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La Dépêche d'Abidjan

LES RÉSEAUX SOCIAUX, LA NOUVELLE DONNE


Cette réflexion m'a été inspirée par cette question posée par notre ami Wazi Guipié à propos d'une campagne publicitaire dans la capitale ivoirienne. "A quoi répond ce déploiement d'affiches publicitaires concernant RFI et France 24 que l'on voit actuellement en Abidjan ? s'est-il demandé.
Pourquoi les médias français perdent-ils du terrain en Afrique ? Telle est en réalité la problématique que pose ce questionnement de notre ami Wazi Guipié.
Mais avant de donner mon point de vue, je voudrais vous inviter à parcourir avec moi cette histoire intéressante, l'histoire de l'écrivain André Gide que je résume pour vous. Cette histoire est racontée par un français, Marc Tardieu dans son livre Les africains en France de 1914 à nos jours, publié en 2006 par Les Editions du Rocher.
L'écrivain André Gide à l'approche de la soixantaine, décide de partir pour une année pleine en Afrique-Equatoriale Française. Un projet curieux et étrange pour son ami Claudel qui, convaincu qu’il ne le reverrait pas vivant, imaginant sans doute un suicide déguisé en voyage, vient lui faire ses adieux. Gide ne sait pas lui-même ce qu'il va chercher en Afrique, et donne une réponse évasive quand on lui demande ce qu'il va y chercher ? " J’attends d’être là-bas pour le savoir." répond-il.
L'écrivain débarque donc à Brazzaville, capitale de l'AEF où il bénéficie d'un accueil solennel. Il est aux bons soins du gouverneur général qui a mis à sa disposition une grande case entourée d'un jardin tropical. Aucune attention n'est de trop pour sans doute obtenir son indulgence sur les pratiques inhumaines qui caractérisent la colonisation.
Mais Gide sort de sa grande case avec jardin et s'élance dans la forêt. Ici en pirogue, là reçu par une mission catholique. Et puis, il y a cette brutale révélation : LA CRUAUTE DES COLONS, les terribles exactions commises dans la forêt.
D'abord, il écrit des notes, mais sait déjà que l'horreur ne fait aucun doute. Villages entiers massacrés, supplices inhumains.
"30 octobre. Impossible de dormir(…) Désormais, une immense plainte m’habite ; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m’a poussé en Afrique ? Qu’allai-je donc chercher dans ce pays ? J’étais tranquille. A présent, je sais je dois parler. ", écrit-il. Et Gide va parler ou plutôt écrire.
Gide se demande encore si le gouverneur général qui l'a reçu avec les honneurs ignore ce qu'il a vu, cette épouvantable réalité. " Escorté par les gardes armés de fouets à cinq lanières, une enfilade de quinze femmes et deux hommes, attachés au cou par la même corde », image clandestine d'une marche des esclaves orchestrée par des Français au XXème siècle ? " Mais en réalité, il a une réponse claire à ses interrogations car il s'agit d'un système.
Et André Gide rentre transformé par ce voyage, dégoûté par ce qu'il a vu, porteur d'un manuscrit explosif qui sera largement cité par la presse, y compris par Léon Blum dans le Populaire. La notoriété de Gide crédibilisera son récit dans les milieux parisiens.
Que devons-nous retenir de cette histoire ?
Que la colonisation et ses pratiques inhumaines ont prospéré grâce à l'ignorance des hommes de bonne volonté comme Gide. Cette ignorance des pratiques des colons est volontairement entretenue par les tenants du colonialisme, et aujourd'hui de l'impérialisme qui veut cacher au monde ses pratiques criminelles. Il a donc fallu que Gide se déplace en Afrique pour se rendre compte de ce qu'à l'approche de la soixantaine, il n'imaginait pas. Rappelons ce qu'il a dit avant d'embarquer : " J’attends d’être là-bas pour le savoir " . Et pourtant ces pratiques existaient même avant la naissance de cet écrivain.
Ce qui a changé avec la démocratisation des moyens de communication comme Facebook, et pour répondre au questionnement de notre ami Wazi Guipié.
Aujourd'hui, nous sommes en 2014 et André Gide n'aurait pas eu besoin de faire ce voyage pour voir la laideur des pratiques de ses compatriotes. Nous lui aurions apporté l'information par les moyens de communication qui se sont démocratisés. Aujourd'hui, même un événement qui se déroule au village est susceptible d'être connu de celui qui vit à Paris dans la minute même de son enregistrement.
