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Deux ans après le début du procès Gbagbo, la parole est désormais à la défense

La première étape du procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale (CPI) a pris fin le 19 janvier. Le procureur a bouclé la présentation de ses preuves contre l’ancien président ivoirien et son ex-ministre, accusés de crimes contre l’humanité commis suite à l’élection présidentielle de novembre 2010. La parole est désormais à la défense.


Hélène Yapo Etté aura été le 82e témoin de l’accusation appelé à la barre de la Cour pénale internationale (CPI) dans le procès contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Le 19 janvier, l’experte ivoirienne en médecine légale a évoqué des autopsies réalisées après la crise politique qui a enflammé la Côte d’Ivoire pendant cinq mois, suite à la présidentielle de novembre 2010, faisant, selon l’ONU, plus de 3 000 morts.

Son témoignage a fermé le ban des témoins de l’accusation entendus au cours des deux premières années de ce procès-fleuve. Au fil des mois, le substitut du procureur, Eric McDonald, a retiré une quarantaine de témoins de sa liste initiale, sans expliquer publiquement les raisons de sa démarche.

Sans le pragmatisme affiché du juge-président, le premier acte de ce procès aurait pu durer jusqu’à l’été 2019. L’Italien Cuno Tarfusser, a, sans relâche, écarté les questions évidentes, tenté de garder la main sur d’incessantes « parties de ping-pong » entre avocats et procureurs, et imploré sans cesse d’en rester aux faits.

Répression violente ou attaque délibérée de civils ?

Les faits reprochés à Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé reposent sur quatre événements clés : la répression d’une manifestation destinée à s’emparer de la Radiotélévision ivoirienne (RTI) le 16 décembre 2010, celle d’une marche de femmes à Abobo le 3 mars 2011 et le bombardement du quartier quinze jours plus tard, et les tueries dans le quartier de Yopougon le 12 avril, au lendemain de l’arrestation de Laurent Gbagbo dans la résidence présidentielle par les troupes d’Alassane Ouattara, avec le soutien décisif des forces françaises.

Mais dans cette affaire, le procureur doit, partie la plus difficile, prouver qu’il s’agit de « crimes contre l’humanité ». Il doit donc prouver que les meurtres, les viols et les actes inhumains qu’il reproche à l’ancien président ivoirien et au chef des Jeunes patriotes, ont été commis dans le cadre d’une « politique ». Selon le procureur, Laurent Gbagbo aurait, avec ses proches dont son coaccusé et son épouse, Simone Gbagbo – elle aussi poursuivie par la Cour mais jamais transférée à La Haye – élaboré un plan devant lui permettre de conserver le pouvoir, en ciblant des civils pro-Ouattara.

Victimes, experts, officiers supérieurs

De nombreuses victimes sont venues à La Haye, depuis deux ans, raconter la mort d’un proche ou leurs propres blessures. Un poissonnier, le patron de deux débits de boissons, un électricien, un camionneur, un couturier, un éducateur, d’autres civils, qui ont raconté à la barre la mort d’un frère sur la route de la RTI, le neveu devenu fou, la perte d’une fille à Abobo, dont le père n’a pu participer aux obsèques parce que « j’étais traumatisé, je n’arrivais pas… Je pensais au suicide » car « quand on bombarde votre enfant avec un char de combat, c’est atroce ».

Hormis les victimes, plusieurs membres du Rassemblement des républicains (RDR), le parti du pourfendeur de Laurent Gbagbo et actuel chef d’Etat Alassane Ouattara, sont venus à La Haye. Quelques experts se sont succédé à la barre, des journalistes, un représentant de Human Rights Watch et une employée de l’Onuci, la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire. Au-delà de l’horreur décrite à la barre de la Cour, ces morts sont-elles le résultat d’une répression sanglante par les forces ivoiriennes, ou d’une « politique » ciblant délibérément les civils pro-Ouattara ? C’est l’une des questions clés de l’issue de ce procès.
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Samedi 20 Janvier 2018
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