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LA CÔTE D’IVOIRE NE DOIT PAS ÊTRE LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE DES HOMMES POLITIQUES




Depuis la mort du premier président ivoirien, Felix Houphouët Boigny (FHB), la Côte d’Ivoire va très mal. A dater donc de la mort de FHB, le monde entier s’est mis à parler de la Côte d’Ivoire comme d’un être fragile, atteint au cœur d’une maladie sérieuse. Les indicateurs macroéconomiques sont devenus instables ainsi que la situation politique. Le pays qualifié d’oasis dans un univers de désert est devenu le terreau des incertitudes et des rebondissements. Les raisons de cette débâcle sont nombreuses mais il est possible d’attribuer aux hommes politiques une grande part de responsabilité dans la misère des ivoiriens depuis deux décennies. Et pour cause, depuis 1995, la Côte d’Ivoire n’a pas connu de bonnes élections présidentielles. Ces dernières sont toujours suivies d’une crise de légitimité des candidats élus conduisant le pays dans la tourmente politique. Il n’est pas faux de dire que la démocratie est devenue le cheval de Troie de la colonisation nouvelle en Afrique mais ce sont les hommes politiques africains qui détruisent le plus le rêve des populations. Pendant ce temps, les ivoiriens sont parcourus par de puissants courants idéologiques qui leur font espérer non seulement leur propre libération mais aussi celle du peuple ivoirien.
Notre ambition dans la présente contribution n’est pas de faire le procès des hommes politiques ni de les juger, car nous n’avons pas l’étoffe pour porter un tel jugement. Notre objet est simplement de rappeler aux ivoiriens qu’ils ne doivent pas céder le « titre de propriété » de la Côte d’Ivoire aux politiciens. Il s’agira de montrer comment les hommes politiques sont assoiffés de pouvoir dans notre pays. Cette addiction au pouvoir conduit parfois cette classe politique à se partager les richesses du pays au détriment des populations. Face à cette imposture de la classe politique, les ivoiriens doivent refuser cette tyrannie pour proposer un nouveau contrat social.

