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L’amour de la patrie nous commande de refuser la candidature de Ouattara


Après l’accession de la Côte d’Ivoire à la pseudo-indépendance qui en six décennies n’a enrichi que les esclaves de la France et leurs proches, le PDCI ne s’est plus battu pour défendre les intérêts des Ivoiriens. Il est ainsi accusé de mener une opposition de salon, c’est-à-dire de se comporter comme des petits bourgeois qui se contentent de critiquer un régime sanguinaire et autoritaire, un verre de whisky dans la main et un cigare cubain dans la bouche. On lui reproche aussi d’avoir quitté le RHDP, non parce qu’il tolérait de moins en moins la martyrisation du peuple ivoirien par Ouattara, mais parce que ce dernier refusa de le porter au pouvoir en 2020.

Pour toutes ces raisons, certains militants du FPI étaient peu enthousisastes à l’idée d’un rapprochement avec le premier parti politique ivoirien. Il fallut attendre que Gbagbo reçoive Henri Konan Bédié à Bruxelles le 29 juillet 2019 pour que ces militants fassent bon cœur contre mauvaise fortune. Ce médicament amer n’était pas le premier qu’ils durent avaler pour rester en phase avec le chef, si l’on se souvient des accords de Marcoussis (janvier 2003) par lesquels la France “démocratique” forçait Laurent Gbagbo à prendre dans son gouvernement ceux qui avaient attaqué et endeuillé le pays dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 et du décret autorisant Ouattara à prendre part à l’élection présidentielle alors que le juge Tia Koné l’avait recalé en 2000 pour “nationalité douteuse”.

Interrogé, le 22 juillet 2020 par RFI, Jean-Louis Billon répondit que le PDCI affronterait Alassane Ouattara à l'élection présidentielle du 31 octobre 2020 si ce dernier était le choix du RHDP. Il soutint même que son parti l'emporterait haut la main face au RHDP.

Ce qui me choque le plus dans les propos de l'ancien ministre du Commerce, ce n'est ni sa naïveté, ni sa trop grande assurance qui, de mon point de vue, ne repose sur rien mais le fait que son parti, qui avait promis de lutter avec les autres partis pour que les élections de 2020 soient transparentes, justes et équitables, ait déjà pris acte de la candidature d'un homme à qui sa propre constitution ne reconnaît pas ce droit et qui avait annoncé, devant les députés et sénateurs du pays réunis le 5 mars 2020 à Yamoussoukro, qu’il ne se représenterait pas.

Bref, celui qui fut président du conseil régional du Hambol grâce au RDR avant de retourner au PDCI nous aura servi un discours insipide et creux là où on s'attendait à ce qu'il dise haut et fort que l'opposition n'acceptera pas que Ouattara brigue un troisième mandat.

En dépit des faits qui sont reprochés au PDCI, j'ai personnellement souhaité que celui-ci et le FPI se mettent ensemble pour nous débarrasser du poison qu'est Alassane Ouattara et non pour l'accompagner dans une élection truquée et gagnée d'avance par un parti habitué à la triche et à la violence. L’élection du 31 octobre est devenue une obsession pour certains opposants ivoiriens comme s’ils allaient la remporter. Il m’est difficile d’adhérer à une telle obsession et à un tel optimisme. Pourquoi ? D’abord, parce que, si Ouattara fait valoir qu’il protégera les intérêts français mieux que quiconque, la France ne l’empêchera pas de revenir sur sa décision de ne pas se représenter en 2020 ; ensuite, parce que la commission électorale centrale et les commissions électorales locales qu’il a refusé de modifier n’auront pas d’autre choix que de le proclamer vainqueur ; enfin, parce que seul un troisième frauduleux mandat lui permettra de ne pas rendre compte de sa mauvaise gestion et de ses nombreux crimes contre l’humanité. Ce n’est pas une élection entachée de fraude et de violence qui chassera Ouattara du pouvoir mais un soulèvement populaire et il n’est pas nécessaire d’attendre octobre pour cela. La déclaration de sa candidature par Ouattara devrait déclencher une telle désobéissance civile jusqu’à la chute du régime. S’ensuivrait une transition pour vider tous les contentieux, établir de nouvelles règles du jeu politique et préparer la prochaine présidentielle. Pour moi, le PDCI devrait batailler dur pour que le gouvernement fasse droit aux justes revendications de l'opposition. Pour cela, il doit mettre les mains dans le cambouis, aller au charbon, prendre la rue avec les autres Ivoiriens. Sinon, il donnera raison à ceux qui le soupçonnent de vouloir utiliser le FPI pour revenir au pouvoir et de n'être guidé que par ses intérêts.

