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La Dépêche d'Abidjan

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LA LIBERTÉ D'INFORMER









FRANÇOIS HOLLANDE ET VICTOR SCHOELCHER


FRANÇOIS HOLLANDE ET VICTOR SCHOELCHER
Les africains, sur le champ de bataille, doivent être capables de reconnaître leurs alliés, et leurs véritables ennemis. Les discours prononcés par François
Hollande, lors de son récent voyage au Sénégal et au Congo, dans le cadre du sommet
sur la francophonie, ne font que couronner la lutte menée par le président Laurent
Gbagbo, les ivoiriens et tous les partisans du panafricanisme qui ont toujours milité
pour des accords gagnant-gagnant entre la France et ses anciennes colonies. «Le
temps de la Françafrique est révolu: il y a la France, il y a le partenariat entre la
France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité.»
a déclaré François Hollande. Cette phrase vient d'entrer dans l'Histoire de l'Humanité,
parce qu'elle est semblable au décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 signé
par le gouvernement provisoire de la deuxième République, grâce à la lutte menée
par un français, Victor Schoelcher. De nombreux africains restent cependant
sceptiques face au discours de Hollande, parce qu'ils n'ont pas jusqu'ici compris les
raisons qui ont poussé les socialistes français à soutenir au Parlement, sous le
gouvernement de Sarkosy, l'intervention de l'armée française en Côte d'Ivoire.
L'Afrique a assisté impuissante, humiliée, à la destruction de la résidence de Laurent
Gbagbo, un président socialiste africain, et à son emprisonnement à la Haye, alors
que sa requête introduite auprès des instances ivoiriennes et internationales, ne
concernait que la proclamation des véritables résultats des élections ivoiriennes. Le
président Hollande, pour raison d'État, ne donnera jamais des réponses satisfaisantes
à nos interrogations, parce que contrairement aux africains, les occidentaux savent
laver leur linge sale en famille. Nous devons pourtant soulever nos fils barbelés afin
d'accueillir dans nos tranchées les socialistes français, si nous tenons réellement à
mettre fin à la Françafrique, dans le but de bâtir un partenariat entre la France et
l'Afrique. Deux faits peuvent nous amener à dissiper nos doutes sur la sincérité du
président Hollande. Victor Schoelcher, en 1833, dans son premier grand ouvrage
intitulé : « De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale » trouvait, au début,
qu'il était dangereux de rendre instantanément la liberté aux Noirs, parce que les
esclaves n'étaient pas préparés à la recevoir. Il souhaita même le maintien de la peine
de fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations.
De retour de Cuba où il fut choqué par l'esclavage, il milita pour l'abolition de
l'esclavage. Aimé Césaire dans l'Extrait de l'introduction de « Esclavage et
colonisation », recueil de textes de Victor Schoelcher, 1948, rend à ce grand français
cet hommage : « Évoquer Schoelcher, ce n'est pas invoquer un vain fantôme, c'est
rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle
explosive... Schoelcher dépasse l'abolitionnisme et rejoint la lignée de l'homme
révolutionnaire : celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l'histoire vers sa
fin. » François Hollande, après avoir voté au Parlement, cette résolution en faveur de
l'intervention armée de la France dans le conflit ivoiro-ivoirien a certainement
compris, grâce à sa prise de connaissance des dossiers secrets concernant les
relations entre la France et l'Afrique que son pays devrait être normalement à l'abri
des effets pervers de la crise économique que connaît le monde entier. La
Françafrique, ce réseau mis sur pied par la droite française est notre ennemi
commun ; il enrichit les multinationales, certains hommes politiques mais non la
France. Faire la guerre à la Côte d'Ivoire, rapatrier des milliers de français, fermer de
nombreuses PME françaises pour enrichir deux ou trois multinationales, les amis de
Sarkosy présents sur le sol ivoirien, sont les tristes, et dures réalités de la politique
