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Guillaume Soro sur France 24 : “Les FRCI ont réagi en légitime défense”

En visite privée en France, Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, était l’invité de l’Entretien de France 24. Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.


Guillaume Soro sur France 24 : “Les FRCI ont réagi en légitime défense”
Q : Il y a à votre encontre des soupçons qu’on peut qualifier de commanditaire de crimes de guerre. Est-ce qu’aujourd’hui, vous êtes en parfaite sérénité ? La Cour pénale n’a encore lancé contre vous. Aucun mandat. Est-ce que vous êtes en parfaite sérénité avec ce dossier ?

Guillaume Soro : D’abord, je suis surpris qu’on dise qu’il y ait des soupçons. Je veux simplement vous donnez deux éléments. Le premier, c’est que la Cour pénale internationale ne s’hasarderait pas a invité une personnalité à sa tribune à New-York, officiellement, s’il y a avait même le moindre début de soupçon sur cette personnalité. La deuxième chose, j’ai été Premier ministre, j’ai organisé les élections dans mon pays avec la Commission électorale indépendante, j’ai dirigé en tant que Premier ministre, ministre de la Défense, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire qui ont agi de concert avec la communauté internationale. Je dis bien la communauté internationale, en légitime défense, quand le 28 décembre 2010, M. Laurent Gbagbo a décidé de s’accrocher au pouvoir et de livrer la population ivoirienne aux tueries de ses miliciens.

Q : En ce qui concerne justement la réconciliation, en Côte d’Ivoire, pour vous, est-elle suffisante ou est-ce qu’il y un clivage, une fracture entre les partisans de Laurent Gbagbo et ceux du Président actuel ?

GS : sur cette question, il faut simplement savoir que la réconciliation est une quête permanente pour tout Etat. Dix ans après au Rwanda, on est encore en train de parler de réconciliation. Vingt ans après, en Afrique du Sud, on continue de parler de réconciliation. N’imaginez donc pas que la réconciliation va finir en Côte d’Ivoire comme par coup de baguette magique. Ceci dit, nous avons doté la Côte d’ivoire d’un instrument pour faire sa réconciliation. Il y a une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation qui existe, calquée sur le modèle de l’Afrique du Sud qui travaille. Nous avons dû faire des élections législatives sur l’ensemble du territoire, aucune portion de notre territoire n’a été exempt d’élection. C’est déjà dire que la réconciliation fait son chemin dans notre pays.

Q : Dans ce cas-là, comment expliquez-vous qu’il y ait autant d’animation, autant de sensibilité sur le fait que vous ayez accédé au pouvoir à partir des armes et que monsieur Ouattara a également acquis le pouvoir sur un coup de force ?

GS : Vous savez, il faut bien faire la différence entre la propagande politicienne menée par les pontes de l’ancien régime et les faits. Les faits en Côte d’Ivoire, c’est que depuis 2002, stationnent en Côte d’Ivoire des forces internationales, des Nations unies qu’on appelle ONUCI qui a une division électorale. Savez-vous, très peu de pays en Afrique peuvent se targuer d’avoir bénéficié d’un processus électoral validé de bout à bout par les Nations unies. L’élection de M. Ouattara est ointe par le sceau de la certification des Nations unies. Ça, ce n’est pas rien. C’est une première en Afrique. Ceci dit, M. Ouattara a été élu démocratiquement, en toute transparence. Le problème qu’il y a eu en Côte d’Ivoire, c’est que le mauvais perdant a refusé de céder le fauteuil. Heureusement, M. Wade l’a fait au Sénégal, ça c’est bien passé. Mais Gbagbo a refusé et cela a occasionné une crise postélectorale.

Q : Vous qui étiez Premier ministre de Laurent Gbagbo, comment faisiez-vous pour cohabiter avec un homme dont vous ne partagez absolument pas les points de vue ?

GS : Non, j’avais une feuille de route basée sur l’Accord politique de Ouagadougou. Le pouvoir était régi par cet accord. Mon seul objectif était d’organiser une élection transparente et démocratique. Evidement, notre collaboration n’est pas allée sans des hauts et des bas. Mais, j’ai toujours gardé mon calme et le cap, pour moi, c’était une élection transparente, démocratique, validée par les Nations unies.

