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AMOBÉ MÉVÉGUÉ : «Il est normal qu’en tant qu’Africain, je porte un nom qui renvoie à mes ancêtres. Je suis donc devenu Amobé en réponse à un appel, c’était une construction identitaire indispensable pour être en paix avec moi-même.»
AMOBÉ MÉVÉGUÉ : «Il est normal qu’en tant qu’Africain, je porte un nom qui renvoie à mes ancêtres. Je suis donc devenu Amobé en réponse à un appel, c’était une construction identitaire indispensable pour être en paix avec moi-même.»
Nous pouvons retourner à nos noms cent pour cent africains et demeurer modernes. Oui !

Faisant partie de la jeunesse des premières années d’indépendance, je reconnais avoir aussi activé le mouvement d’acculturation de mon pays. Hé ! Revenir de mes errements ne m’absout pas en entier. Tous mes camarades de génération ne liront pas sûrement cet article. Mais je dois être honnête et reconnaître que j’ai aussi porté les pantalons serrés, courts, laissant voir les chaussettes en entier. J’ai aussi adoré les chemises cintrées à m’empêcher de respirer. Que dire des « Gros Bas », ces pantalons aux bas bouffants ? Je les adorais. J’en portais des trente-cinq sous un corps frêle. Je regrette aujourd’hui mes colères contre Touré, mon tailleur. Il ne devait jamais diminuer la taille de mes bas ou ne pas cintrer ma chemise à la manière d’un justaucorps.

C’était la mode. Mais aussi une facette de la fascination sur le plan vestimentaire. Allons maintenant vers les noms, notre seul prestige. Notre seul trésor que nous aurions dû défendre avec intelligence et préserver jalousement. Comment cette génération dont je suis issu, a-t-elle intensifié le mouvement de la perte de nos noms ? Je vais y aller de ma gymnastique, moi l’enfant du village, témoin des débuts ravageurs de la vie occidentale sur nos cultures.

Comme dans toutes les sociétés, on nommait les enfants dans mon village en ayant en tête la volonté de perpétuer l’existence des noms de la famille, du village et du groupe ethnique. Les personnes âgées, à travers leurs jeunes homonymes, se sentaient rassurés de la survie de leur mémoire. Et la façon dont ces adultes adulaient leurs petits remplaçants montrait l’importance, le sens et la beauté d’une tradition propre aux sociétés conscientes de leurs cultures. Même les blancs le font encore. Ils ne viennent pas chercher les noms en Afrique. Que l’on me prouve que c’est faux. Ce sont eux qui au contraire nous fascinent avec leurs noms. Bon, avançons.

Me concernant, l’homme dont on m’avait donné le nom était un célibataire sans enfant à cause de la maladie qui l’a miné toute sa vie. Il était lépreux. Imaginez alors sa joie d’avoir son nom survivre à travers moi, surtout qu’il était le seul à le porter dans les trois villages de notre tribu. Je me rappelle encore son sourire empreint de fierté quand nous nous rencontrions à un endroit du village. Ce sentiment était fort en tout adulte qu’il fût Niaboua, Ahizi, Koyaka, Koulango ou autre. Quoi de plus génial pour la survie de l’identité culturelle d’une race ?

Dans nos sociétés, les parents, bien sûr, n’exposaient pas leur volonté de préserver les noms locaux face à l’influence des noms étrangers. Ils l’exprimaient simplement à travers l’action. Par exemple, devant un agent de l’Etat Civil ou un maître d’école, le parent donnait le nom de son enfant sans un prénom français. D’ailleurs il n’en maîtrisait aucun, tant il ne s’y sentait pas attaché sur le plan culturel.

« Aka Akré, Groguhé Séri, Konan Bohoussou, Yao Akissi, Goré Lou Tina, Sié Palé, Lougbo Dréhounou Datchélé… » Voici comment nos parents nous inscrivaient sur les registres officiels. Et leurs propres noms venaient toujours en tête, ce qui était et reste divin pour les africains. C’était ainsi, même malgré leurs propres prénoms français acceptés pour la plupart malgré eux. Mais ils montraient leur lutte à travers nos prénoms non masqués. Donc leur ignorance est plus pardonnable que la nôtre, nous qui sommes allés à l’école, avons étudié les cultures millénaires du monde…

Oui, nous aussi qui sommes arrivés pendant nos années de soi-disant indépendance.

D’abord nous avions remplacé en force le seul écrivain public du village. Par notre faute l’homme avait perdu son prestige d’antan. Nous étions devenus le « petit commis » de notre famille qui s’en réjouissait aussi, le contenu de ses enveloppes devenu ainsi secret. Mais pas tout à fait satisfaits de notre privilège, nous nous étions désignés assistants pour le baptême des nouveau-nés du village. Je nous revois encore, inconscients, chercher un calendrier dans les rares maisons à en posséder un au mur. Et nous choisissions souvent un nom correspondant à la date de naissance de l’enfant. Nous devrions agir exactement comme les blancs, nos idoles dont nous cherchions à devenir la copie conforme.