Quant au FPI, aura-t-il un candidat qui puisse défendre son projet de société ? Si la réponse à cette question est “oui”, à quel moment aura-t-il sa convention pour choisir ce candidat car, d’après les textes du parti, cette tâche incombe à une convention ou à un congrès plutôt qu’à un secrétariat général ? Pour moi, faire de Laurent Gbagbo le candidat unique du FPI comme si, sans lui, le parti devait être bloqué ou disparaître non seulement est une grave erreur mais démontre que la démocratie a cédé le pas au culte de la personnalité au FPI. Et puis, si sa candidature est rejetée pour une raison ou une autre, s’il décline la proposition du secrétariat général ou s’il n’est pas en mesure de rentrer, cela signifierait-il que le FPI n’aura pas de candidat et qu’il devra soutenir celui du PDCI au premier tour ? À mon avis, le parti, qui regorge d’hommes et de femmes compétents et souverainistes, gagnerait à avoir une candidature de rechange. Il a encore le temps d’organiser une convention à laquelle participeraient les deux tendances (Affi N’Guessan et Assoa Adou). Le candidat élu par les militants au cours de cette convention serait endossé par tous. Si cette voie n’est pas suivie, le FPI risque d’avoir deux ou trois candidats en plus de Laurent Gbagbo, ce qui disperserait ses voix et l’empêcherait de gagner. Or, à en croire plusiers analystes, un FPI uni et rangé derrière un seul candidat a des chances de remporter le prochain scrutin. Il est vrai que l’acquittement de Laurent Gbagbo en janvier 2019 a accru sa popularité, que la conscience collective africaine le place désormais au même niveau que les Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Sylvanus Olympio, Um Nyobè, Félix Moumié, Amilcar Cabral, Sankara, Mandela…, qu’il fait plus peur au RHDP que Konan Bédié et qu’un mot d’ordre de sa part mettrait sérieusement en difficulté Ouattara et sa clique mais l’homme désire-t-il vraiment se lancer dans une nouvelle bataille électorale et sa santé lui permet-elle de compétir une nouvelle fois ? N’aspire-t-il pas au repos du guerrier après 40 ans de lutte et d’engagement pour le triomphe de la liberté et de la justice ? Un repos qu’il mettrait à profit pour écrire, donner des conseils et partager son expérience de président dans les universités africaines.

Ce n’est pas leur manquer de respect ou leur faire injure que de dire que Gbagbo, Bédié et Ouattara devraient se tenir loin de l’élection de 2020, bien que la constitution les y autorise. Pourquoi ? Parce que leurs forces physiques et mentales déclinent, parce qu’eux-mêmes ont admis qu’à cet âge (75 ans ou plus) on est diminué, parce qu’ils ont déjà donné au pays ce qu’ils pouvaient donner, parce que la division du pays est arrivée par eux. S’ils décident, malgré tout, de s’affronter à nouveau, 10 ans après la grave crise qu’a connue notre pays, cela voudra dire qu’ils jugent leur épanouissement personnel plus important que la paix et le bien-être des Ivoiriens. Honte à eux s’ils confirment leur participation au scrutin du 31 octobre 2020 ! Honte à eux parce qu’ils n’ont pas préparé la relève comme le firent Senghor (Sénégal) et Nyerere (Tanzanie) ! Honte également à nous parce que nous les avons idolâtrés, parce que nous sommes prompts à justifier toutes leurs paroles et actions, parce que nous avons été incapables de leur dire “non” quand il le fallait, parce que nous leur avons fait croire qu’ils étaient les plus intelligents et que ce serait le chaos ou le déluge s’ils n’étaient plus au pouvoir !

Jean-Claude DJÉRÉKÉ

Mardi 28 Juillet 2020
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