale appartient au monde européen ou asiatique ; ce que nous attendons précisément par l’Afrique est l’esprit ahistorique, l’esprit non développé, encore enveloppé dans des conditions de naturel et qui doit être présenté ici seulement comme au seuil de l’Histoire du monde ».

Jusqu’à une période récente beaucoup de chercheurs européens prétendaient que l’Afrique n’a rien inventé, l’Afrique n’a rien apporté à l’humanité. Eugène Pittard dans ‘’les Races et l’Histoire’’ déclarait « les races africaines proprement dites (…) n’ont guère participé à l’histoire… ». En 1957 dans la ‘’Revue de Paris’’ P. GAXOTTE enfonce le clou en écrivant : « ces peuples n’ont rien donné à l’humanité et il faut bien que quelque chose en eux les en ait empêché ».

Pour d’autres, l’histoire de l’Afrique ne commence qu’avec la colonisation, avant cette période, l’Afrique baignait dans le noir. C’est le cas de Couplant qui déclarait sans vergogne dans son ‘’Manuel sur l’Histoire de l’Afrique orientale’’ : « Jusqu’à David Livingstone, on peut dire que l’Afrique proprement dite n’avait pas eu d’histoire. La majorité de ses habitants étaient restés, durant des temps immémoriaux plongés dans la barbarie. Tel avait été semble t- il le décret de la nature. Ils demeuraient stagnants sans avancer ni reculer ».
Nous constatons que ceux qui écrivaient ces inepties étaient imbus de préjugés racistes qui les empêchaient de voir la vérité et la réalité du passé des peuples africains.

Certains, éblouis devant les brillantes civilisations africaines continueront à nier l’évidence. Pour eux, l’Afrique ne peut rien produire de bien. Les plus perfides finiront par prétendre que le Noir est une « matière première malaxée au cours des âges par les influences, venant des phéniciens, des grecs, des Romains, des Juifs, des Arabes, des Persans, des Hindous, des chinois, des Indonésiens (et surtout) des Européens ». Ainsi tout ce qui est valeureux n’est pas africain. Par exemple les royaumes moosé, bien structurés sur le plan socio- politique furent considérés comme l’œuvre des hommes rouges.(KI ZERBO,1978 :12)

A côté de cette race de chercheurs racistes, il y avait ceux qui avaient des idées étriquées des preuves nécessaires pour écrire l’histoire africaine. Eux, ce sont ceux qui croyaient que l’histoire ne s’écrit qu’avec des documents écrits. Sans chercher à comprendre la particularité de l’Afrique, ils ont rapidement pris l’écriture comme la seule source valable pour l’écriture de l’histoire. Alors ils se sont énormément trompés et ils sont inexcusables. Le destin de l’historien est de rechercher la vérité et surtout de s’approcher au maximum de cet idéal.

D’ailleurs dire de l’Afrique qu’elle n’a pas d’histoire parce qu’elle n’a pas connu l’écriture sans aucune nuance est une erreur car au Moyen Age européen, seule une minorité d’aristocrates savaient lire et écrire. De même en Afrique, seule la classe des moines scribes comme les oulémas de Tombouctou médiéval se transmettaient le secret de l’écriture. (KI ZERBO,1978 :15)
Même si on refuse la paternité de l’écriture égyptienne à l’Afrique noire, l’écriture bamoum est typiquement africaine même si elle n’était pas très répandue.

En vérité, il y a ceux qui croyaient naïvement que l’Afrique n’avait pas d’histoire. Mais il y a ceux qui s’acharnaient à nier l’historicité de l’Afrique dans l’objectif de pousser les Africains à la résignation, au quiétisme et au désespoir.
Quelques africanistes de bonne volonté et surtout les historiens africains vont travailler à balayer les thèses de ces chercheurs racistes qui voulaient se mettre en travers d’une vérité irréfutable. Nous pouvons citer entre autre Cheick Anta DIOP, Elikia M’ BOKOLO, Théophile Obenga, Joseph KI ZERBO et j’en oublie.
Les écrits de ces historiens nous ont permis de refuser de confondre les résultats de la science historique avec les images dégradées qu’en proposent et vulgarisent certains chercheurs européens. Parmi ces illustres historiens que nous venons de citer, nous nous intéresserons pour ce présent travail au Professeur Joseph KI ZERBO.

Joseph KI ZERBO est né le 21 juin 1922 à Toma au Burkina Faso. Il est né sous le choc colonial, destin commun de tous les pays africains à quelque exception près. En 1949, il réussit avec brio à son examen de baccalauréat. Ses notes excellentes lui valent une bourse d’études à Paris, où il commence des études d’histoire à la Sorbonne et des études en sciences politiques.

