Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La Dépêche d'Abidjan

LA LIBERTÉ D'INFORMER









Guillaume Soro à Gagnoa : Les contradictions d'une traversée du désert


Guillaume Soro à Gagnoa : Les contradictions d'une traversée du désert
Soro est allé à Gagnoa, région d’origine de Laurent Gbagbo. Il a organisé dans ce contexte une polémique médiatiquement factice. Il faut plutôt retenir que devant ce qui est en réalité une fuite en avant, c’est la lutte pacifique et démocratique des résistants ivoiriens qui commence à payer. Nous nous sommes battus. Et nous devons continuer farouchement la lutte. Car seule la lutte paie. Rien ne nous sera concédé "pour nos beaux yeux". J'ai vu des images du séjour de Soro à Gagnoa. J'ai éprouvé de la pitié pour mon pays. J'ai eu encore très mal quand cela m'a rappelé que les Occidentaux veulent continuer de nous rabaisser, de nous humilier, de nous apprivoiser (en un mot de nous anéantir) en nous imposant une telle classe d'hommes  et de femmes politiques – sans tenue, ni scrupule –, à la tête de nos Etats.

D’une part, pourquoi nous imposer des gens d’aucune moralité ? Pourquoi nous imposer des barbares ? Chez les Occidentaux, cela se voit rarement - on pourrait dire, cela ne s'est jamais vu - que le premier "emploi" d'un citoyen soit le poste de ministre. Ce n’est pas seulement cet aspect des choses qui est en cause ; c’est aussi le niveau d’études ou de formation de nombre de ceux qui dirigent le pays – dans la haute administration, dans des institutions, … – ; même si dans certains cas, le niveau d’études ne peut pas être un critère limitant (à condition dans cette mesure d’accepter d’apprendre). Chez nous, les Occidentaux trouvent tout normal. Guillaume Soro, par les armes a eu une ascension exceptionnelle, jusqu'à être premier ministre et aujourd'hui président de notre Assemblée Nationale. Ce n'est pas normal. Car nos jeunes doivent comprendre et intégrer que l'ascension sociale s'obtient par des efforts et par le mérite.

D’autre part, parce qu'il manque de jugeote, Soro a cultivé la défiance - à l'endroit de ceux qui ont encore du bon sens en Côte d'Ivoire et dans le monde ; et ils sont les plus nombreux par rapport aux obligés de Soro - sur son voyage à Gagnoa. C'est plutôt pathétique. Il demande "pardon", nous dit-il ? L'homme peut changer. Il est donc peut-être de bonne foi. Mais le pardon ne serait-il pas plus à propos, quand ils ont raté leur tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002 ? Ou du moins, n'auraient-ils pas trouvé une formule pour organiser les demandes de pardon après l'arrestation du président Gbagbo. On pourrait être tenté de répondre que dans ce cas là, les plaies étaient encore très béantes. Mais l'appel à l'apaisement – en prévoyant un dispositif d’accompagnement – n'est-il pas un art à pratiquer par celui qui a pris le dessus même par la voie que nous connaissons ?

Aujourd’hui, le rapport de force arrache "pardon" de la bouche de Soro. Il prononce le mot plusieurs fois. Est-ce pour dire qu'il y croit ou c'est simplement de la communication. A regarder le parcours de ce garçon : sa propension aigüe et son inclination indescriptible à la roublardise, l’économie de questions même des plus osées ne s’imposerait pas. Ces gens-là pensent qu'il fallait d'abord tuer, violer, découper des victimes à la machette … pour montrer qu'ils avaient vraiment le dessus - avec l'aide de la Communauté internationale -. La cruauté, la barbarie, la chasse à l'homme "pro-Gbagbo", les arrestations arbitraires et actes de tortures - qu'ils filmaient eux-mêmes - montrent combien ils étaient convaincus de leur impunité. Que le monde est ingrat ! Que le monde est faux ! L'on a voulu nier la tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002, comme origine plus aigüe - après le 24 décembre 1999 - de la crise ivoirienne pour dater celle-ci à partir des élections de novembre 2010. Cette falsification de l'histoire et cette imposture même soutenues par les médias des plus puissants au monde, en termes de propagande n'ont pas eu raison des Ivoiriens et des démocrates d'horizons divers qui se battent à leurs côtés.

