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La Dépêche d'Abidjan

Interview / Eric Diabaté, président du comité de crise des syndicats de chauffeurs grévistes : ‘’Dans la solidarité et la discipline, nous avons fait plier le gouvernement’’

Président du comité de crise des syndicats des acteurs et auxiliaires du Transport (CCAAT), Eric Diakité a été le leader syndical des chauffeurs coopté pour coordonner la grève de protestation contre la hausse du carburant et autres griefs sur le terrain. Dans cette interview qu’il nous a accordée tout juste après la suspension du mot d’ordre de grève, il lève un coin de voile sur l’organisation pratique du mouvement, les négociations avec les autorités ainsi que les raisons de la suspension de la grève. Avec en prime des révélations sur des leaders syndicaux qui travaillent contre la reprise des activités. Interview.


Photo : DR
Photo : DR
Vous venez, il y a juste une heure ( hier) de suspendre le mot d’ordre de grève. Peut-on savoir les raisons qui ont motivé cette décision ?
Effectivement, dans une déclaration publique lue par le porte-parole du comité de crise, mon jeune frère Diabaté Losseni, nous avons décidé ce jour de mettre provisoirement un terme à la grève qui paralyse les activités du transport routier depuis lundi dernier. Avant d’en arriver aux acquis, il est bon de revenir sur les motifs qui ont sous entendu notre mouvement. Nous avons débrayé pour protester en premier lieu contre la hausse du prix du carburant. Pour nous, il était anormal que sur un même territoire qu’on dit réunifié, qu’il y ait deux prix du carburant. D’un côté, on est à 450 F et à ici à Abidjan, on en était à 645 F Cfa. Vous devez vous rappeler que quand le gasoil a été porté ici à 615 F, nous avions rédigé et déposé un préavis de grève. Avant que nous n’exécutions le mot d’ordre de grève, le gouvernement a été dissous par le Président de la République. Vu le contexte de socio politique agité à ce moment, en tant que républicain et patriote, nous avons renoncé à la grève. Et le porte parole du Chef de l’Etat M. Gervais Coulibaly qui avait pris le dossier en main, nous avait promis des solutions concrètes dès la reconstitution du Gouvernement. Mais après, plus rien. Au moment où nous nous attendions à une réduction, grande fut notre surprise d’apprendre que le prix était à nouveau à la hausse. A la pompe, le carburant est passé à 645 F Cfa. Cette augmentation était de trop. Elle a fait déborder le vase. Et sur ce point précis, après cinq jours de lutte et d’âpres négociations, nous avons obtenu du gouvernement la réduction de 30 F Cfa du prix du gasoil actuellement pratiqué à la pompe. Pour un gouvernement qui avait dit, il y a seulement quarante huit heures, qu’il ne pouvait descendre sous la barre de 15 F Cfa, je dois noter que cet acquis est à saisir. Par la lutte dans la solidarité et la discipline, nous avons fait plier le gouvernement.

Vous affichez une mine satisfaite. Mais, certains de vos camarades estiment que cet acquis est insignifiant et ne saurait motiver la suspension de la grève…
Ceux qui le disent sont ceux qui travaillent contre la reprise des activités sur le terrain. Vous savez, quand vous menez un mouvement de masse, il se trouve des meneurs en votre sein qui ont d’autres objectifs. Nous, notre objectif, c’était d’obtenir une baisse significative du prix du carburant. Et 30 F sur le gasoil dans le contexte de crise à la SIR et avec un Etat avec sa force régalienne qui ne voulait pas lâcher du lest, on ne peut pas dire qu’on a rien eu. Mieux, sur les autres points à savoir le conflit de compétences DGTTC et Sonatt et celui Agetu-District d’Abidjan, le permis à trois volets, les papillons non reconnus par la direction générale des impôts (DGI), les visites techniques à la SICTA et les vignettes Transport. Sur ces tous points, nous avons enregistré des acquis majeurs à l’issue des négociations avec les pouvoirs publics. Il a été décidé de supprimer purement et simplement les papillons parallèles que soit au niveau e la police que de la gendarmerie. L’environnement de la visite technique à la SICTA a été quelque peu assaini car nous avons convenu que la Sicta ne fera plus de visite technique conformément à la réglementation en vigueur. Cette structure se contentera désormais de ne délivrer que les documents administratifs et rien de plus. Concernant le permis de conduire à trois volets, nous avons obtenu le principe d’une rallonge de validité jusqu’en 2012. Pour ce qui est des conflits de compétence Agetu-District et Sonatt-Dgttc, il y a eu des avancées. Si sur le premier dossier, les négociations se poursuivent pour aboutir à une solution définitive, sur le second point, nous avons obtenu de l’Etat que la confection des lettres de transport est désormais la prérogative de la Sonatt et non plus de la Dgttc. Voila des acquis majeurs. Même un dossier qui ne concerne pas directement a été résolu. Il s’agit du fond de soutien au développement du transport. Sur ce dossier, le président de la République a pris un décret portant création dudit fonds. On ne peut donc pas dire que nous n’avons rien obtenu.

