Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La Dépêche d'Abidjan

LA LIBERTÉ D'INFORMER









La Françafrique coupable - Centrafrique : Faites entrer l'accusé !


La Françafrique coupable - Centrafrique : Faites entrer l'accusé !
Aucun observateur n’aura été surpris par l’annonce du gouvernement français de son intervention en Centrafrique.
En effet, plus de quinze jours avant l’opération, les troupes d’élite de la 11ème brigade parachutistes étaient déjà à Bangui. But avoué : Préparer le terrain à l’arrivée du contingent déjà mobilisé.

Complètement exsangue, de dictatures en coups d’état, la population de la République Centrafricaine et ses 5 millions d’habitants n’auront connu, depuis la décolonisation, qu’une succession de drames, de conflits et de guerres civiles, la précipitant dans une misère profonde.

On dit souvent de ce pays qu’il est le laboratoire, ou la créature, du comportement impérialiste de la France sur le continent. On le dit car dans chaque soubresaut politique ou militaire la main de Paris est toujours bien visible, sur le volant et sur la gachette. C’est la France qui, tout au long de « l’indépendance » de la République Centrafricaine a fait, défait, « refait », les dictateurs au gré des intérêts et des ressources qu’elle avait à défendre sur place. Le recours aux pires monstruosités politiques n’aura jamais rebuté les « services » du quai d’Orsay. Qui ne se souvient, en effet, du sinistre pitre Bokassa, « ami » privilégié de Giscard d’Estaing, qu’il ne manquera pas d’inviter régulièrement à ses indicibles agapes et le rémunérer à coup de sacs de…diamants (1).

Ainsi en allait-il avant Bokassa, ainsi en est-il allé pendant son règne « impérial » et ainsi en est-il allé après sa chute.

En 2003, bis repetita, c’est encore la France en duo avec le Tchad de Déby qui, par les armes, impose Bozizé aux commandes du pays. Dès son « entrée en fonction » Bozizé, n’aura de cesse d’organiser, comme ses prédécesseurs, la répression féroce de ses opposants, le pillage du pays, le favoritisme le plus éhonté…menant directement la société à la crise politique, économique et sociale et à la ruine qu’on connaît aujourd’hui.

La clownerie électorale de 2011 organisée par Bozizé, saluée par la France, ne changera rien à l’affaire et surtout, n’exonèrera en rien les immenses responsabilités du système de la Françafrique.

C’est bien l’ex puissance coloniale qui, systématisant et verrouillant les passations de pouvoir d’un représentant de bande à un autre, verrouille du même coup toute possibilité de voir naître les bases de toute vie démocratique. Un système que la France sait très bien exporter partout ailleurs en Afrique quand les besoins se font sentir. Avantage inclus : les dysfonctionnements inhérents à ces pratiques de sabotage permettant, en sus, au vu des situations vécues par les populations, d’entrainer l’adhésion des opinions publiques, des partenaires économiques et même des Nations Unies, aux interventions militaires.

A l’attention de tous les concernés, il s’agit alors, tout simplement, de démontrer que « Militaire oui, mais…l’Humanitaire »! C’est ce système qui, après Sadam Hussein le démon, les burkas afghanes, a prévalu aussi en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali et vaudra demain en Syrie.

En Centrafrique, le coup d’Etat mené contre Bozizé, par la coalition (Seleka) a été rendu possible par, encore une fois, le bon vouloir de la France et de Déby, son exécutant régional. On dit que Total aurait vu d’un très mauvais oeil le projet de Bozizé de « refiler » le pétrole de Boromata aux chinois et que le quai d’Orsay, quant à lui, s’énervait de son souhait de claquer la porte aux tchadiens chargés par la France de le chaperonner.

Une intervention « humanitaire » ?

Il est indéniable que, par delà les responsabilités des uns et des autres, la situation post Bozizé et post Seleka est lourde de dangers pour les populations civiles. Il n’est donc pas étonnant que les populations, terrorisées par les exactions incessantes des milices Seleka aient accueilli les militaires français avec soulagement et même satisfaction. Il faut savoir, à propos de la Seleka, que ce regroupement de différents courants politiques de bric et de broc, sans ligne politique aucune est essentiellement composé de soudanais et de tchadiens se réclamant de l’islam qui, au nom de cette appartenance, ont pillé et persécuté sans pitié tous les non musulmans.

Evidemment, les dissensions inter ethniques sont montées en épingle, tout comme les soit disant différences religieuses entre musulmans et chrétiens, alors que jusqu’à très récemment, en RCA, comme dans nombre d’autres régions d’Afrique, malgré ces différences les populations vivaient en bonne intelligence.

Les médias français, jamais en reste pour défendre les position officielles de leurs gouvernements, ont enfoncé le clou allant jusqu’à évoquer « une situation génocidaire ». Il s’agit, encore une fois, d’une description abusive de la réalité (2). La RCA n’est pas le Rwanda, que la France connaît bien puisque, aujourd’hui, accusée par beaucoup d’y avoir eu de grandes responsabilités. On ne rencontre pas, en RCA, de groupes portés par une idéologie précise qui porterait en elle comme objectif la destruction systématique d’une partie identifiée de la population.