Nos parents n’avaient pas le temps de nous contrôler dans ce mouvement. Ils étaient préoccupés par nos frais de tenues scolaires et de voyage en retournant à l’école, ou notre petit argent de poche. Nous exacerbions alors à notre guise la situation de rejet de nos noms et prénoms. Piqués par le virus du modernisme, nous nous présentions avec des noms fantaisistes devant le respectable agent secondaire de l’Etat Civil des trois villages de la tribu. Pauvre Blé Kanon Bada Zorégui ! Paix à ton âme. Face à ton étonnement de ne pas parfois voir de prénom traditionnel pour le nouveau-né, nous t’opposions notre fierté de nouveaux petits blancs avec notre peau toute noire. Tes questions et tes remarques judicieuses recevaient comme seule réponse, notre hautain : « Papa, écris ce nom-là seulement et c’est tout ». Pardonne-nous de toute ton âme à partir de ta demeure.

Rien ne pouvait freiner notre envie d’être des français à part entière à partir de nos villages. L’indépendance n’était pas pour nous ni pour notre conscience vis-à-vis de notre identité culturelle. Oui, la mode c’était d’avoir un prénom français sur l’acte de naissance, et un surnom sonnant anglais, portugais, espagnol, italien, etc. Nous les choisissions à partir des photoromans, de notre magazine Salut Les Copains dont les pages étaient collées aux murs en banco de nos cases. Ah ! Que ces images-là nous transportaient loin dans le monde rêvé des yéyés, des hippies, des Black Panthers ! Ainsi la fascination avait commencé à grandir. L’enterrement des prénoms africains évoluait en vitesse.

Puis la politique, meilleure preuve de réussite sociale en Afrique, a apporté un effet plus dévastateur à ce mouvement. Cela par la copie des noms des hommes politiques. En Côte d’Ivoire, De Gaulle, Bokassa, Mobutu, Giscard, Bongo ont mis à la mode des prénoms étrangers comme Charles, Jean-Bédel, Joseph-Désiré, Valérie et Albert-Bernard. Quoi de plus beau que de voir son enfant porter le même nom qu’un président de la république ! Je revois encore mon oncle Goh Zahi Gboguimê, marcher l’épaule gauche penchée à toucher le sol, « le malin » de l’époque, quoi ! Cela parce qu’il s’appelait Félix comme Houphouët Boigny. Et son père Zahi Goh l’encourageait sans retenue.

Tant pis si Houphouët préférait son nom Baoulé Boigny. Tant pis si Bokassa était né sans un prénom français avant de prendre Jean-Bédel à partir de son idole française, l’auteur d’un livre de grammaire. Fascination d’un futur empereur qui fascina des Africains ! Tant pis si Mobutu était par la suite devenu conscient de la beauté du nom africain et de sa réhabilitation. Les Zaïrois n’avaient qu’à le suivre seul dans sa rétrogradation identitaire. Mais nous, en Côte d’Ivoire, n’avions le temps de donner des noms uniquement de chez nous à nos enfants. Nous étions déjà des mordus enracinés des prénoms français.

La bêtise était consommée. Notre position ou esprit « Devandougou » avec les noms français s’exprimait grandement. Ceci à travers les appellations…dithyrambiques (pardonnez-moi l’usage de ce mot, il me déplaît moi-même) de nos hommes politiques par notre reporter attitré, lui-même précédé de son prénom français. Dans mes débuts d’adorateur des noms africains et principalement ivoiriens, c’était l’unique faute que je reprochais à l’émérite commentateur des épisodes kilométriques « houphouétiques ». Pardonnez-moi les séquelles du parti unique, je voulais dire les reportages sur les activités présidentielles. Le journaliste nous gavait des noms de nos ministres ivoiriens, en mettant en avant les Maurice, Denis, Jean-Baptiste, Auguste, Alexis, etc. Toute une gamme riche et douce à entendre. Mais surtout dans un ordre tout à fait contraire à la présentation de nos actes de naissance.

Ne me demandez pas si je n’avais pas rêvé d’être nommé ministre ou PDG quelque part, pour parachever l’œuvre dont j’avais collaboré à la progression. J’avais souhaité que mon oncle Maurice Séri Gnoléba, que j’approchais rarement, m’appelle lui-même et me dise : « mon petit, laisse un peu la craie et viens prendre ma place. Tu n’auras plus besoin, ni de renier ton nom français, ni de le cacher. » Mais le remords de mon action contre nos jolis prénoms africains dominait mon rêve humoristique. Je regrette mon action contre l’amour du nom Bété même si elle est limitée dans le temps. Oui, je le regrette. Grandement. Sûrement que des frères et des sœurs des autres ethnies ont le même remords.

Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla
likneyb2@ hotmail.com



Dimanche 16 Décembre 2012
La Dépêche d'Abidjan



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