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Des combattants armés, entraînés, équipés et salariés par le Qatar et l’Arabie Saoudite veulent renverser le régime Assad : Cette drôle de « révolution » qui a cours en Syrie depuis deux ans


Des combattants armés, entraînés, équipés et salariés par le Qatar et l’Arabie Saoudite veulent renverser le régime Assad :  Cette drôle de « révolution » qui a cours en Syrie depuis deux ans
De ce que nous en savions, une révolution, c’est un changement brusque et généralement violent d’un ordre établi pour le remplacer par un autre. Généralement, ce sont des populations ou des classes sociales comme, par exemple, le prolétariat qui se soulèvent directement, sous la direction de leur avant-garde, pour renverser l’ordre ancien et installer à sa place un nouveau. Il en fut ainsi de la Révolution française de 1789 qui renversa la royauté des Capet, de la révolution démocratique bourgeoise, de la révolution prolétarienne russe de 1917 ou encore de la Révolution paysanne chinoise de 1949 précédée de la Longue marche. On peut classer la révolution cubaine dans cette catégorie. Ça, ce sont d’authentiques révolutions au cours desquelles c’est le peuple lui-même qui s’insurge contre un ordre généralement autocratique et oppresseur. En Afrique, la révolution la plus authentique connue ces dernières années, c’est celle qui a renversé le dictateur tunisien Ben Ali à l’issue de plusieurs jours de révolte partie de l’immolation par le feu d’un jeune marchand de fruits, Mohamed Bouzid, protestant contre la saisie de sa carriole par des policiers municipaux. A la suite de ce drame, le mouvement de protestation s’était répandu à la manière d’un feu de brousse en saison sèche dans la Tunisie tout entière, culminant avec des émeutes dans la capitale qui ont provoqué la fuite du dictateur et de sa famille en janvier 2011. Depuis lors, le peuple a été privé de sa révolution par des islamistes radicaux qui se sont emparés du pouvoir à sa place mais enfin, c’était une révolution quand même, une grande et belle révolution qui porte le doux et poétique nom de jasmin. Oui, une révolution du jasmin avec tout le lyrisme qui va avec.

En Egypte aussi, où le bon peuple du Caire s’est massé des nuits et des jours durant Place Tahrir pour exiger le départ du Raïs Hosni Moubarak, on peut parler de révolution même si là, ce sont plutôt les militaires qui ont déposé le tombeur d’Anouar Al-Sadate. A la suite, il est vrai, de l’intense mobilisation populaire. Mais enfin, le peuple égyptien s’est soulevé au prix de plusieurs dizaines de morts pour conquérir sa liberté. Et ce même si, là aussi, ce sont en définitive les islamistes qui se sont installés au pouvoir. Dans la Libye voisine, une partie du peuple s’est bien soulevée à Benghazi, grande ville de l’Est du pays, et il y a eu aussi de petites manifestations à Tripoli, la capitale, mais rien qui soit susceptible de faire tomber le pouvoir du « Guide » Mouammar Kadhafi. Puis voilà, prenant prétexte d’un « massacre » imminent dont seraient menacées ces populations de Benghazi, la France est entrée en action. C’est d’abord le philosophe Bernard Henri Lévy qui s’émeut puis sensibilise le président français d’alors, Nicolas Sarkozy. Lequel, échaudé par le reproche —justifié — qui lui avait été fait de ne pas avoir vu venir la révolution tunisienne (la ministre française de l’Intérieur, Michelle Alliot-Marie proposait même aux dirigeants tunisiens l’expertise de son pays en matière de maintien de l’ordre au début de la révolte !), saisit le Conseil de sécurité de l’Onu aux fins d’obtenir l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne. Après quoi, ayant réussi à entraîner la Grande-Bretagne dans cette aventure, Nicolas Sarkozy se lança dans une opération de destruction des infrastructures libyennes… au sol. Les bombardiers de l’Otan — ceux de la France et de la Grande-Bretagne surtout — soumirent le pays à un tel déluge de feu que son armée s’effondra. Et lorsque le convoi du « Guide » voulut s’échapper dans le désert, des avions de l’Otan le neutralisèrent à coups de bombes à guidage laser. Après quoi, le grand héros africain qu’est Kadhafi fut achevé par des miliciens. La « révolution » libyenne avait triomphé ! Bien entendu, il s’est beaucoup plus agi, dans ce cas, du renversement violent d’un dirigeant honni par l’Occident — et coupable de s’être dédit après avoir promis au président Nicolas Sarkozy de lui passer commande d’équipements et d’infrastructures pour des milliards d’euros — par des avions de l’Otan que d’une vraie révolution populaire, n’en déplaise aux Occidentaux. Un « détail » (pour autant qu’on puisse parler de détail !) qui a son importance : la Libye était un arsenal à ciel ouvert où étaient entreposées toutes sortes d’armes, des pistolets de petit calibre aux batteries de missiles. Des milliers de pick-up Toyota aussi. En même temps, le colonel Kadhafi avait enrôlé dans sa « Légion islamique » des milliers de combattants touaregs venus du Sahel. Tant qu’il était pouvoir, les arsenaux étaient bien gardés et les combattants touaregs solidement tenus en main, moyennant divers avantages matériels et financiers. En bombardant tous les objectifs militaires libyens et en renversant Kadhafi, le président Sarkozy faisait donc refluer ces milliers de Touaregs au Sahel. Des combattants qui, en rentrant, ont fait leur marché d’armes sophistiquées dans les arsenaux libyens. Et de 4x4 ! Surtout que le même Sarkozy, dans sa rage d’en finir avec Kadhafi, avait aussi parachuté des armes aux combattants libyens. D’où la gigantesque pagaille que l’on voit actuellement au Mali… Une pagaille créée par Sarkozy et que son successeur s’est chargé de régler à sa manière en envoyant ses bombardiers vitrifier les combattants islamistes qui se sont emparés du Nord Mali !


