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La Dépêche d'Abidjan

Côte d'Ivoire - OURAGAHIO : Des populations découvrent les modes de désignation et de destitution d'un chef de village.


Tchéro Vatté Jean-Baptiste, anciennement procureur de la République près le Tribunal de première instance de Bouaké, aujourd'hui à la retraite, a prononcé une conférence publique sur le thème : "Problématique de désignation et de destitution d'un chef de village."
C'était jeudi 28 mai, à la salle des fêtes de la sous-préfecture de Ouragahio.



Chef du village de Krogbopa et chef de tribu Blouga, le conférencier, Tchéro Vatté Jean- Baptiste, a souligné que la chefferie traditionnelle est régie par des textes depuis l'époque coloniale jusqu'à ce jour.
Selon lui, dans un village, il y a plusieurs familles avec chacune à sa tête un chef de famille. Et c'est à ces derniers qu' il appartient de choisir le chef de village. En liaison avec le chef de terre qui est le détenteur exclusif des comportements observables appelés us et coutumes, le chef de village désigné est présenté à toute la communauté du village. Un procès-verbal établi au cours de cette séance est adressé au sous-préfet de la circonscription administrative. Lequel à son tour tient un rapport à la disposition du préfet qui prend un arrêté préfectoral de nomination. " Le chef est nommé à vie. Une fois nommé, il assure les fonctions de protection des personnes et des biens, de sécurité, de propreté. Il renforce la cohésion sociale et l'harmonie. Il est le garant de toutes les terres et des us et coutumes", a fait remarquer le conférencier. Cependant, précise-t-il, certaines circonstances peuvent conduire à sa destitution, une action qui est un problème récurrent et cela dans une forme de parallélisme. Entre autres, un acte d'adultère commis, avéré et constaté par un huissier de justice, un détournement de fonds publics, un manquement grave ou une incapacité physique et morale dûment établie par un médecin.


Quant à Gbizié Lambert, chef du village de Tchedjelet et par ailleurs 2ème vice-président de la chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d'Ivoire, il a regretté à cette conférence publique l'absence des cadres et des jeunes dont certains sont des déstabilisateurs dans les villages du département de Gagnoa.
"Une conférence qui leur apporterait un peu plus dans l'acquisition du savoir ", a-t-il avancé. Gbizié Lambert est revenu sur le projet de loi transmis au gouvernement et adopté par le parlement qui situera les chefs traditionnels et rois de Côte d'Ivoire sur le fonctionnement de leur institution. Mais également sur la gestion quotidienne de leurs localités respectives. Puis il a rappelé qu'en 1990, avec l'avènement du multipartisme, la tendance de démettre un chef de village parce qu'il n'était pas de même bord politique que la plus part des jeunes et cadres était la mode. Aujourd'hui la loi de 2014 , à son article 47, non seulement protège le chef de village mais également restaure sa dignité.


Le sous-préfet de Ouragahio, Fofana Lanciné Kader, a rappelé que la loi no 14/451 du 5 août 2014, portant organisation générale de l'administration de l'état, établit que le village est la circonscription administrative de base du territoire administré par un chef de village qui est chargé d'accepter des tâches d'exécution pour le compte de l'État sous l'autorité du sous-préfet." D'une façon générale le chef de village constitue les yeux, les oreilles et la bouche du préfet dans son village. Il a le statut d'agent public de l'État et non un simple collaborateur extérieur. C'est ce qui justifie la protection particulière que la loi lui accorde. Sa désignation et sa destitution sont encadrées par la loi, car le législateur veut éviter l'instabilité dans les villages de Côte d'Ivoire à travers des destitutions récurrentes qui mettent à mal le développement économique et social de ces localités" a-t-il souligné. Puis Fofana Lanciné d'ajouter qu'une société qui destitue à chaque saison son chef se fragilise elle-même et jette un discrédit sur les personnes qui la composent. "Apprenons à respecter nos chefs de village, à les assister, à les soutenir et à les accompagner. Sachez qu'il n'y a pas de pouvoir qui ne vienne pas de Dieu", a conclu le sous-préfet de Ouragahio.

Jefferson GNABRO
Correspondant permanent à Gagnoa.
Vendredi 29 Mai 2020
La Dépêche d'Abidjan



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