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ÉDITORIAL - Pendant ce temps-là, en Afrique…


ÉDITORIAL

Pendant ce temps-là, en Afrique…

Désormais la compétition se fait en direction de Mars, la planète la plus proche de la Terre après la conquête de la lune (qui se trouve, elle, à 384.400 km de notre planète, presque la porte d’à côté) ! Mars, une planète qui n’est qu’ « à » — excusez du peu — 55, 7 millions de kilomètres de celle sur laquelle nous vivons ! Et sur laquelle la navette américaine « Perseverance » vient de se poser après un voyage de plus de six mois débuté en juillet dernier.
Oh certes, une compétition dans l’espace n’est pas à proprement parler une chose nouvelle puisque, du temps de la Guerre froide, déjà, Américains et Soviétiques s’y livraient à travers leurs programmes Spoutnik (tiens, ça ne vous dit rien ça ?) et Soyouz, d’un côté, Apollo ou Columbia de l’autre.
À l’époque, il s’agissait d’abord de tourner autour de la terre puis d’aller à l’assaut de la Lune. On se rappelle tous — façon de dire puisque la plupart de ceux qui liront ces lignes n’étaient pas nés à l’époque ou alors étaient des enfants comme votre serviteur (Mamadou Oumar Ndiaye directeur de publication « Le Témoin » (Sénégal) — des premiers pas de l’homme sur la Lune à travers l’astronaute américain Neil Armstrong. C’était le 21 juillet 1969. Et notamment de sa fameuse phrase : « Un petit pas pour l’homme, certes, mais un grand pas pour l’Humanité ! » Bien avant cet exploit, il y avait eu le Soviétique Youri Gagarine qui avait été le premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace au cours de la mission Vostok 1. C’était en 1961. La compétition fut épique durant ces années-là, chacune des deux superpuissances de l’époque voulant être la première à conquérir la Lune. Puis, il y eut l’ère des navettes habitées…

La nouveauté, désormais, c’est que la compétition se fait en direction de Mars et que le nombre de concurrents s‘est accru. Pour ne pas dire s’est démocratisé. Aux États-Unis d’Amérique et à l’Union Soviétique mais aussi à l’Europe à travers le programme des fusées Ariane, qui s’affrontaient déjà dans l’espace, sont venus s’ajouter plus spécifiquement pour Mars (dont la navette « Tianwen 1 » tourne déjà en orbite) les Chinois et les Emiratis « « Al Amal ») en attendant les Indiens. L’Europe, elle, va lancer sa mini-navette spatiale Space Rider en… 2023. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que des privés se lancent à leur tour dans l’aventure de l’Espace. Le plus emblématique d’entre eux est le multimilliardaire américain — mais né en Afrique du Sud — en dollars Elon Musk, qui ambitionne rien moins que de conquérir Mars ! Ce qui est dans les cordes du patron de la société Space X qui a déjà lancé plus de 1000 satellites de télécommunications autour de la Terre. Le patron de la compagnie aérienne britannique Virgin, Richard Branson, est aussi sur les rampes de lancement…

Euréka ! Le vaccin anti-covid est là…

Redescendons sur terre si par hasard nous avions quitté le plancher des vaches. La pandémie de Covid-19 représente incontestablement le plus grave défi sanitaire auquel le monde est confronté depuis la terrible épidémie de grippe espagnole qui fit environ 50 millions de morts dans les années 1914-1920 . À ce jour, le coronavirus a déjà tué plus de 2.350.000 personnes. La maladie apparue en Chine à la fin de l’année 2019 se propageant à une allure folle et tuant chaque jour davantage, désorganisant les systèmes sanitaires les plus sophistiqués du monde, portant par la même occasion un coup d’arrêt à l’économie mondiale, entre autres conséquences, une course contre la montre s’est engagée pour trouver les moyens de l’endiguer. Les grands laboratoires pharmaceutiques ont rivalisé d’intelligence et de moyens pour parvenir à trouver le vaccin — à défaut du médicament — qui permettrait de prémunir les populations de cette maladie extrêmement meurtrière. De la Chine à l’Europe en passant par l’Amérique et l’Asie, les chercheurs ont phosphoré sans relâche, testant, expérimentant, innovant, modélisant, faisant tourner les supercalculateurs. Au bout de quelques mois seulement Euréka ! le vaccin était trouvé. Les labos germano-américain Pfizer-Biontech, américains Moderna et Johnson and Johnson, anglo-suédois Astra Zeneca, chinois Sinopharm, russe Gamaleïa… presque à la queue leu leu ont réussi à une vitesse météoritique à le mettre au point. Désormais, ils sont courtisés par les pays du monde entier et croulent sous les commandes ne sachant comment faire pour les satisfaire toutes. À tel point qu’il faut s’inscrire et attendre. Dans cette course au vaccin — tout comme dans la compétition pour aller sur Mars —, nos cousins français ont été largués, hélas, le laboratoire Sanofi et le glorieux institut Pasteur ayant été contraints de jeter l’éponge.

