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La Dépêche d'Abidjan

Jacques Vergès : «Gbagbo n’est pas seul contre tous»

A l’âge de 85 ans, Jacques Vergès n’a rien perdu de sa verve provocatrice. Le célèbre avocat, défenseur de Laurent Gbagbo, a reçu 24 heures dans son hôtel particulier, à deux pas de la place Clichy, à Paris.
D’emblée, il montre les procès-verbaux des bureaux de vote pour fournir les preuves des fraudes commises par les partisans d’Alassane Ouattara dans le nord de la Côte d’Ivoire, lors de la dernière élection présidentielle.


Photo :DR
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Lors de cette élection, n’y a-t-il pas eu fraude des deux côtés?

Peut-être, mais dans ce cas, pourquoi Alassane Ouattara n’a-t-il pas porté plainte? On veut donner l’impression que dans le sud, parmi les partisans de Gbagbo, il y a des sauvages. Et que dans le nord, chez les partisans d’Ouattara, tout s’est passé régulièrement. Ces documents prouvent que dans le nord, ça ne s’est pas passé régulièrement. Qu’on ne dise pas que cette élection s’est déroulée de manière globalement démocratique et que sans contestation possible il y a un président élu.

Vous êtes l’avocat de Laurent Gbagbo depuis 2002. Dans quel état d’esprit est-il aujourd’hui?

Je l’ai trouvé très décidé, très combatif. A mon avis, il considère que jusqu’à un nouveau décompte des voix, il a gagné.

Comment êtes-vous devenu son avocat?

Savez-vous qui m’a présenté Laurent Gbagbo? C’est Ouattara. Il m’a pris comme avocat lorsqu’il était en guerre avec Henri Konan Bédié – maintenant Ouattara et Bédié sont alliés – au sujet de l’ivoirité et alors qu’on lui faisait des difficultés pour lui remettre son passeport. Je l’ai rencontré chez Alassane Ouattara, dans sa villa, quand il a invité Gbagbo, son allié à l’époque.

A votre avis, combien de temps Gbagbo peut-il tenir seul contre tous?

Il n’est pas seul contre tous, c’est une vision erronée. En Afrique, il y a des grands pays comme l’Angola, le Ghana et l’Afrique du Sud qui ont pris parti pour lui. Manifestement, un pays comme l’Algérie aussi.

Laurent Gbagbo est-il prêt à la guerre?

Laurent Gbagbo est prêt à recevoir les envahisseurs comme ils doivent être reçus.

Pourquoi est-il devenu un symbole à vos yeux?

Je lui ai dit: «C’est peut-être malgré vous, mais vous êtes un symbole pour l’Afrique, celui d’un homme d’Etat qui dit à l’0ccident: «Je n’obéirai pas.» Le président Nicolas Sarkozy a téléphoné à Laurent Gbagbo pour lui dire: «Vous avez quarante-huit heures pour partir.» C’est insensé, cette époque-là est révolue.


In La tribune de Genève
Mercredi 19 Janvier 2011
La Dépêche d'Abidjan



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