Et non seulement nous sommes désormais en mesure d'alimenter l"opinion en images, mais nous avons également la capacité de démonter les informations mensongères diffusées par les médias à la solde de l'impérialisme. Sur la toile, nous n'avons pas que des articles qui sont diffusés ou écrits, nous avons aussi la possibilité de donner la parole dans des radios créées par certains d'entre nous, et même des télévisions qui retransmettent en direct certains événements volontairement occultés par les médias occidentaux. Et tout cela fait que nous sommes désormais en mesure de donner des informations essentielles en même temps que tous ces médias occidentaux. Si nous n'arrivons pas encore à toucher le public occidental, ce qui est une question de temps puisque notre capacité va se développer, il est indéniable que le public local n'est pas insensible à cette évolution des choses, et c'est pourquoi ces médias en perte de vitesse dans des zones où se jouent les intérêts de leurs pays, se croient aujourd'hui obligés d'initier une campagne publicitaire alors qu'ils n'en avaient pas besoin pendant la colonisation, et même après les indépendances puisque la concurrence n'existait pas. Les médias existants ne remettaient pas en cause l'impérialisme français.
Nous sommes donc devenus des acteurs de l'information, et cette nouvelle donne fait que même les journaux européens s'intéressent à nous. Je pense notamment à cette interview de Steve Beko dans le journal espagnol de grand tirage El Pais.
Enfin, il y a ce constat fait à la suite d'une étude.
Une récente étude a montré qu'il y a une forte expansion des réseaux sociaux en Côte d'Ivoire, et indique que
" la Côte d’Ivoire se rattrape et passe devant le Sénégal dans le classement des pays les plus connectés à Facebook avec ses 1,260,000 abonnés contre 1 080 000."
1.260.000 abonnés, cela fait beaucoup comparé donc au nombre de lecteurs de tous journaux traditionnels ivoiriens, et sans préjuger de ce qui intéresse les utilisateurs de Facebokk dont il est ici question, on peut quand même tabler, compte tenu du partage des informations, sur un plus grand nombre de lecteurs quand nous publions des articles.
La perte de terrain des médias français en Afrique, et particulièrement en Côte d'Ivoire, est donc la conséquence logique du travail que nous faisons sur les réseaux sociaux. Ces médias occidentaux n'ont plus l'exclusivité de l'information, et ils essaient donc d'attirer l'attention des ivoiriens qui ne sont plus dupes après le rôle qu'ils ont joué dans la crise post-électorale avec la diffusion des résultats de Youssouf Bakayoko sur leurs antennes, le rôle qu'ils ont joué dans la guerre que nous avons connue par la suite et son dénouement que tout le monde a connu avec l'enlèvement du président Gbagbo, le président élu selon les lois de notre pays.
Et nous avons devant nous d'immenses possibilités pour atteindre un public encore plus nombreux qui va même au-delà des utilisateurs de Facebook puisque celui qui a lu un article ou regardé une vidéo peut la restituer sous une autre forme.
Quand Steve beko dit qu'il y a eu en quatre jours 2000 vues de la vidéo de son interview avec Philippe Kouhon, c'est un chiffre approximatif parce qu'on peut être à plusieurs pour voir cette vidéo, surtout en Côte d'Ivoire où le million d'utilisateurs en question ne se connectent pas sur des ordinateurs personnels, et ne vont pas tous au cybercafé où on est généralement seul devant sa machine.
Si nous continuons sur notre lancée, nous pouvons espérer un printemps ivoirien car les réseaux sociaux ont l'avantage de pouvoir favoriser une communication rapide entre plusieurs individus pouvant déboucher sur une action d'envergure.
Le régime Ouattara en est pleinement conscient, si on se réfère à sa communication lors d'un " voyage privé " à Paris d'où il était reparti plutôt précipitamment, à cause des réseaux sociaux.

Alexis Gnagno
Dimanche 20 Avril 2014
La Dépêche d'Abidjan



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