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Démocratie aliénée et légitimité usurpée - Par Ferro Bally

Blaise Compaoré, un an avant la fin de son second quinquennat (2010-2015), a été chassé du pouvoir, le 31 octobre 2014, à la suite d’un soulèvement populaire. Après 27 ans à la tête de l’État burkinabé, la chute de ce baobab que l’on prétendait indéracinable, a marqué les
esprits. Tous, nous n’avons retenu, de la Révolution d’octobre burkinabé, que cette parenthèse qui apparaît, à mon sens même si elle vaut son pesant d’or, comme un épiphénomène.


Démocratie aliénée et légitimité usurpée - Par Ferro Bally
Ce qui est réellement en jeu est l’application de la Démocratie, système politique qui, selon la célèbre formule d’Abraham Lincoln, 16è président des USA (1860-1865), est «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». Pour la révision de l’article 37 de la Constitution burkinabé portant sur la limitation du mandat présidentiel, l’ex-pouvoir a privilégié la voie parlementaire en lieu et place du référendum. Il aurait suffi des trois-quarts des députés, soit 96 élus sur 127, pour entériner directement la loi de révision sans passer par la votation populaire.

En principe, rien à signaler; le (bon) peuple exerce sa souveraineté aussi bien par la voie du référendum (démocratie directe) que par ses députés (démocratie représentative). Élus de la nation dont ils sont les représentants, les députés sont chargés d’être au cœur des populations dont ils traduisent les préoccupations. C’est pourquoi, même s’ils ont été élus sous des bannières de partis politiques, ils ne sont pas, en principe, juridiquement liés par aucun engagement politique vis-à-vis de leurs électeurs et de leur formation politique.

Détournement du vote des élus.

Mais, nous remarquons que les députés, sous toutes les latitudes, s’organisent, par affinités politiques, en groupes parlementaires, restant ainsi, comme sous les partis uniques, des caisses d’enregistrement et de résonance. De ce fait, «L’automne burkinabé», fatal au Beau Blaise, soulève de sérieux problèmes qui donnent à réfléchir sur le système politique appelé démocratie.
D’abord, la souveraineté du peuple a failli être aliénée. Comme elle l’est dans la plupart de nos pays. La veille du vote de la loi, soit le mercredi 29 octobre, les députés de la majorité présidentielle, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, ex-parti au pouvoir avec 70 députés) et ses alliés de l’opposition (avec une trentaine de députés), ont été logés, aux frais de la princesse, à l’hôtel Azalaï de Ouagadougou qui jouxte le Parlement, dans un quartier transformé, croit-on, en forteresse imprenable pour les besoins de la cause: le vote mécanique en faveur du vote de la fin des limitations du mandat présidentiel, sans tenir compte des aspirations populaires.

Ce détournement du vote des élus est observable dans la plupart de nos pays où nos députés sont contraints à des comportements moutonniers. Nous en savons quelque chose en Côte d’Ivoire où, dans une colère mal feinte, Alassane Dramane Ouattara a dissous, le 14 novembre 2012, le gouvernement de Me Jeannot Ahoussou Kouadio tout simplement parce que les groupes parlementaires PDCI-RDA et UDPCI, alliés du RDR au sein du RHDP, ont émis de sérieuses réserves sur le projet de loi sur la famille qui dispose désormais, entre autres, que l’homme n’est plus systématiquement le chef de famille. Et depuis, tout passe comme lettre à la poste; un homme avertit en vaut deux.

Ensuite, la colère populaire est venue donner raison à Jean-Jacques Rousseau, qui considère que la démocratie ne peut être que directe: «La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point.»
Les Burkinabè en ont fait brillamment la démonstration en mettant à sac le Parlement qui s’apprêtait à faire l’impasse sur leur opposition résolue à la révision constitutionnelle; mais sont-ils réellement les maîtres du jeu de déconstruction, de destruction et de reconstruction du pays au moment où leur insurrection est en train de leur être volée, à leur nez et à leur barbe? De la place Maïdan à Kiev, en Ukraine (en février 2014), à la Place de la Nation à Ouagadougou, au Burkina Faso (octobre 2014), l’opposition et la société civile sont généralement, à coup de manipulations et de financements occultes, des pions qui sont poussés à l’effet de faire le sale boulot pour contenter des intérêts pas toujours nationaux.