menée par la françafrique ; « créature machiavélique » de la droite française.
Comment emprisonner en effet à la Haye un homme d'État africain Laurent Gbagbo
qui affirme avoir gagné, de manière légitime, les élections présidentielles et demande
seulement un arbitrage impartial pour vider ce contentieux électoral? C'est ce drame
que vit l'Afrique. Toute cette tragédie est l'aboutissement d'un système mis sur pied à
l'époque de la traite négrière. A Gorée, on accorda la citoyenneté française à certains
africains qui contribuèrent volontiers à la traite de leurs frères de race. A Brazzaville,
De Gaulle en 1944 jeta les bases de la politique africaine de la droite française fondée
sur la centralisation et l'assimilation : il ne fallait penser que français pour que ta
dignité d'homme soit respectée. En 2012, Jean Marc Simon, l'ambassadeur de France,
justifie indirectement le « rattrapage ethnique » en Côte d'Ivoire pour maintenir dans
un cercle fermé, l'élite au service de la droite française, prête à éradiquer le parti de
Laurent Gbagbo dont les membres sont taxés d'intégristes religieux par des experts
indépendants. Ce sont toutes ces ficelles tirées par les multinationales qui ont soutenu
au Parlement français, la nécessité de la peine du fouet, d'une intervention militaire
musclée dans notre pays, de peur que les esclaves ivoiriens ne soient un mauvais
exemple pour les autres esclaves africains, car les maîtres ont besoin de main d'oeuvre
gratuite dans leurs plantations africaines. Le président Hollande, comme Victor
Schoelcher, a choisi de s'orienter vers une politique révolutionnaire, qui met fin à celle
machiavélienne, en fondant sa politique, non sur le mensonge légitime, mais sur la
sincérité, sur la vérité, voilà pourquoi il dit indirectement aux africains: « Je vous
concède, de manière solennelle, la liberté à travers mes discours qui abolissent
l'esclavage (la Françafrique), démontrez maintenant aux yeux du monde que vous
pouvez prendre en main votre propre destin. C'est à vous de décider de la paix ou de
la guerre, du dialogue ou de la révolution, car ces multinationales, et les hommes
politiques à leur service, trouvent que vous n'êtes pas encore prêts à entrer dans
l'Histoire. Je ne peux le faire à votre place, puisque je suis en faveur de la noningérence
de la France dans les affaires intérieures africaines». L'Histoire ne fait que
se répéter, saurons-nous, cette fois-ci, aider le président Hollande à achever ce qu'a
commencé Victor Schoelcher ou subirons-nous dans les siècles à venir une autre
forme d'esclavage grâce à un système d'oppression capable de subir de profondes
mutations pour s'adapter à chaque époque, afin d'endiguer nos aspirations légitimes,
d'épuiser nos forces dans cette guerre de tranchées? Le décret de l'abolition de
l'esclavage fut signé en effet le 27 avril 1848, mais l'esclavage des africains continua
jusqu'à ce jour sous des formes plus subtiles, protégé par des structures légales qui
furent capables de jeter en prison l'homme politique ivoirien Laurent Gbagbo,
proclamé président par la Cour Constitutionnelle de son pays. Inspirons-nous de
l'exemple d'Aimé Césaire qui a rendu un vibrant hommage à Victor Schoelcher.
Croyons à la bonne foi du président François Hollande qui, au-delà de sa politique
humaniste, partage avec nous les mêmes intérêts, combat avec nous un ennemi
commun qui s'acharne à détruire la politique africaine des socialistes, favorable à
l'épanouissement des peuples français et africains. Sa politique est contraire à celle
élitiste pratiquée par Sarkosy en France et en Afrique. De la victoire du président
socialiste en Afrique dépend la survie du parti socialiste français. La françafrique a
toujours représenté les fondements de la politique de la droite française, puisque le
nerf de cette guerre des tranchées entre la droite et la gauche a été toujours l'argent,
que s'est toujours procuré la droite à partir des ressources naturelles africaines.


Une contribution de Isaac Pierre BANGORET
(Écrivain)
Lundi 15 Octobre 2012
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