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La Dépêche d'Abidjan

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Hommage - Jean-Marie Adiaffi, 13 ans après !

Jean-Marie Adiaffi nous a quittés le 15 novembre 1999. Grand prix littéraire d’Afrique noire en 1981, Jean-Marie Adiaffi nous a laissé une bibliographie riche d’une dizaine d’œuvres dont «La carte d’identité», «Silence, on développe», «Les naufragés de l’intelligence». Retour sur l’un des meilleurs porte-voix de la littérature ivoirienne, voire africaine.


LE 15 NOVEMBRE 1999, le soleil était à mi-parcours de sa course quotidienne quand Jean-Marie Adiaffi nous quittait dans un silence assourdissant. La mort venait de se saisir d’une immense proie, laissant le monde des lettres sans voix. Né en 1941 à Bettié dans la région d’Abengourou, Adiaffi se destinait initialement au cinéma. C’est après ses études à l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques à Paris qu’il change brusquement de voie pour se consacrer à l’écriture et à la réflexion. Il obtient une licence de philosophie à la Sorbonne à Paris et retourne en Côte d’Ivoire pour enseigner et écrire. Sa carrière d’écrivain commence en 1968 avec un texte poétique intitulé Yalê-sounan (le souffre-douleur). Puis, en 1980, il sort D’éclairs et de foudre : chant de braise pour une liberté en flammes. Un poème qui s’enchaîne tel un interminable voyage initiatique dans une écriture neuve et fulgurante. Ecrivain à la fois vigoureux et au long souffle, Adiaffi savait aussi manier l’humour avec saveur. Ce qui a apporté une grande fraîcheur dans ses œuvres. En effet, Adiaffi savait nous faire sourire tout en nous amenant à prendre con- science de la tragédie qui nous as- saille, celle de l’Afrique à la recherche de son âme et empêtrée dans un comportement infantile.
EN 1981, la plume de Jean-Marie Adiaffi est couronnée par le Grand prix littéraire d’Afrique noire avec son roman ‘‘La carte d’identité’’. Les codes culturels auxquels ren- voie ce roman sont fortement en- racinés dans la tradition Akan. La semaine sacrée Akan, pendant laquelle se déroule la «passion» de Mélédouman (je n’ai pas de nom), le vieil homme rendu aveu- gle par la bêtise coloniale et guidé par sa fillette en est une parfaite illustration. Ce qui frappe le plus chez Adiaffi, c'est son écriture. Une écriture en liberté dans une dé- marche littéraire «n’zassa». Un genre de mélanges de tous les gen- res. En effet, l'écriture d'Adiaffi est marquée par un débordement qui charrie tout ce qui «grouille et fourmille». Telle une crue torrentielle, elle poursuit son cours tumultueux où idées, émotions, rires et larmes foisonnent et s’entre- choquent. Cette écriture n’est pas seulement et simplement une écri- ture. C’est un cri, plutôt une alarme sonore pour réveiller cette Afrique encore endormie. A l’instar de Zakwato, l’oiseau mythique du poète néo-oraliste Azo Vauguy, Adiaffi voulait que les Africains s’ arrachent les paupières pour ne plus jamais avoir à fermer l’œil.
SI JEAN-MARIE ADIAFFI était très populaire, c’est aussi à cause de ses prises de positions poli- tiques. Il se présentait comme un militant de la gauche révolutionnaire. «Le griot de la gauche», aimait-il à dire. C’est ainsi qu’on n’a pas été surpris de le voir aux côtés de Thomas Sankara au moment de la révolution burkinabé. L’écrivain refusait de garder le si- lence face aux nouveaux enjeux politiques. Adiaffi avait une autre passion : le Bossonisme (le culte aux bossons, génies en langue agni). Avant lui, aucun intellectuel Africain n’avait eu le courage d’oser se proclamer bossoniste (ani- miste). Pour l’écrivain, le bosson- isme est une religion qui a pour berceau natal l'Afrique, une réli- gion qui explique la création des peuples, de leur art, de leur culture, de leur civilisation grâce aux mythes d'origine, cosmogoniques et religieux qui leur sont liés. Adi- affi avait surtout à cœur de re- donner à cette religion tradition- nelle africaine sa place dans l’Afrique moderne. Et de donner des pistes de lecture qui permettent aux occidentaux et même aux Africains de ne plus chercher à comprendre le Bossonisme à la lumière de la Bible ou du Coran. Ce qui relève purement et simple- ment d’une absurdité. Pour bien comprendre cette foi dans la réalité africaine, il est indispensable de donner la vision du monde de la réligion des Bossons qui la justifie. Par exemple, une perception plus juste des religions africaines passe par l’utilisation des concepts qui leur sont propres. La solution de facilité à longtemps consisté simple- ment à réutiliser les termes du monde occidental à leur propos, par exemple Dieu, âme, esprit, diable, sorcier, génie, prêtresse, monastère, etc. C’est de toute évidence, l’une des sources les plus insidieuses des confusions entretenues jusqu’à aujourd’hui et qui font obstacle à la connaissance exacte de cette spiritualité. Dieu est Dieu, mais chaque religion a sa façon de le concevoir, de l’adorer, de le nommer. La dénomination de Dieu n’est pas fortuite. Elle fait partie intégrante de la doctrine et des rites de chaque religion. Ainsi, les juifs adorent Yahvé, les musulmans Allah, et les Bossonistes Gnamien Kpli, Lago, Zeu, etc.
13 APRÈS SA DISPARITION, Jean- Marie Adiaffi reste plus que jamais vivant dans les esprits. Et en ce qui concerne le bonssonisme, il a mené une grande bataille qu’il est loin d’avoir perdu. On peut même dire sans risque de se tromper qu’il a gagné au moins la bataille terminologique. Aujourd’hui, les termes comian, bossonisme ont remplacé ceux de féticheur et de fétichisme dans l’usage courant.

Serge Grah Journaliste-Ecrivain
Samedi 17 Novembre 2012
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