Mais pourquoi n’avoir pas alors levé le mot d’ordre de grève au lieu de la suspension?
La réponse est toute simple : nous ne sommes pas entièrement satisfaits. C’est pourquoi les négociations se poursuivent sur les dossiers en suspens. Et puis, il faut savoir que la décision est prise par tous les délégués qui siègent au sein du comité de crise. Ce comité est composé de deux délégués par fédération de syndicats de chauffeurs. Et chaque délégué a son mot à dire. Nous sommes passés au vote et la majorité a décidé de la suspension de la grève jusqu’à nouvel ordre. Et c’est cet appel que nous avons autorisé notre jeune frère Losseni Diabaté à lire à la télévision. Et il faut savoir que nous sommes des Ivoiriens et nous vivons au quotidien les difficultés de notre pays. Moi j’estime qu’un vrai syndicaliste est un républicain, un patriote. C’est cela qui m’a amené à peser de tout mon poids pour que, tenant compte des acquis majeurs sus mentionnés, qu’on recule quelque peu.

Des rumeurs faisant état d’une séquestration pour amener vos camarades délégués à arrêter le mouvement, ont circulé. Qu’en est-il ?
Ce sont des allégations qui ont été balancés par ceux qui sont sur le terrain actuellement pour dire aux camarades de ne pas reprendre le service. Je n’ai jamais été séquestré. Mieux, je n’ai jamais été inquiété parce que tout simplement c’est une cause patriotique que j’ai pilotée sur le terrain. Sans cette action citoyenne et civilisé, les transporteurs allaient augmenter le prix du transport. Eux ils sont assis ou couchés chez eux à la maison et attendent la recette mais ne savent pas au prix de combien de sacrifices nous ramenons la recette journalière. Ce n’est un secret pour personne, l’augmentation du transport a un effet d’entrainement sur des biens, services et produits. Notre mouvement a permis au bout d’éviter une augmentation des prix de transport. Nos patrons étaient dans cette disposition d’esprit. C’est pourquoi ils ont soufflé entre le chaud et le froid pendant la grève sans donner leur véritable position. Ce n’est pas le président Laurent Gbagbo lui-même syndicaliste dans l’âme et socialiste convaincu qui va autoriser qu’on me séquestre pour m’être porté à la tête d’une manifestation. Si c’était un autre pouvoir, je ne serais même pas actuellement en liberté et m’autoriser à vous accorder (non pas en cachette) une interview. Le président Gbagbo n’est pas intervenu négativement dans cette grève. Il avait des informations du terrain de la part de son porte parole M. Gervais Coulibaly qui est pour nous le ministre des chauffeurs. A n’importe quelle heure, dès qu’il est saisi, il est disponible pour les chauffeurs. Lui, il ne peut pas être là et on va séquestrer le leader d’une grève pacifique. Et je profite au passage pour le remercier pour son activisme à nos côtés qui a permis de débloquer certains dossiers.

La reprise pour l’heure n’est pas totale. Pouvez-vous rassurer les populations que tout va rentrer dans l’ordre aujourd’hui samedi ?
Oui, il n’y a pas de problème. Les activités vont reprendre totalement aujourd’hui. Tous les chauffeurs n’ont pas actuellement repris tout simplement parce que les patrons ont les clés des véhicules et le chauffeur actuellement ne peut pas faire une recette conséquente. Sinon en dépit des actions de sabotage menées par des camarades aux ordres, le transport reprend bel et bien aujourd’hui.
Samedi 17 Avril 2010
La Dépêche d'Abidjan



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