DES HOMMES POLITIQUES ASSOIFFÉS DE POUVOIR


Depuis la mort du président Félix HOUPHOUËT BOIGNY, la Côte d’Ivoire, notre pays, n’est plus cette "terre de rêve" qui faisait pâlir le monde entier. Trois événements majeurs sont passés par là : il s’agit du coup d’État militaire de décembre 1999, de la rébellion de 2002 et de la crise post-électorale de 2010.
Depuis 1999, la Côte d’Ivoire s’est engluée dans une crise militaro-politique, détruisant au passage son économie et la cohésion sociale. Cependant, les démons de la division se sont manifestés depuis 1993. Les hommes politiques ivoiriens sont assoiffés de pouvoir et le font savoir publiquement. L’on se souvient de cette phrase du Président Bédié, demandant aux ivoiriens de « se mettre à sa disposition » après la mort du Président Houphouët. Rongés par la jalousie, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara vont créer le Front Républicain (FR) pour contester le pouvoir du Président Bédié. A l’époque, le Front Républicain était l'alliance entre le Rassemblement des Républicains (RDR) et le Front Populaire Ivoirien (FPI) pour l'instauration de la démocratie en Côte d'ivoire. Cette alliance n'a malheureusement pas atteint les objectifs qui avaient justifié sa naissance.
Le FR va voler en éclat à cause de la roublardise des chefs. En effet, Laurent Gbagbo qui venait de recevoir une invitation du Président Bédié, chef d’État d'alors, n'a pas jugé utile d'en aviser son allié, le RDR. Sous la houlette du ministre d'Etat Ahoua N'Guetta, des discussions entre le PDCI et le FPI ont abouti, au premier trimestre 1999, à la signature d'un document dont la polémique sur le nom, en son temps, illustrait tout le flou qui l'entourait. Pendant que, certains parlaient d'accords, d'autres précisaient qu'il s'agissait d'un simple cadre de concertation. En tout cas, les responsables du FPI avaient signé un document qui fusillait tous les sujets justifiant l'existence du Front Républicain qui les unissait au RDR.
Mais avant la fin du FR, le 22 octobre 1995, a eu lieu les premières élections sans FHB. Le FPI de Laurent Gbagbo et le RDR de Djeny Konena avaient boycotté ces élections à cause des dispositions du nouveau code électoral. Henri Konan Bédié a remporté ces élections avec 96% des voix contre 4% pour son adversaire Wodié.
La conquête effrénée du pouvoir a abouti au coup d’État de 1999. Déjà bien avant le coup d’État, le personnel politique était frappé d’une cécité. Dans leur stratégie de conquête du pouvoir, les hommes politiques n’ont pas été avares en déclarations à l’emporte-pièce, tranchant très souvent avec les attentes de la majorité des ivoiriens.
A propos du coup d’État de 1999, certains ont parlé d’une "révolution des œillets" et de "coup d’État salutaire". 
La joie de certains ivoiriens ne sera que de courte durée car les militaires vont exacerber les tensions sociales. En effet, les ivoiriens ont fauté dans leur ensemble lorsqu’il s’agissait d’écrire la Constitution de 2000.  Au lieu de réfléchir à l’écriture d’une constitution reflétant l’histoire et le "projet ivoirien", on a pinaillé sur les conjonctions "et/ou". En effet, lorsqu’il s’est agi de rédiger une Constitution et un code électoral, les hommes politiques et, plus inquiétant, les membres de la société civile se sont livrés à une véritable foire d’empoigne pendant de longues semaines. Pinaillant à satiété sur des conjonctions de coordination au lieu de chercher à s’entendre sur un texte conciliateur.
C’est ainsi que l’on a vu la plupart des intellectuels ivoiriens se ranger sans trop barguigner derrière des positions partisanes, quitte à trahir la fonction première qui leur est dévolue et qui est censée faire d’eux des vigies, voire des éveilleurs de conscience.
Les élections de 2000 seront également le lieu d’une grande comédie sans mesure. Allié en apparence avec Robert Guei, Laurent Gbagbo s’est arrangé pour que Tia Koné, Président de la Cour Suprême, donne une apparence de légitimité à l’élimination des concurrents les plus dangereux, el Hadj Lamine Fadiga, Emile Constant Bombey, Henri Konan Bédié, Alassane Dramane Ouattara. Resté seul en piste, à l’exception de quelques « seconds couteaux », il profita de la stupidité des militaires qui s’étaient attaqués au président de la commission électorale. Le pouvoir par tous les moyens implique une absence totale de scrupule de la part des hommes politiques en Côte d’Ivoire. Après l’arrivée de Laurent GBAGBO au pouvoir, le Forum de la Réconciliation n’a pas eu les effets escomptés. Il a été un simple instrument politique au lieu d’être un vecteur d’union. Le forum de la réconciliation a tout simplement été un échec.
Avec la Refondation, le rêve était permis au regard de la noblesse des idées mais finalement on a assisté à un "safari de corruption" et les jeunes sont devenus simplement des forçats. La corruption, le népotisme, le favoritisme, l’impunité, la tricherie, l’enrichissement rapide et illicite, étaient devenus la règle en Côte d’Ivoire.
Pour contrecarrer les ambitions de Laurent Gbagbo, cette fois, c’est Bédié et Ouattara qui vont se mettre ensemble pour reprendre le pouvoir. Ils vont mettre en place le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), à Pris, en 2005. Cette plate-forme est composée des leaders du RDR, du PDCI, de l’UDPCI et du MFA. Le RHDP finira par chasser Gbagbo du pouvoir dans des conditions que, seuls les historiens ont le secret.

