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Côte d’Ivoire: témoignages sur les événements de Béoumi

Les 15 et 16 mai dernier, la ville de Béoumi à 60 km à l’ouest de Bouaké était le théâtre de violences intercommunautaires meurtrières entre jeunes baoulés et malinkés. Au moins une douzaine de morts et près d’une centaine de blessés. Tout est parti d’une altercation entre un jeune apprenti chauffeur de minicar et un moto taxi. La rumeur, fausse, de la mort du moto taxi, a provoqué un déferlement de violences sans précédent dans cette ville de 60 000 habitants. Quinze jours plus tard, malgré une chape de plomb qui pèse sur la ville, les langues se libèrent et les habitants témoignent.


Mercredi 15 au matin la rumeur infondée de la mort du moto taxi répandue sur les réseaux sociaux, a provoqué le soulèvement de groupes de jeunes baoulés déterminés à en découdre contre leurs voisins malinkés. Et la réplique des Malinkés.

Cette soudaine éruption de violence a en tout cas surpris tout le monde, à l’image de ce jeune lycéen baoulé : « Y avait des gens qui circulaient partout avec des machettes, on ne pouvait pas sortir. J’ai dû passer la nuit chez mon ami. Le jeudi, j’ai décidé de rentrer chez moi. Il y avait des dégâts, des maisons incendiées… On a parcouru 50 km pour partir chez nous au village à pieds. Là-bas il n’y avait pas de problèmes. »

Hamed, lui, est menuisier. En rentrant d’un chantier en ville ce mercredi-là, sans savoir ce qui lui arrivait il a été blessé par du petit calibre au bras et au dos. « Je revenais du travail. Un chantier au niveau de la gendarmerie. Et à mon passage à ma grande surprise j’ai reçu trois balles… Plus tard, j’ai voulu aller à l’hôpital pour me faire soigner. Malheureusement il y avait un barrage. Les jeunes n’ont pas voulu que je passe. Les balles sont toujours dans mon corps. »

Youssouf, la trentaine, a passé ces deux jours sur une barricade pour protéger maisons et boutiques du quartier Commerce, habité surtout par les Malinkés. « Les gens essayaient de rentrer au quartier Commerce, dit-il, juste derrière la mairie. Cinq à sept personnes. On essayait de leur montrer qu’on était là. S’ils étaient rentrés, on aurait reculé. »

Plus de deux semaines après les faits, tout en appelant à l’apaisement, chaque communauté accuse l’autre d’être à l’origine de cette flambée de violences meurtrière qui a ancré la défiance entre elles.
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Lundi 3 Juin 2019
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