Q : Ici vous êtes en France, vous avez vu et rencontré le nouveau président de l’Assemblée nationale, M. Claude Bartolone, quel rapport avez pu établir d’emblée avec le nouveau pouvoir français, quand on sait qu’autrefois, il était plutôt opposé à vous et en faveur de M. Laurent Gbagbo?

GS : Je pense qu’il y a deux choses. La première, les Etats ont des rapports impersonnels, peu importe les hommes qui animent ces instituions. La Côte d’Ivoire continuera d’avoir des relations privilégiées avec la France. La deuxième chose, la Côte d’Ivoire continue d’avoir pour partenaire commercial la France. La plus grande communauté française en Afrique de l’Ouest se trouve en Côte d’Ivoire. Nécessairement, nous sommes amenés à développer des relations fortes. Je suis en visite privée en France, j’ai demandé à voir mon homologue, président de l’Assemblée nationale française. Il m’a reçu. Je dois dire que l’entretien était plutôt chaleureux. J’ai été impressionné par M. Claude Bartolone qui connait très bien la question en Côte d’Ivoire. C’était un vrai régal de partager avec lui l’information de l’actualité politique de mon pays.

Q : Vous voyez-vous déjà président de la République de Côte d’Ivoire ?

GS : Je suis de ceux qui considèrent qu’il faut garder la modestie et avoir la tête sur les épaules. Ce n’est pas parce que j’ai reçu la primature pendant cinq ans, que j’ai été élu président de l’Assemblée nationale, que forcement je dois devenir président de la République de Côte d’Ivoire. Ce qui m’importe, en l’état actuel des choses, c’est de réussir la mission pour laquelle le peuple de Côte d’Ivoire m’a investi.

Q : L’Assemblée nationale contrairement à la primature à une influence sur l’exécutive beaucoup plus grande ?

GS : Absolument. Disons que premièrement, ça faisait cinq ans que j’étais Premier ministre. Vous savez, ce n’est pas une tâche si aisée. Deuxièmement, il y avait eu un accord politique entre M. Alassane Ouattara, le président de la République et M. Bédié qui indiquait qu’à l’issue de l’élection, le poste de Premier ministre revienne au PDCI RDA. En homme d’honneur, le président de la République a tenu sa promesse.

Q : Sur la remise en route de l’économie ivoirienne, les choses vont-elles assez vite selon vous ou bien, est-ce qu’elles trainent ?

GS : Je pense que c’est même une performance. Je peux vous le dire. Quand nous avons pris le pouvoir en avril 2011, le FMI et la banque mondiale tablaient sur une décroissance économique de -5% en Côte d’Ivoire. D’autres parlaient de -7%. Nous avons fini autour de 3 ou 4%. Cette année 2012, les projections en termes de croissance tournent autour de 8%. Je pense que c’est une performance. Je pense aussi que c’est dû au crédit et à la crédibilité du président de la République, mais aussi à son gouvernement qui fait un travail formidable. Mieux, il y a eu une bonne nouvelle pour la Côte d’Ivoire. C’est l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE. C’est une initiative qui avait été lancée autour des années 94-95 par la Banque mondiale pour alléger la dette des pays pauvres et surendettés. Aujourd’hui, nous avons atteint le point d’achèvement, ce qui veut dire tout simplement que sur les 6000 milliards de dette de la Côte d’Ivoire, nous avons assisté à l’allégement de quelques 4000 milliards. Ce qui donne beaucoup d’aisance au gouvernement pour investir dans le social et relancer l’économie.

Q : Comment, pour terminer, se porte la presse en Côte d’Ivoire. On la trouve toujours polarisée. Soit elle est avec vous ou elle est pro-Gbagbo. Y a-t-il cette dichotomie toujours aussi forte au sein de la presse ?

GS : Oui, nous le regrettons du reste. Mais en même temps, je suis profondément convaincu que la démocratie, l’Etat de droit finiront par l’emporter sur les extrémismes que nous constatons au niveau de la presse. Vous savez, notre pays fait son entrée dans la démocratie. Ce n’est pas encore totalement enraciné. La presse a encore beaucoup à apprendre. Les journalistes ont encore beaucoup à apprendre de la déontologie. J’espère que les mécanismes vont être huilés et qu’on assistera à une presse bien organisée.

Recueillis sur France 24 par Thiery Latt in LE PATRIOTE]b
Vendredi 6 Juillet 2012
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