Désaveu cinglant.


Enfin, ces différents événements posent la lancinante question de la crédibilité de la plupart des scrutins présidentiels et de la légitimité réelle des chefs d’Etat. Comment un chef d’Etat qui, selon Soro Kigbafori Guillaume, est «élu démocratiquement par les siens à 80%, (et qui) ne saurait souffrir la comparaison que certains esquissent entre lui et l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo», peut-il être emporté comme un fétu de paille? Son débarquement rappelle la chute, chez nous, de Henri Konan Bédié qui, élu en octobre 1995 avec 95% des suffrages exprimés, est tombé comme un fruit blet, le 24 décembre 1999, environ un an avant la fin de son premier quinquennat.
La raison de ce désaveu cinglant qui a tourné à l’humiliation, est donnée par le «fils adoptif» de Blaise lui-même qui interpellait, dans un courrier en date du 10 janvier 2013, la jeunesse burkinabé pour la décourager: «… Voyez la peine que nous nous sommes donnée pour vaincre démocratiquement, puis militairement un Gbagbo qui n’avait que 10 ans au pouvoir! Imaginez la peine qu’il faudrait se donner pour vaincre un chef d’État légitime, qui a, en plus pour lui, une redoutable maîtrise des arcanes de son pays depuis 26 ans!» avertissait notre président de l’Assemblée nationale, en pure perte.
La vérité, nous enseigne le Sage, est belle quand elle est nue. Entre les situations ivoirienne et burkinabé qui ne sont pas comparables, il n’y a pas photo. Dans un cas, un pouvoir lynché médiatiquement, mais bénéficiant d’une légitimité populaire incontestable et dans un autre, un pouvoir vermoulu vomi par la population.

Confronté à une rébellion armée en provenance du Burkina Faso qui s’est confortablement installée, à partir de septembre 2002, dans la partie nord du pays, le régime de Laurent Gbagbo ne s’est effondré, en avril 2011, qu’à la suite d’un contentieux électoral qui a servi de prétexte à la France pour l’éjecter du pouvoir, avec la caution de l’ONU. Mais, malgré les raids aériens de l’aviation militaire de la force française Licorne et des Casques bleus de l’ONU, malgré les obus des chars de ces forces internationales coalisées volant au secours de la rébellion armée, Laurent Gbagbo, retranché dans la résidence officielle des chefs d’État ivoiriens complètement détruite, ne s’est pas enfui, revendiquant sa victoire électorale prononcée par le Conseil constitutionnel qui l’a même investi, solennellement le 4 décembre 2010.

Au Burkina Faso, même s’il a réussi à contenir les sévères mutineries de 2011 dans les principales garnisons du pays, l’obligeant à quitter la capitale dans la nuit du 14 au 15 avril 2011 pour sa ville natale de Ziniaré, Blaise Compaoré avait perdu le soutien de la population. Alors que la rue grondait, il refusait, le 30 octobre 2014, de rendre le pouvoir avant de déserter le Palais présidentiel de Kossyam à Ouagadougou pour rechercher, dans un sauve-qui-peut généralisé, la route de l’exil, à la différence du Raïs égyptien Hosni Moubarak qui, emporté par le Printemps arabe en février 2011 après trente ans de pouvoir sans partage, a choisi courageusement d’affronter la justice de son pays, au lieu de fuir. Car, disait Moubarak, «C'est sur cette terre que je vais mourir».
Les conclusions s’imposent donc d’elles-mêmes au moment où le Pays des hommes intègres commence à tourner la page de l’ex-pouvoir. Le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, annonce déjà que l’hôpital portant le nom Blaise Compaoré à Ouagadougou (où sont accueillis les blessés de l’insurrection) pourrait être débaptisé pour porter le nom de Hama Arba Diallo, opposant historique proche de Thomas Sankara, dont il fut ministre des Affaires étrangères et leader du Parti pour la démocratie et le socialisme (PDS/ Metba), décédé dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2014.

Bally FerroFerro Bally
ferobibali@hotmail.fr
Mardi 11 Novembre 2014
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