Classement de Shanghai : L’Afrique, le parent pauvre

Sur un autre plan, chaque année, plus exactement au mois d’août et depuis 2003 paraît le classement dit de Shanghai des 1000 meilleures universités du monde. Les universités africaines n’y étaient que 15 en 2019 — et encore en queue du classement sauf celle du Cap qui figure dans les 300 premières —, la majorité d’entre les happy few sélectionnées étant situées en Afrique du Sud, qui se taille la part du lion, et en Egypte. Le Nigeria et la Tunisie ont quand même réussi à en placer chacun une. On aura beau chercher, évidemment, l’ombre d’une seule université d’Afrique francophone dans ce classement de l’excellence… L’Afrique du Sud étant ce qu’on peut appeler un pays « européen » — en ce que les Blancs y sont encore largement aux commandes en tout cas des meilleures universités du pays —, on comprendra beaucoup de choses.

Pendant ce temps-là, en Afrique…

Pendant que le monde entier avance, rivalise dans le domaine du savoir en général et de l’intelligence artificielle, des algorithmes, du génie génétique, des biotechnologies, des nanotechnologies et des énergies vertes, entre autres, que la Chine avec sa technologie 5G a ringardisé Américains et Européens, que la physique quantique et autres n’ont plus de secrets, que les universitaires dans ces pays ou ces continents rivalisent à coups de découvertes, souvent sanctionnées par des Nobel, ou d’articles dans les rivaux scientifiques, l’Afrique, elle, en est à s’étriper autour de mandats présidentiels constitutionnels !
Au terme de parcours jonchés de sang, les chefs d’État octogénaires guinéen et ivoirien, Alpha Condé et Alassane Dramane Ouattara ont, après avoir modifié les constitutions de leurs pays, réussi à se faire élire pour un troisième mandat ! En Ouganda, leur homologue Yoweri Museveni, après 36 années de pouvoir, vient de rempiler pour un énième mandat ! Les présidents du Congo-Brazzaville et du Tchad, eux, depuis respectivement 36 et 31 ans au trône, sont en piste pour un nouveau mandat ! Ne parlons évidemment pas des dinosaures Téodoro Obiang Nguéma (Guinée-Equatoriale) et Paul Biya (Cameroun), au pouvoir depuis respectivement 1979 et 1982. Excusez du peu.
Les autres s’affrontent rudement dans le domaine du Savoir ? Nos chefs d’Etat rivalisent dans celui du maintien au pouvoir ! Il n’est pas étonnant dans ces conditions que l’Afrique ne figure nulle part dans la compétition pour aller sur Mars, c’est de toutes façons trop demander à un continent resté le plus pauvre du monde, ni dans celui de la recherche du vaccin du Covid, quémandant laborieusement des doses de vaccins attendant comme le Messie les flacons promis par le mécanisme Covax. Même Cuba et l’Iran, pays du tiers-monde pourtant, s’attèlent à développer leurs propres vaccins, l’Inde elle, en tant que premier fabricant mondial, produit déjà des millions de doses par jour après avoir acquis un brevet !

Le match entre universités du monde en matière d’inventions, de brevets, de thèses, de publications scientifiques ? On a vu la ridicule place du continent dans le classement de Shanghai. Et comme s’ils avaient été contaminés par nos chefs d’Etat, voilà que nos universitaires eux-mêmes, plutôt que de s’enfermer dans leurs laboratoires ou aller sur le terrain, se piquent de donner des leçons de…démocratie et de bonne gouvernance ! A preuve par ces 102 universitaires sénégalais qui viennent de faire une sortie… pour demander de résister à l’arbitraire, plaider contre les tentatives de faire sauter la limitation des mandats présidentiels. Plus exactement dénoncer les dérives judiciaires dans ce pays. Euh, à vrai dire, à la place de cette sorte de manifeste, nous on aurait préféré des articles scientifiques. Quant à nos étudiants, on a vu avec effroi et désolation que, plutôt que les bonnes notes et les lauriers, ils collectionnent des machettes et des gourdins !

Pendant que le monde entier avance, donc, l’Afrique fait du sur-place dramatiquement si elle ne recule pas arrière toute ! Pendant ce temps de prodigieux bonds cognitifs du monde, donc, nos chefs d’État, nous l’avons dit, s’agrippent au pouvoir. Même les plus jeunes d’entre eux, hélas. En effet, pendant ce temps-là, le président Macky Sall, pourtant né après l’indépendance de son pays en 1960, a fort à faire pour… réduire son opposition à sa plus simple expression. Ne riez pas ! Depuis des semaines, sa police et sa justice sont mobilisées pour traquer de pauvres opposants et activistes, certes hâbleurs mais guère dangereux, au nom d’une chimérique tentative de déstabilisation de l’État — car c’est de cela qu’il s’agit — et de crimes de lèse-majesté ! Un « crime » dont la Cour européenne de justice a jugé qu’il était obsolète dans un pays démocratique ! Pour de prétendues menaces de diffusion d’images obscènes dont sont accusés certains parmi ces interpelés, toutes les forces de police sont mises à contribution pour rechercher une dangereuse… puce téléphonique. Des efforts qui mériteraient d’être consacrés ailleurs, bien sûr, en ces temps où tout est urgence dans ce pays. Mais voilà, c’est ainsi : en Afrique, on persévère (allusion bien sûr au nom de la navette américaine) à régler des choses terre à terre — « des choses basses » comme dit si joliment le président de la République —pendant que les autres sont déjà dans les étoiles !

Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin », quotidien sénégalais

Lundi 1 Mars 2021
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