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Côte d’Ivoire - Presse - Les tritrologues sont-ils manipulés?


Côte d’Ivoire - Presse - Les tritrologues sont-ils manipulés?
Depuis l’avènement du multipartisme qui a entraîné de fait la multiplicité des journaux dans notre pays, tous les matins, du lundi au samedi, le rituel est le même. Des dizaines de personnes de tout âge, sont amassées devant les kiosques à journaux des grandes villes deCôte d’Ivoire, les regards figés sur les Unes volontairement accrocheuses. Les commentaires sont également toujours les mêmes. Les partisans du pouvoir en place restent concentrés sur les grands titres des journaux proches de leur parti politique. Ceux de l’opposition font de même.
On les appelle, en Côte d’Ivoire, les titrologues. Parce qu’ils passent leur temps, faute de moyens, à ne lire que les grands titres des journaux, puis se lancent dans des discussions politiques enflammées, sur la base de ces seuls titres qu’ils viennent de lire. Il paraît même que certains d’entre eux, ne sachant lire, se contentent de regarder uniquement les photos des Unes pour « s’informer » et participer à ces débats politiques aux positions figées. Cela pose, de fait, la question de savoir : comment peut-on avoir des discussions politiques, dans les maquis, les bars, sur les marchés ou même en privé à partir de simples titres de journaux lus ou d’images vues, sans construire et véhiculer des rumeurs? La seule lecture de ces titres peut-elle suffire à comprendre l’actualité nationale et internationale ? Et comment peut-on avoir connaissance d’un article sans l’avoir lu ? Face à ce phénomène de titrologie qui prend de l’ampleur partout en Afrique, notamment dans les grandes villes, la plupart des journaux sous influence des partis politiques ont compris tout le bénéfice qu’ils peuvent en tirer. Il suffit pour cela d’afficher à la Une d’un journal, un gros titre assez ouvert dans son interprétation, facile à retenir et colporter. Quelquefois même, les contenus des articles n’ont rien à avoir avec ces titres pompeux. La force de cette technique est de pouvoir faire passer aussi des messages politiques parfois codés à des esprits déjà conditionnés pour cela. Le reste du travail à faire est donc effectué par ces titrologues qui, de bonne foi, se chargent de diffuser ce que les concepteurs de ces messages politiques subliminaux veulent faire passer à travers ces titres.

Voilà comment, à partir d’un titre ou d’une photo à la Une d’un journal, plusieurs scénarios peuvent être construits et propagés avec la force et la conviction de quelqu’un qui a entièrement lu l’article dont il fait référence. Parfois même, ces pratiques, à la limite de la manipulation psychologique et politique, conduisent ces titrologues à en venir aux mains pour imposer des « vérités » sur les seules bases de ces titres. Ces dérives ont fortement contribué à la dégradation du climat social ivoirien depuis la crise de l’ivoirité jusqu’à la récente crise post-électorale. Ces grandes Unes, minutieusement construites avec de fortes charges émotionnelles et psychologiques, sont certes destinées à vendre le produit commercialisé, mais également faites pour alimenter le débat politique du moment. Lorsqu’un journal titre, par exemple, « la double victoire de Gbagbo », après les dernières élections législatives ivoiriennes, on se demande de quelles victoires on parle. Des titrologues défendront mordicus cette double victoire, sans pouvoir l’argumenter ni la justifier. Un autre journal a aussi titré, il y a quelque temps: « Voici les preuves de l’assassinat de Kieffer ». Cette affirmation, ne reposant sur rien, a été propagée par des titrologues qui n’ont fait que répandre un souhait politique émis par un organe de presse politique. Récemment, un autre journal titrait : « Comment le Fpi tue ses cadres ». Ou encore : » Can 2012, défaite des Eléphants, un mystique révèle : « Ils ont joué contre des fantômes », voilà pourquoi nous avons été battus par les Zambiens. Les titrologues se chargeront du reste. Chaque acteur dans ce système joue à merveille sa partition. Mais, toujours en prenant en otage les nombreuses populations qui sont conditionnées, politisées et continuent à être manipulées, le plus souvent par naïveté et ignorance, par des titrologues, eux-mêmes manipulés de manière consciente par des acteurs politiques des médias.

MACAIRE DAGRY
macairedagry@yahoo.fr
In Fraternité Matin
Mardi 6 Mars 2012
La Dépêche d'Abidjan



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