Les études à la Sorbonne prennent fin en 1956 couronnées par l’agrégation. Ainsi Joseph KI ZERBO devint le premier professeur agrégé d’Afrique noire. C’est le début d’une longue lutte pour réhabiliter l’histoire de l’Afrique afin de lui redonner sa dignité.
Déjà sur les bancs universitaires, le Professeur souffrait de la quasi-absence du continent africain et singulièrement du monde noir dans les messages de ses guides spirituels. Et ce mépris va faire naître en lui « le projet muet et violent, de retourner aux racines de l’Afrique ». (KI ZERBO, 1978 :6 )

Sur le terrain il travaille à redéfinir la conception de l‘histoire pour l’Afrique. Contournant les difficultés de la rareté des sources écrites, il épouse la conception de l’histoire de l’école des annales : l’histoire totale. Il se bat pour une histoire poly-source et polyvalente, qui prend en compte toutes les traces humaines car « tout peut être historique pour l’historien avisé ». En effet « homme a rendu historique tout ce qu’il a touché de sa main créatrice : la pierre comme le papier, le tissu comme les métaux, le bois comme les bijoux les plus précieux » (KI ZERBO,1978 :15). Par conséquent partout où homme a vécu, on peut dire qu’il y a eu l’histoire. Et comme les premiers hommes ont vécu d’abord en Afrique, on peut conclure aisément que l’histoire a commencé en Afrique. Il faut alors une méthodologie appropriée pour écrire cette histoire, pour remonter le cours de ce long passé.

L’existence de sources écrites n’est plus une condition sine qua non pour écrire l’histoire de l’Afrique. Le Professeur va s’intéresser particulièrement à la tradition orale car « dans des cas privilégiés et avec un traitement méthodologique approprié, elle apporte le degré de certitude qu’on attend normalement de la connaissance historique ».(KI ZERBO, 1978 :17) Désormais, autant les sources écrites sont indispensables pour écrire l’histoire européenne, autant la tradition orale sera indispensable pour l’écriture de l’histoire africaine. Certains reprochaient à la tradition orale le manque de chronologie fiable. KI ZERBO reconnaît lui-même que « l’historien qui veut remonter le passé sans repère chronologique ressemble au voyageur qui parcourt dans une voiture sans compteur une piste sans bornes kilométriques ».Loin de se décourager le Professeur dans ses recherches a pu déceler des méthodes de datation chez certains peuples. Nous avons par exemple chez les Bono un vase spécial où chaque souverain dépose une pépite d’or chaque année jusqu’à sa mort. Chez les Dogons le Segni est une fête qui a lieu tous les soixante ans. Chez les mossi le biktogho a lieu à chaque trente ans du règne d’un roi. Cette approche a largement contribué à enrichir la méthode historique. L’un des mérites du Professeur KI ZERBO, c’est d’avoir réfuté la notion de ‘’préhistoire’’. Accepter la préhistoire, c’est croire que les peuples qui ne savaient ni lire, ni écrire viennent de sortir de cette période.

La tradition orale ainsi débarrassée des préjugés et valorisée, le gros du travail reste la cueillette de l’information. Conscient qu’en Afrique « chaque vieillard qui meurt emporte dans la tombe un morceau du visage antique de ce contient ». (KI ZERBO, 1978 :29). Il va sillonner pays par pays pour récolter les témoignages de ces bibliothèques vivantes. Bravant les difficultés de divers ordres dans le seul but de « retourner aux racines de la terre africaine », le Professeur a fouillé l’Afrique de fonds en comble :Tananarive, Zimbabwe, Dar-es-Salam, Zanzibar, Nairobi, Khartoum ,Yaoundé et j’en passe. Ses efforts sont couronnés par la publication de son œuvre monumentale ‘’Histoire de l’Afrique noire, d’hier à demain’’ en 1972 et en 1978.