LES HOMMES POLITIQUES SE PARTAGENT LES RICHESSES ET DÉCIDENT SANS LE PEUPLE

En Côte d’Ivoire, les politiciens se bagarrent pour le pouvoir central. Parfois certains utilisent des voies obliques pour y arriver. Ceux qui ne peuvent pas arriver au pouvoir par les urnes ou par la force utilisent des ruses pour gouverner avec ceux qui sont au pouvoir. A la vérité, cela ressemble fort bien à un partage des richesses du pays par des supposés illuminés. Il est capital de souligner cela à l’époque trouble qui est la nôtre caractérisée par une attention centrale portée aux allégations salvatrices. Les hommes politiques roulent pour eux-mêmes tout en nous invitant à les suivre comme si leurs certitudes étaient une sécurité pour nous.
Linas-Marcoussis a établi l’acte de naissance du partage des ressources du pays par les partis politiques. A l’invitation du Président de la République français Jacques Chirac, une table ronde des forces politiques ivoiriennes s’est réunie à Linas-Marcoussis du 15 au 23 janvier 2003. Elle a rassemblé les partis suivants : le FPI, le MFA, le MJP, le MPIGO, le MPCI, le PDCI-RDA, le PIT, le RDR, l’UDCY et l’UDPCI. La table ronde de Linas-Marcoussis a abouti à la formation d’un gouvernement de réconciliation composé de représentants désignés par chacune des délégations ivoiriennes ayant participé à la table ronde.
Après le partage des postes administratifs, les principaux partis politiques se sont retrouvés, au sein d’un cadre permanent de concertation, pour cette fois, décider de l’avenir de la Côte d’Ivoire, avec le président du Burkina Faso. En effet, le cadre permanent de concertation (CPC) regroupait les personnalités suivantes : Compaoré, SORO Guillaume, Henri Konan BEDIE, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara.
Cette caporalisation de notre pays ne s’est pas arrêtée là. Les politiciens se sont également appropriés la Commission Electorale Indépendante (CEI) en violation flagrante de notre constitution. En effet, avant d’être aujourd’hui illégale, la CEI était hier anticonstitutionnelle puisqu’elle est née de textes du contexte politico-militaire. Ce sont ici encore les politiciens qui déchirent, froissent et saucissonnent notre constitution.
Tout ce gâchis est en réalité la mauvaise interprétation que nous faisons de la démocratie. Elle ne se confond pas au multipartisme, elle n’est pas la liberté d’expression non plus. Elle ne s’impose pas, elle ne s’improvise pas également. Au sein même des partis politiques, la démocratie n’est pas pour demain. A quelques exceptions près, tous les partis politiques en Côte d’Ivoire sont dirigés depuis une tour de contrôle. C’est ainsi que se conjugue la politique au sein de la classe politique.

LES IVOIRIENS DOIVENT REFUSER LA TYRANNIE DES POLITICIENS ET PROPOSER UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL

Pour sa gloire personnelle, la classe politique a tourné le dos aux préoccupations des populations, optant pour le partage du pouvoir et des richesses du pays. Les ivoiriens sont fatigués de cette classe politique qui ne pense qu’à elle seule. Pour rétablir l’équilibre politico-social entre les ivoiriens et la classe politique, un changement notable doit être opéré. Cela passera nécessairement par le renouvellement de la classe politique dans notre pays. Pour résoudre cette équation à plusieurs inconnus, il faudra sans doute que les ivoiriens se parlent pour se réconcilier. Car tout le monde ici est coupable à quelque degré, et non pas les politiciens seuls, ni même principalement. Le transfert de culpabilité sur le dos des politiciens n’est pas totalement honnête. Mais comment sortir de l’ornière dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire aujourd’hui ? Que faire pour que les ivoiriens retrouvent la cohésion sociale d’antan ? C’est à l’examen de ces différentes questions que sont consacrées les lignes qui suivent.
Notre réponse consiste essentiellement à proposer aux ivoiriens un Forum Social Républicain (FSR). Il devra rechercher la vérité sur tout ce qui s’est passé dans notre pays depuis le coup d’État de 1999. Pour une partie des ivoiriens, les raisons qui ont poussé une partie du peuple à revendiquer leur droit par les armes n’ont jamais été connues.
Les uns parlent de stratification de l’identité ivoirienne, les autres d’abandon d’une partie du peuple par l’État. Le succès de la réconciliation doit passer par des avancées, certes lentes, mais sûres. La Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) actuelle ne produira pas les résultats escomptés avec ses techniques et méthodes. Il ne sert à rien d’avancer vite si les ivoiriens ne se parlent pas, car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Le FSR que nous proposons, permettra à toutes les couches sociales, aux différentes régions du pays, aux différents partis politiques, à la société civile, bref, à toutes les forces vives de la nation de liquider les contentieux du passé et de proposer un catalogue de mesure allant dans le sens du vivre ensemble. Il permettra de mettre en place un code du vivre ensemble. Nous devons éviter de succomber à l’empressement pour mal dénouer les nœuds. C’est justement après ce forum que des "comités de suivi" ou "comités de paix" pourront avoir une sorte de légitimité et d’efficacité.
Ce sera l’occasion pour les ivoiriens d’aborder tous les sujets sans tabou et sans complexe. Le Forum Social Républicain, que nous proposons n’est pas une foire des comiques politiciens mais un rendez-vous entre les ivoiriens et l’histoire.
La paix est un bien vide dont les effets sont perceptibles dans les comportements des hommes, c’est pourquoi, les mesures adoptées à l’issu de ce forum régiront la vie sociale de la nouvelle côte d’ivoire. C’est ainsi les ivoiriens bâtiront ensemble une Côte d’Ivoire prospère sur les ruines de la division et de la guerre.


Texte proposé par
PRAO Yao Séraphin, analyste politique

Lundi 3 Mars 2014
La Dépêche d'Abidjan



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