Des « révolutionnaires » armés, entraînés et salariés par le Qatar et l’Arabie Saoudite !

Eh bien, dans le même registre de « révolution » imposée par les bombardiers de l’Otan et les armes occidentales, on peut classer la drôle de révolution qui a cours en Syrie depuis… deux ans ! En effet, dans ce grand pays du Moyen-Orient, depuis mars 2011, une Armée syrienne « libre » (ASL) a pris les armes contre la dynastie des Assad. Et, plus particulièrement, contre l’actuel tenant du pouvoir, le Dr Bachar Al Assad. Lequel n’est pas un enfant de chœur, certes, et n’est pas non plus le plus grand des démocrates. Au contraire, c’est même ce que les Occidentaux qualifient de « dictateur ».Pour renverser cet homme, donc, des insurgés ont pris les armes depuis 24 mois et multiplient les coups de main contre les forces du régime, ne répugnant pas à recourir aux bombardements (à l’artillerie lourde) mais aussi aux attentats aux voitures piégées. Lesquelles tuent de manière indiscriminée. A noter qu’avant cette tournure en guerre civile, la Syrie disposait d’une opposition politique regroupée au sein d’une Coordination nationale démocratique. Laquelle, composée de personnalités très respectées — et modérées — s’efforçait de faire bouger les choses à travers des manifestations pacifiques ou des actions de lobbying à l’étranger. Certes, elle disposait de très peu de canaux d’expression à l’intérieur du pays, le président Assad et son parti Baath tenant le pays d’une main de fer mais enfin, elle se battait quand même avec les moyens politiques dont elle disposait. Puis est venue la vague de « révolutions » arabes, en Tunisie, en Libye, en Egypte, à Bahreïn, au Yémen etc. Les « révolutionnaires » syriens ne pouvaient pas être en reste ni laisser passer une si belle occasion ! Ils prirent donc les armes, encouragés en cela par des dirigeants occidentaux que l’on se surprenait à entendre souhaiter le triomphe de révolutions quelque part dans le monde. Mais drôle de « révolution » que celle qui se déroule sous nos yeux en Syrie où les combattants sont entraînés, habillés et équipés par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Deux pays qui leur versent même des soldes ! Bien évidemment, le peuple syrien ne soutient guère cette révolution pas plus d’ailleurs qu’elle ne supporte les Assad et la minorité alaouite au pouvoir, pensant plutôt à sauver sa peau entre les bombardements de l’aviation gouvernementale et les obus de l’artillerie des « révolutionnaires ». Des « révolutionnaires » qui viennent d’ailleurs de nommer un gouvernement et un Premier ministre reconnu déjà par la France — laquelle avait été la première a reconnaître les « révolutionnaires » libyens ! — et qui ont bénéficié de l’organisation d’au moins deux conférences des « amis » de la Syrie (une au Maroc et une autre en Italie). Au premier rang de ces « amis », les Etats-Unis d’Amérique, pas mécontents de voir cette puissance régionale alliée à l’Iran, et donc constituant une menace potentielle pour Israël, détruite. Comme jadis, l’Irak de Saddam Hussein, au prix d’un gros mensonge d’Etat ayant consisté à faire croire au monde entier que l’ancien homme fort de Bagdad disposait d’armes de destruction massive.