Pour la reconstruction de notre pays et le besoin d’abréger les souffrances des populations, la revanche est inutile. Cela est tellement vrai que dans la culture que nous entretenons dans le sillage de Laurent Gbagbo, nous avons toujours mis le rassemblement en avant, comme boussole. « La transition pacifique à la démocratie » a inspiré le slogan « asseyons-nous pour discuter ». C’est la raison pour laquelle, même convaincu de sa victoire, Laurent Gbagbo a demandé le recomptage des voix. Mais devant l’autisme d’une « race » de politiques arrogants, « le temps » qui « est l’autre nom de Dieu » a fini par opérer un reclassement dans le paysage socio-politique de la Côte d’Ivoire.
Guillaume Soro et Hamed Bakayoko sont tellement satisfaits d’eux-mêmes qu’ils s’activent à une compétition à la succession de Ouattara. On nous sort du chapeau une loi sur « l’apatridie ». Le Rdr et certains de ses alliés du RHDP sont tellement convaincus qu’ils peuvent faire dans ce pays ce qu’ils veulent, qu’ils perdent la conscience – si tant est qu’ils en ont déjà eu une  – que toutes les questions de cette nature nécessite un consensus national. En fait, dans l’élan tactique et calculateur de faire du bétail électoral, la raison n’a pas été au rendez-vous sur cette question fondamentale pour la cohésion de la Côte d’Ivoire.

Dans cette adresse, ce qu’il faut retenir de ce qui précède, est que la sérénité n’est pas dans le camp des artisans de la conservation de l’ordre ancien. Mais la lutte que nous sommes maintenant invités à organiser de façon plus méthodique, continuera à renforcer les éclaircies qui pointent grâce à notre combat. Nous devons davantage nous mobiliser pour densifier nos revendications du jeu démocratique. Tous les partisans de la démocratie ne doivent donc pas se laisser abuser par tout ce qui relèvera de la diversion. Soro, en tant que président de l’Assemblée Nationale doit inspirer ses amis à intégrer que la Côte d’Ivoire appartient à tous les Ivoiriens ; et donc changer absolument de comportement. Par ailleurs, si on veut suivre le fond de la rhétorique de Soro sur l’exclusion, on doit lui demander si « l’exclusion ne doit pas exclure l’exclusion ? ». Tout en restant ouvert à tout ce qui pourra apparaître comme actes viables pour la reconstruction de notre pays, la vigilance des progressistes devra l’emporter sur des tentations évidentes dans cette ère de vulnérabilité où tous les piliers pouvant soutenir le socle d’un bien-être des populations, ont été mis à terre. Il faut rester déterminer pour travailler à ramener nos frères du RHDP sur terre. Ouattara n’a plus le choix aujourd’hui. Qu’il libère tous les prisonniers ! Que L’illustre geôlier de Scheveningen recouvre la liberté. La Côte d’Ivoire n’en pourra que reprendre son souffle. Et les investisseurs ne pourront que mieux s’en porter. C’est dans tous les cas la Côte d’Ivoire qui aura pris le dessus.

Dr Claude KOUDOU
Analyste politique
Enseignant-Ecrivain 
Directeur de la Collection « Afrique Liberté » chez les Editions L’Harmattan 
Président de CPDA « Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique »


 
 
 
 
 
Mardi 27 Août 2013
La Dépêche d'Abidjan



Tribune
Notez

Nouveau commentaire :
Twitter

Conditions d'utilisation
Merci d'écrire dans un langage correct et d'éviter des affirmations sans preuves.




Actualité | Opinion | Contributions | Vidéos | Zouglou Feeling | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite



"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

La Dépêche d'Abidjan | 18/05/2018 | 2582 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 12/12/2017 | 3280 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 11/07/2017 | 2154 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 27/04/2016 | 5360 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 24/10/2015 | 51002 vues
33333  (36 votes) | 14 Commentaires
La Dépêche d'Abidjan | 12/05/2015 | 3530 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 04/01/2015 | 5742 vues
00000  (0 vote) | 3 Commentaires