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La Dépêche d'Abidjan

Côte d’Ivoire - Génocide des Wê : Un collectif de victimes répond à Anne Ouloto


Déclaration du collectif de parents des victimes du génocide de Duékoué, suite aux propos de Anne Ouloto, le samedi 4 mai 2019 à N’Douci.

La présente réaction porte sur une dénonciation de la sortie de la ministre Anne Ouloto sur le génocide Wê : le génocide du peuple Wê (les Wobé et les Guéré, peuple de l’Ouest de la Côte d’Ivoire), un génocide qui s’est étalé du début de la rébellion en Septembre 2002 jusqu’après le 11 Avril 2011.

Un génocide, selon les définitions respectives du Larousse, de Wikipédia et des Nations-Unies, c’est un crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; c’est la soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants qui visent à un tel but. Un génocide, c’est un meurtre collectif, direct ou indirect, c’est le refus du droit à l’existence de groupes humains entiers, de même que l’homicide est le refus du droit à l’existence d’un individu.

Voici bien, chers lecteurs, une série de définitions qui cadrent de façon indiscutable avec la réalité de la longue tragédie subie par le peuple Wê : dans l’ensemble des huit départements de notre aire géographique d’origine, de 2002 à 2011 et même longtemps après, nous en avons vu de toutes les couleurs. S’agissant de destruction partielle d’un groupe ethnique, de Sémien à Taï, de Toulépleu à Kouibly, Guiglo, Bloléquin, Duékoué, Bangolo et Facobly, déjà, en 2002, puis après, Guitrozon, Petit-Duékoué, Nesobly, Bakoubly, Bagohouo, Zia, Yrozon, Blodi, Kahin, Gohouo-Zagnan, Gbaoubli, Guézon, etc… nos morts et nos disparus se chiffrent en plusieurs centaines par village, à répétition sur plusieurs années ! La soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe ?

A lire aussi : Dossier riz avarié à Abidjan: Ouattara veut les résultats de l’enquête avant le 15 mai 2019

Le peuple Wê a connu cela dans les camps-mouroirs pour réfugiés à la Mission catholique de Duékoué en 2011 (on y comptait au moins sept à dix morts par jour- au moins- souvent du fait du riz, farine ou conserves avariés !), au camp de Nahibly à Duékoué où, sur les terres de leurs ancêtres, les Wê ont été massacrés à coups d’armes de guerre, de hache et même d’incendie, sous les yeux de soldats marocains des Nations-Unies affectés à leur sécurité, sans qu’aucune enquête officielle ait été menée à ce jour. Les mêmes Wê, expropriés de tous leurs biens (matériels, financiers et fonciers) ainsi que beaucoup d’autres Ivoiriens, continuent de mourir actuellement en grand nombre dans des camps de réfugiés au Ghana, au Libéria, au Togo,…

Quant aux entraves aux naissances, la pratique la plus courante de ceux qui tuaient pour les intérêts de la France, consistait à éventrer des femmes enceintes ; des organisations non-gouvernementales fantômes, genre ‘’arche de Zoé’’ (incriminée au Tchad en 2009-2010 ?) ont procédé, dès 2003, à des transferts d’enfants de très bas âge, portés disparus tout comme ces O.N.G. elles-mêmes à ce jour ! En termes de meurtre collectif, direct ou indirect, de refus du droit à l’existence de groupes humains entiers, que de bébés d’ethnie Wê décapités ou jetés au feu, que d’enlèvements et d’exécutions sommaires ou extrajudiciaires massives contre les adolescents et adultes du groupe ethnique Wê !

Tout le temps qu’a duré cette tragédie, certains des nôtres, chefs ou propriétaires terriens étaient traqués, pourchassés pour être tués par des allogènes et des allochtones dans le but de voler leurs parcelles de terre ! Et dire que dans bien des cas, ces crimes de masse avaient lieu à quelques mètres des barrages des soldats français de la Licorne et de l’O.N.U. quand ce n’était pas ces troupes étrangères elles-mêmes qui, comme en 2002-2003 et en 2011, par des attaques ou des bombardements, ouvraient la voie à tous les massacres contre nous…
Y aurait-il une autre norme qui manque au chapitre pour que notre tragédie – celle des Wê – ne soit pas considérée comme un génocide ? Quelle serait ou alors quelle est cette norme ? Celle du nombre ? Le nombre ou les chiffres élevés, entre nous, ont-ils droit de primauté sur cette intention bien réelle et très méchante qui nous a ciblés en tant que groupe ethnique à éradiquer, du fait même de notre patriotisme qui, par plusieurs fois, a barré la route aux attaques de déstabilisation de notre pays mais alors et surtout pour nous voler les riches terres léguées par nos ancêtres ?

Bien plus que de simples questions, le paragraphe qui précède est un défi à relever par tout Wê, pour notre honneur, pour notre dignité, pour notre survie et pour notre histoire. C’est à nous Wê et à nous d’abord, de crier au génocide des Wê à la face du monde. Ce devoir nous incombe, à nous Wê, si nous voulons éviter d’être insultés ou moqués du regard par nos contemporains ou pire, maudits par notre postérité. C’est pourquoi, nous vous invitons le 29 Mars 2020 à Duékoué, à l’occasion de la septième commémoration des massacres du 29 Mars 2011 au quartier Carrefour.

À vous tous, Wê d’ici et de la diaspora, à tous nos amis démocrates, professionnels des médias, historiens, juristes, sociologues, psychologues, chercheurs, écrivains, artistes et autres, aux universitaires des cinq continents, épris de justice et de paix, venez découvrir la vérité sur les drames ou les tragédies de nos peuples africains. Une date et un lieu : ce 29 Mars 2020 à Duékoué-Carrefour dès 16 h G.M.T.

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour et Nahibly)
Emmanuel Caleb, porte-parole

Mardi 7 Mai 2019
La Dépêche d'Abidjan



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