Cette œuvre dévoile et valorise les brillantes civilisations africaines (comme celle d’Ife, de Nok) et les grands royaumes et empires africains. L’œuvre met en évidence les œuvres des grands personnages africains. Même si l’Afrique n’a pas produit Euclide, Aristote, Lavoisier, Pasteur comme le déclarait P. GAXOTTE, elle a enfanté Soundjata Keita, Kankan moussa, Bala Faseiké, Samory Touré, Naaba Wobgo et j’en passe.
Histoire de l’Afrique noire, d’hier à demain s’impose comme un classique, une référence incontournable pour la formation des élites intellectuels et un outil pour les enseignants, les chercheurs, les étudiants et tous ceux qui s’intéressent au passé de l’Afrique. Cette œuvre s’impose comme la clef de la compréhension de l’évolution de l’Afrique depuis ses origines.
Chercheur intrépide, il expose ses idées sociales et politiques dans de nombreuses publications sur l’histoire et la culture africaine.
En 1980, une autre œuvre monumentale, le volume I de l’histoire générale de l’Afrique est publiée sous sa direction.

A côté de la recherche et de la documentation de l’histoire africaine qui font partie de ses préoccupations majeures, le Professeur a mis un accent particulier sur l’enseignement d’histoire.
Enseignant lui-même et soucié de donner une nouvelle dimension à l’enseignement de l’histoire, il rédige un manuel scolaire dès 1963. Il fallait éviter aux jeunes générations de souffrir d’entendre que nos ancêtres étaient des Gaulois.
Il en donne ici l’exemple à suivre parce que pour le Professeur l’interprétation de l’histoire africaine et surtout « la confection des manuels d’Histoire de l’Afrique à l’usage des jeunes citoyens africains, doit incomber avant tout à des historiens africains ». L’histoire de l’Afrique doit être interprétée par les africains eux même afin de mieux rendre compte la réalité.

En sa qualité de doyens des historiens de l’Afrique, et président de l’association des Historiens africains, le Professeur va s’atteler à l’élaboration des programmes d’enseignement. En effet il était absurde de continuer d’enseigner aux jeunes africains les programmes de l’enseignement colonial qui passait sous silence l’histoire africaine. Le souci de Joseph KI Zerbo était de former la relève.
Il fallait remplacer les maîtres coloniaux par des enseignants locaux.
Dans ce domaine KI Zerbo a atteint ses objectifs. Enseignant chercheur à l’université de Ouagadougou, Il a été le professeur d’au moins trois générations de chercheurs et enseignants africains. Il est périlleux aujourd’hui de dénombrer tous les historiens, enseignants, chercheurs, intellectuels qui se sont inspirés du Professeur KI Zerbo ou qui se reconnaissent en lui.

On peut se demander pourquoi s’était-il tant intéressé à l’histoire de l’Afrique ? Pourquoi s’était-il tant consacrer à l’enseignement de l’histoire africaine ?
Le Professeur a passé une bonne partie de sa vie à protéger, à défendre et à promouvoir la dignité de l’Afrique à travers son engagement intellectuel. L’Afrique longtemps victime de la curiosité des chercheurs étrangers reprend peu à peu sa place dans le concert des continents. La génération des premiers historiens africains marque le crépuscule de l’’ahistoricité’’ de l’Afrique.

L’étude de l’histoire est fondamentale car c’est la première chose à faire pour restaurer la dignité de l’Afrique longtemps outragée et son identité perdue. Par l’étude de l’histoire, l’Afrique parvient à se réconcilier avec elle-même. Son œuvre la Natte des autres, publiée en 1992, illustre très bien cette préoccupation.

Joseph KI ZERBO ’’ éclaireur ‘’ de conscience de plus d’une génération d’Africains a fait de l’histoire un levier de prise de conscience des Africains contre les traitements injustes dont l’histoire africaine était victime.
L’histoire étant la mémoire collective des peuples, il était urgente que la mémoire collective authentique de l’Afrique soit rétablie car aucun peuple ne peut vivre avec la mémoire d’autrui à moins d’opter pour l’inconscience et l’aliénation (KI Zerbo, 1990, 23)

En effet « vivre sans histoire, c’est être une épave ou porter les racines d’autrui. C’est renoncer à être soi-même racine pour d’autres qui sont en aval. C’est dans la marée de l’évolution humaine, accepter le rôle anonyme du plancton et de protozoaire » (KI Zerbo 1990, 42 – 43).
Il fallait éviter aux Africains et surtout aux jeunes générations un tel rôle. C’est pourquoi tout au long de sa vie, le Professeur a placé la recherche et l’enseignement au centre de ses préoccupations. Il fallait que la jeunesse retrouve sa marque. Il fallait que cette jeunesse, le fer de lance du développement soit éclairée par la lumière qui jaillit des cendres mortes du passé. Il fallait que la jeunesse sache d’où elle vient. « Quand on sait d’où on vient, on peut mieux bâtir son avenir » (Ki ZERBO, 1975 :30). L’histoire nous permet de comprendre ce qui se passe par ce qui s’est passé. En effet, il est difficile à un peuple d’affronter l’avenir s’il n’a pas la vraie vision de son propre passé. « Pour espérer, pour aller de l’avant, il faut savoir aussi d’où on vient » (Fernand Braudel). Histoire nous permet d’envisager l’avenir, de s’avancer vers un futur vierge, offert à l’initiative créatrice de notre conscience et de notre volonté.

