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Crise centrafricaine: Les pourparlers débutent mal


Michel Djotodia, le chef de la rébellion du Séléka à son arrivée à Libreville pour prendre part aux pourparlers.
Michel Djotodia, le chef de la rébellion du Séléka à son arrivée à Libreville pour prendre part aux pourparlers.
Les discussions entamées hier mercredi 9 janvier à Libreville entre le pouvoir centrafricain et la rébellion du Séléka ont visiblement mal démarré. La violence du ton de part et d'autre, n'augure pas une issue heureuse de ces pourparlers.

C'est le président centrafricain qui avait annoncé les couleurs de cette escalade verbale, mardi, à la veille du dialogue de Libreville. En réaction à l'appel à la démission lancé par le Séléka, François Bozizé est sorti de ses gonds. Le président centrafricain a traité les rebelles de «mercenaires-terroristes» qui pillent, volent et saccagent. Il n'est donc pas question que ces «hors-la-loi» demandent son départ du pouvoir, a t-il fait savoir aux journalistes. La réponse du Séléka ne s'est pas fait attendre.

Au premier jour des négociations de Libreville, l'alliance rebelle a déposé un mémorandum au vitriol dans lequel elle demande que le président François Bozizé soit traduit devant la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye pour «crimes de guerre et crimes contre l'humanité». Le Séléka reproche à M. Bozizé des faits de «détention et séquestration arbitraires, de disparitions, d'assassinats et d'exécutions sommaires». Le décor ainsi planté laisse évidemment peu de chance d'aboutir à des résultats satisfaisants.

Ce pessimisme est partagé par un diplomate gabonais qui a déclaré sous couvert de l'anonymat: «Je ne suis pas sûr que cette médiation atteigne ses objectifs. Le Gabon le fait du bout des doigts». Le ministre congolais des Affaires étrangères Basile Ikouébé qui dirigeait la première journée de ces pourparlers, a invité les parties, notamment les rebelles et l'opposition, à «respecter les engagements pris par les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) le 21 décembre dernier à Ndjaména.

La réunion avait en effet demandé que les discussions soient axées sur les accords de 2008 de Libreville préconisant le Désarmement, la Démobilisation et la Réinsertion des combattants, (DDR). Les mêmes accords demandent que les différentes parties au conflit s'en tiennent aux règles de l'Union africaine par rapport au changement de régime, à savoir proscrire toute arrivée au pouvoir par la force. L'issue de la première journée de ces négociations entamées hier dans la capitale gabonaise, déterminera la tenue ou non ce jeudi matin à Libreville du sommet des chefs d'Etat de la CEEAC. François Bozizé devrait être présent avec ses pairs de la sous-région pour trouver une solution à la crise. Le Séléka semble jouer le jeu de la surenchère pour obtenir un minimum de concessions du pouvoir de Bangui.

Mais quel sera ce minimum que va concéder Bozizé? Tout sauf bien entendu son fauteuil. Le président centrafricain a déjà proposé à la rébellion un gouvernement d'union nationale. Mais cette «invitation à la soupe» devenue la mode sur le continent, ne semble pas enchanter le Séléka. Mais que pourrait faire l'alliance rebelle, si Bozizé s'accroche tant qu'il le peut, à la bouée de sauvetage que constituent pour lui les troupes de la CEEAC? Mardi, la force tchadienne qui garde la porte d'entrée de Bangui a demandé aux rebelles de reculer de quelques dizaines de kilomètres de leur position actuelle, trop proche de la ligne rouge que constitue Damara, la localité où elle est positionnée.

Autre présence armée qui dérange non seulement le Séléka, mais aussi la médiation de la CEEAC, c'est celle des forces sud-africaines. En réunion à Libreville, des ministres de la Communauté ont critiqué cette présence, tout en affichant leur préférence pour un règlement sous-régional du conflit. L'internationalisation du conflit centrafricain risque de constituer un sérieux point d'achoppement du dialogue de Libreville.

Notons que pour ces négociations entamées mercredi, les rebelles étaient conduits par leur chef, Michel Djotodia, tandis que le pouvoir centrafricain était représenté par le ministre de l'Enseignement supérieur Jean Willybiro Sako, le chef de la délégation, et le ministre de l'Administration du territoire José Binoua.



Charles d'Almeida in L'Inter
Jeudi 10 Janvier 2013
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