Ainsi, on assiste à la mise en œuvre d’une vaste conspiration internationale destinée à renverser le gouvernement d’un pays souverain. Et ce même si ce gouvernement n’est pas des plus démocratiques. Une « révolution » aux allures de coup d’Etat qui se prépare depuis deux ans alors que ses concepteurs avaient imaginé qu’elle serait une sorte de « blitzkrieg », le régime syrien devant s’affaisser comme un château de cartes dès les premières escarmouches. Au contraire, cette guerre civile — car c’en est une ! — s’éternise et le président Bachar Al Assad est toujours au pouvoir même si son régime donne des signes d’essoufflement. Une guerre civile qui a déjà fait plus de 70.000 morts, des milliers de blessés et des millions de déplacés, notamment au Liban et en Turquie, ce dernier pays constituant l’une des plus importantes bases arrières des « révolutionnaires » après avoir pourtant soutenu, tout comme le Qatar d’ailleurs, durant les premiers mois du conflit, les Baathistes au pouvoir à Damas.
Les insurgés peinant à renverser Assad et la révolution pataugeant lamentablement, la France (encore elle !) a décidé de sortir les grands moyens. En effet, l’Union Européenne ayant décidé jusque-là de maintenir un embargo sur les armes à destination de la rébellion — pour qu’elles ne tombent pas entre les mains des djihadistes qui sont devenus les fers de lance de cette « révolution —, le président François Hollande vient de décider de passer outre cet embargo. Dans un premier temps, il va convoquer une conférence devant statuer sur cette levée. L’agenda européen ayant prévu cette rencontre dans deux mois, Hollande a fait en sorte que ce délai soit écourté. Sans surprise, il a obtenu le soutien de la Grande-Bretagne — commère de la France dans l’expédition libyenne qui se termina par l’assassinat de Kadhafi — pour cette levée de l’embargo sur les armes destinées à la Syrie. De manière prévisible, également, on est en train d’assister à des formulations d’accusations d’utilisation d’armes « chimiques » par les forces loyalistes syriennes. Tous les éléments sont donc en train de se mettre en place en vue d’un remake du scénario qui a abouti au renversement du régime libyen. Et ce même si la Syrie n’est pas la Libye. Et cemême si l’Iran ne laissera jamais tomber son dernier allié dans la région. Et ce même si la Russie, non plus, ne sacrifiera pas cette pièce maîtresse dont elle dispose dans cet échiquier moyen-oriental outrageusement dominé par les Etats-Unis. La Russie et la Chine qui veillent au grain au Conseil de sécurité des Nations unies face aux manœuvres des puissances de la vieille Europe que sont la France et la Grande-Bretagne.Last but not least : ô miracle ! le front des « révolutionnaires » est en train de se fissurer entre partisans d’un dialogue avec le régime syrien et jusqu’au-boutistes soutenus par le Qatar. Le Qatar, une dictature obscurantiste — malgré ses villes de lumières — qui s’avise d’exporter la démocratie dans tout le monde musulman, on aura tout vu ! Bonne nouvelle disions-nous (du moins pour le régime syrien) : le front révolutionnaire vient encore de se fissurer avec la démission de son chef. Lequel vient de jeter l’éponge pour protester contre la politique du nouveau Premier ministre ! Malgré cette démission, pourtant, c’est ce même chef qui va occuper le siège de la Syrie à la Ligue arabe. Un siège que cette organisation fantoche vient d’attribuer aux « révolutionnaires » en lieu et place du régime syrien. Mais qu’attend donc le président François Hollande — au plus bas dans les sondages ! — pour parachuter les armes promises aux révolutionnaires ?
Que ne ferait-il, en effet, pour plaire au Qatar…

Mamadou Oumar NDIAYE

« Le Témoin » N° 1119 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2013)













Jeudi 28 Mars 2013
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