Nous pouvons conclure que le Professeur a largement contribué à la valorisation de l’histoire africaine. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude et à l’enseignement de l’histoire africaine. Il était convaincu que « l’historien de l’Afrique, en ramenant à la vie le passé de ce continent, crée un capital spirituel qui constituera une source multiforme et permanente d’inspiration » (KI ZERBO, 1978 :30). Pour KI ZERBO l’histoire est et doit être « une source d’inspiration pour les générations qui montent, pour les politiciens, les poètes, les écrivains, les hommes de théâtre, les musiciens, les savants de toutes sortes et aussi tout simplement pour l’homme de rue » (KI ZERBO,1978 :30). Conscient que la jeunesse est un capital irremplaçable dans le devenir d’un pays, Joseph KI ZERBO avait fondé « l’espoir que son message sera recueilli surtout par les jeunes et contribuera à dessiner en traits authentiques, le visage si peu connu, si méconnu, de l’Afrique d’hier fournissant ainsi les bases d’une plus saine approche et d’une farouche détermination pour bâtir celle de demain » (KI ZERBO,1978 :8). Le visage de l’Afrique d’hier est aujourd’hui connu, et même très bien connu. Et le Professeur a gagné le pari.

Joseph KI ZERBO a ranimé la flamme de l’identité retrouvée, la flamme d’une prise de conscience, la flamme de l’espoir dans le cœur de la jeunesse africaine.
Malgré les efforts du Professeur, malgré la contribution de l’histoire africaine à l’histoire universelle, certains continuent d’ignorer les réalités de l’histoire africaine. Et parfois pas des moindres. En effet l’humanité se souvient des propos de l’ex-président de la République Française, Nicolas ZARKOZY, le 26 juillet 2007 à Dakar. En rappel, il déclarait : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». Puis il poursuivait : « Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ».
Nous constatons avec amertume que le président Nicolas SARKOZY, président de l’ex-métropole, a les mêmes préjugés sur l’Afrique que ses ancêtres. Monsieur le Président ignore encore que les paysans africains sont passés de la pierre taillée aux métaux. Il ignore que les Africains sont passés des tribus aux empires. Bref Nicolas ignore encore au XXIème siècle l’évolution de l’histoire des peuples africains. Si son ignorance est sincère, il fallait qu’il lise tout petit peu L’Histoire de l’Afrique Noire, d’hier à demain pour nous éviter de tels propos regrettables.

Joseph KI ZERBO est une valeur sûre pour l’humanité et particulièrement pour l’Afrique. Il fait la fierté des burkinabé. Malheureusement une valeur très peu connue et reconnue par les autorités d’avant la Révolution d’octobre au Burkina Faso. La preuve, il n’a été décoré par ces autorités qu’à titre posthume. Certes son engagement politique y est pour quelque chose.

Dans ce nouveau contexte de vraie démocratie et d’espérance, nous espérons que le Professeur sera ‘’ réhabilité’’, et le peu qu’on puisse faire pour lui, c’est de rebaptiser l’université de Ouagadougou à son nom. Certes de nombreux chantiers attentent le gouvernement de transition et il a le devoir de donner le meilleur de lui-même pour ne pas paraitre comme un gouvernement de trahison. On peut d’ores et déjà se demander à quand l’UNIVERSITE JOSEPH KI ZERBO ?

KIÉBRÉ Mahamoudou , professeur certifié d’histoire – géographie, membre du Club d’histoire Joseph KI ZERBO
Mercredi 18 Août 2021
La Dépêche d'Abidjan



Espace Kamite
Notez

Opinion | Actualité | Contributions | Zouglou Feeling | Vidéos | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite



"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

La Dépêche d'Abidjan | 21/10/2021 | 366 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 12/10/2021 | 1172 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 12/10/2021 | 1174 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 11/10/2021 | 1053 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 08/10/2021 | 483 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 07/10/2021 | 640 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 07/10/2021 | 568 vues
00000  (0 vote)
La Dépêche d'Abidjan | 07/10/2021 | 549 vues
00000  (0 vote)