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En Côte d’Ivoire, la réconciliation à la peine

Trois ans après sa création, en 2011, la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) a commencé début septembre ses audiences publiques.


Inspirée de l’Afrique du Sud post-apartheid, c’est un forum où témoins, victimes et responsables viennent parler et se demander pardon. Elle n’a pas le pouvoir d’amnistie.

La tâche est loin d’être gagnée. À ce jour, aucun proche du président Ouattara n’a été inquiété.

Assis sur une chaise, un homme raconte pendant plus d’une heure son histoire. À sa droite, sept commissaires de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) de Côte d’Ivoire l’écoutent, le relancent parfois.

Originaire de l’ouest du pays, une région qui a connu parmi les pires atrocités de la décennie de crise politique, il raconte les tensions entre communautés, sa fuite, la perte de plusieurs proches, tués, les blessures subies. « On me dit parfois qu’il faut oublier, dit-il en concluant. On ne peut pas oublier… mais on peut pardonner. »

La CDVR a commencé début septembre ce qui était attendu comme son grand moment : les audiences publiques des victimes du début du multipartisme en 1990 aux violences post-électorales de 2010-2011. Pendant deux mois, une centaine de victimes – et quelques bourreaux –, sur les 63 000 auditionnées, vont venir témoigner à Abidjan, la capitale économique. Les victimes sont issues de différentes régions et ethnies du pays.

La CDVR est un forum

« Nous voulons que la nation tout entière se voie dans ces témoignages. Qu’ils réveillent aux Ivoiriens l’indignation, la répulsion, et qu’ils suscitent le rejet définitif de la violence », expliquait à La Croix le président de la commission Charles Konan Banny à la sortie d’une audience.

Inspirée de la Commission vérité et réconciliation de l’Afrique du Sud post-apartheid, la CDVR est un forum où témoins, victimes et responsables viennent parler et se demander pardon. Elle n’a pas le pouvoir d’amnistie.

Cette catharsis nationale est nécessaire mais la tâche est loin d’être gagnée. Selon Yacouba Doumbia, président du Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH), il manque un engouement populaire. « Les audiences publiques sont trop sélectives. Cela échappe aux Ivoiriens alors que l’objectif est de parvenir à la réconciliation », dit-il.

L’auditorium, minuscule, ne peut accueillir plus de 50 personnes et se situe au sein du très chic Ivoire Golf Club, un complexe fréquenté par la haute société abidjanaise pour sa piscine olympique et son parcours de golf. « Le choix du lieu est absurde. La CDVR paye un prix exorbitant pour cela. C’est malheureux… », estime un expert de la justice transitionnelle.

Selon lui, la CDVR s’est, à tort, centralisée à Abidjan. « L’accès aux auditions aurait dû être accessible à tous. Tout le monde ne peut pas venir jusqu’à Abidjan. La commission aurait pu se déplacer ou faire venir les populations quand sont abordés les problèmes de leur région », dit-il.

Audiences en différé


Certes, la télévision publique commence depuis mi septembre à retransmettre les audiences mais en différée. « La retransmission aurait dû être faite en direct depuis une plus grande salle. Il aurait fallu quelque chose de plus grandiose, de plus symbolique », estime Yacouba Doumbia. La commission justifie ses choix par des questions de sécurité.

Il lui sera par contre plus difficile de justifier le manque évident de préparation. Lors de cette première semaine d’audience, certaines victimes ne semblaient pas préparées à s’exprimer en public. L’attitude de quelques commissaires, peu au fait des dossiers, frôlait parfois le mépris et l’impatience.
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Lundi 15 Septembre 2014
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