Si le risque génocidaire, abusivement utilisé, voire galvaudé, à des fins strictement « publicitaires », n’existe pas, il n’en est pas moins vrai que, dans un pays détruit, sans état, sans police, livré aux seules bandes armées, la situation est lourde de graves dangers pour les populations.

Les restes d’encadrement sanitaire, des structures d’aides diverses ont été détruits sous le gouvernement Bozizé.

Michel Djotodia, le nouveau « patron » du pays n’avait aucune influence sur les bandes armés de la Seleka, il n’en n’a pas plus aujourd’hui qu’hier. C’est ce qu’avait évoqué François Hollande, exigeant même son départ immédiat du pouvoir, avant de le rencontrer deux jours plus tard, officiellement, sur le tarmac de Bangui, lors de son voyage de retour d’Afrique du Sud ! (3)

Les véritables objectifs

Se partageant les rôles avec l’administration américaine aujourd’hui en retrait, la France renforce actuellement son rôle de gendarme principal de l’Afrique. On l’a vu en Libye, au Mali, en Côte d’Ivoire… Elle maintient et augmente des contingents militaires dans tous les points stratégiques, partout sur le continent, y compris au delà des régions Ouest et Centre, sa zone habituelle d’influence.

Par delà les affirmations arguant de l’humanitaire, l’enjeu géopolitique de la Centrafrique est fondamental. Il n’est pas imaginable en effet, dans la guerre sans merci que livrent les puissances occidentales et les multinationales pour le contrôle des ressources, qu’elles laissent cette large bande, allant de l’Est africain à la côte Ouest, aux mains de jihadistes susceptibles de perturber durablement la domination occidentale sur une gigantesque région. Dans la chaine des pays constituant cette bande, la RCA est justement le maillon reliant ceux de l’Est à ceux de l’Ouest.

Tous les pays de la région sont riches en ressources indispensables et gageons que la France, une fois bien installée militairement, saura « gérer » ses affaires aussi bien que…la situation humanitaire. Gageons aussi qu’elle saura persuader le « patron » local, qui que soit qu’elle aura mis en place en RCA, de ré-envisager la gestion du site pétrolier de Boromata tout comme elle n’oubliera pas d’envoyer des troupes aux fins de protéger le site de Bakouma, permettant ainsi à Areva d’exploiter sereinement les gisements d’uranium…Claude Guéant ex-ministre De Sarkozy et Jean Christophe Mitterrand (ex « papamadi ») se sont déjà rendus à pied d’oeuvre (4). Ainsi donc, par delà, les pseudo clivages politiques, se perpétue la macabre Françafrique.

François Charles



1/ L’affaire des diamants de Bokassa, soulevée par le Canard Enchaîné, avait pesé pour beaucoup dans la non réélection en 74 de Giscard d’Estaing à la présidence de la République.

2/ Bernard Kouchner, inventeur de « l’ingérence humanitaire » et donc du « droit d’ingérence » qui l’accompagne, a toujours expliqué que, d’un point de vue marketing, le génocide était très « porteur ». C’est ainsi qu’avec Bernard Henri Lévy, il a vu les génocides en Somalie, en ex Yougoslavie, au Soudan, en Irak, au Darfour, en Syrie…partout où « l’ingérence était nécessaire ». Etonnamment, on les a moins remarqué au Rwanda, où pourtant, il y avait là eu une réelle tentative génocidaire. Comprenne qui pourra…

3/ Une volte face qui montre bien le peu de compréhension de la situation, et le peu de cas des populations, de la part d’un président qui vient pourtant d’ouvrir, dans le pays, un front de guerre.

En escale à Bangui, François Hollande revenait des obsèques de Nelson Mandela.

4/ in www.afriquesenlutte.org

* François Charles : ex professeur associé à ENEA Dakar et Dir de publication de « l’Autre Afrique » (www.lautreafrique.info)

b[Romuald Boko : Directeur du quotidien »Le Pays émergent » Cotonou (Bénin)
]b

Source : french.irib.ir
Samedi 28 Décembre 2013
La Dépêche d'Abidjan



Tribune
Notez

Nouveau commentaire :
Twitter

Conditions d'utilisation
Merci d'écrire dans un langage correct et d'éviter des affirmations sans preuves.




Actualité | Opinion | Contributions | Vidéos | Zouglou Feeling | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite



"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

La Dépêche d'Abidjan | 18/05/2018 | 2577 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 12/12/2017 | 3279 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 11/07/2017 | 2153 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 27/04/2016 | 5358 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 24/10/2015 | 50975 vues
33333  (36 votes) | 14 Commentaires
La Dépêche d'Abidjan | 12/05/2015 | 3525 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 04/01/2015 | 5740 vues
00000  (0 vote) | 3 Commentaires