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Financement occulte des partis politiques en Côte d'Ivoire


Financement occulte des partis politiques en Côte d'Ivoire

Il y a nécessité de contribuer à la résolution de la crise sociopolitique survenue le 19 septembre 2002, par la participation à un gouvernement de réconciliation nationale, issu des accords de Linas- Marcoussis signés le 24 janvier 2003 en France. Ainsi se justifie la présence d’une partie de l’opposition ivoirienne signataire desdits Accords au sein du gouvernement. La logique d’une politique sérieuse aurait voulu que cette opposition, participant au gouvernement, renonce à sa posture d’opposition pour revendiquer toutes les actions gouvernementales, tout en assumant sa part de responsabilité dans sa cogestion des affaires de la République. Cela n’a pas été le cas. Elle continue de conserver bruyamment sa posture d’opposition. Ce paradoxe d’une opposition qui gouverne ne pouvait que pour le moins paraître surprenant et même choquant pour l’éthique politique. Notre analyse de ce phénomène politique inouï et incongru nous a permis de comprendre que ces partis d’opposition solidement attachés au gouvernement n’avaient qu’un seul objectif : se servir, au détriment de la république, en pillant les budgets ministériels dont ils ont la gestion. Ce vol, savamment planifié et organisé des deniers publics par cette « opposition » gouvernante, vient d’être confirmé par cet ex-responsable du rassemblement des républicains nommé Dembélé Bazoumana dit recteur. Celui-ci, lors d’une interview qu’il a accordée au quotidien Nord-sud paru le 29 janvier 2010, n’a pas manqué de fustiger certaines pratiques du RDR avec lequel il vient d’opérer la rupture. Dans sa critique du RDR, il a tenu des propos très clairs : « On ne peut pas être membre du gouvernement, critiquer l`action gouvernementale et en même temps demander à ses ministres de trouver chacun 300 ou 400 millions pour financer votre campagne. » L’homme qui a tenu ces propos sait de quoi il parle, puisqu’il a été attaché de cabinet du Ministre RDR Cissé Ibrahim Bacongo, chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Si ce n’est par le vol, d’où un ministre peut-il sortir 4OO millions pour financer la campagne du candidat de son parti à la présidentielle?

Or pour éviter de tels détournements de fonds publics, il a été votée la loi du 9 septembre 2004 relative au financement sur fonds publics des partis et groupements politiques et des candidats à l’élection présidentielle et abrogeant la loi n° 99-694 du 14 décembre 1999. Une loi dont jouit pleinement le RDR de façon dérogatoire, conformément aux Accords de Pretoria I et II. Selon le président de l’Assemblée nationale, Mr Mamadou Koulibaly, dans la publication du 26 juin 2009 du quotidien Fraternité Matin, cette dérogation a permis au RDR d’obtenir de 2006 à 2008 un financement de 1.538.142.666, tout comme le FPI et le PDCI. Rappelons que le RDR a cinq ministres au sein de l’actuel gouvernement. Si ses ministres exécutent proprement le mot d’ordre de pillage, l’ensemble du butin s’élèvera à 2 milliards de Franc CFA. Au total, y compris le financement des années 2009 et 2010, le RDR pourra avoir au moins 4,5 milliards comme trésor de guerre pour faire campagne. Si tous les partis politiques au sein du gouvernement s’inscrivaient dans cette bassesse digne de la voyoucratie, le pillage pour le FPI avec ses 7 ministres s’élèverait à 2, 8 milliards, pour le PDCI avec ses 5 ministres à 2 milliards, et à 1,6 milliard pour tous les autres partis réunis, à savoir le MFA, l’UDPCI, l’UDCY et PIT, ayant chacun un ministre. La rébellion, quant à elle, avec ses 7 ministres aurait 2,8 milliards. En dehors du montant global de 6, 3 milliards dont tous bénéficient dans le cadre du financement officiel, le total du butin pour tous les partis gouvernants s’élèverait à 11, 2 milliards.

En s’adonnant au pillage des fonds publics, cette opposition ne fait-elle pas malgré tout de l’opposition ? Sans doute, ce que nous appelons « paradoxe d’une opposition qui gouverne » peut ne pas en être un. Car bien qu’elle gouverne, cette opposition demeure dans une réelle posture d’opposition. Par son pillage, elle s’oppose en réalité au développement de la Côte-d’Ivoire, au bien-être des ivoiriens. L’opposition politique en Côte-d’Ivoire, précisément une certaine opposition, ne consiste pas à s’opposer à la mauvaise gestion du pays, mais à la pratiquer à outrance, donc à s’opposer à sa bonne gestion. Pour pratiquer une telle opposition, il n’y a pas meilleur moyen que de participer au gouvernement. Ainsi, gouverner c’est aussi faire de l’opposition. Il n’y a donc plus de limite, de distinction entre opposition et gouvernement. Quand la frontière entre opposition et gouvernement s’écroule, disons simplement que le peuple est perdu et sa souffrance ne peut que perdurer. C’est ainsi que la politique devient tragédie pour un peuple abusé. Finissons par cette interrogation essentielle : pour une bonne gouvernance, ne faudra t-il pas inscrire dans la constitution ivoirienne un audit systématique, indépendant et crédible de tous les ministères à la fin de chaque année ?


Zéka Togui, Copaci
Dimanche 31 Janvier 2010
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