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La Dépêche d'Abidjan

Coronavirus et " Infodémie"

Le coronavirus et son autre nom scientifique, le covid-19, frappent ; semant, partout, larmes et désolation, mais suscitant surtout en nous maintes interrogations : que se passe-t-il ? Qu’est-ce que ce maléfice qui empoisonne notre existence ? Quand prendra-t-il fin ? Combien de morts y a-t-il eu aujourd’hui ? Etc. Les Ivoiriens, avec leur sens stupéfiant du raccourci, résument toutes ces interrogations en trois mots : « On dit quoi ? » Rien de plus vague pour donner libre cours aux commérages. « On dit quoi ? » En pays baoulé, ils disent : « Bé woin nzê ? » Et l’interlocuteur de répondre… par une question (réaction très ivoirienne) : « Kê sai ? (À propos de quoi ?).


C’est dans ce climat de soif d’informations suscitée par l’angoisse, la peur du lendemain, que s’est affirmée une tendance vraiment maladroite, sinon agaçante, sur les réseaux sociaux : la pollution informationnelle par la diffusion de milliers de vidéos, d’émoticônes et autres infographies sur les adresses numériques. Les vidéos, ah ! Ces vidéos. Et les clips vocaux alors ! Les spécialistes de la Communication ont trouvé le mot pour qualifier cette tendance : « l’infodémie », ou l’inflation de l’information ; l’infodémie ou la crise de la communication.

La récente « crise du BCG » qui a déclenché une poussée d’adrénaline chez les Africains[1] a vu, portée à son apogée, cette culture populaire et nocive de l’information fabriquée et diffusée à grande échelle. Ici, un clip vocal vous décrit sur un ton alarmant et avec de fausses preuves, comment les Blancs (notamment des médecins français) ont infiltré le territoire ivoirien et parcourent les villages pour inoculer ce vaccin criminel à nos populations sans défense ! Vous n’avez pas fini de revenir de ces inepties qu’un autre clip se signale. Et c’est grave cette fois-ci : le quidam vous explique comment les Présidents Alassane Ouattara et Macky Sall ont vendu la vie des Ivoiriens et des Sénégalais à des firmes pharmaceutiques françaises, et comment des légions de criminels vaccinateurs blancs et chinois ont pénétré nos cités et vacciné des milliers d’Ivoiriens et de Sénégalais ! N’importe quoi !

À peine venez-vous d’effacer de votre portable de telles stupidités, qu’un lot de dix vidéos vous parvient : là, on vous montre une « manifestation en Afrique du Sud » contre des vaccinateurs pris en flagrant délit de vaccination illicite ! La vidéo ne donne à voir aucun vaccinateur, aucun vacciné, aucune blouse blanche dans les parages. Il s’agissait en réalité d’une vieille manifestation syndicale et populaire (à caractère uniquement social donc) contre la cherté de la vie, dans un pays africain !

Vidéos, clips vocaux, graphisme, etc. On ne prend même plus la peine de dire bonjour au destinataire du sms, de s’enquérir de sa santé. Non. On balance tout sèchement des informations fantaisistes, souvent sans intérêt, sur nos portables, en experts chronophages. Le plus marrant et exaspérant, c’est quand ils mentionnent : « Regarde vite avant que la CIA ne supprime. » Mon œil ! Il s’agit, souvent, de vieilles vidéos qui circulent sur les réseaux depuis des mois, voire des années, sans aucune censure. Combien de nigauds ne se sont-ils pas laissés prendre à ce jeu malsain ?

Nos portables sont ainsi agressés par ces informations parasites, reflet d’une boulimie de communication qui n’aurait pas été vraiment nocive si elle n’était sous-tendue par des intentions peu sérieuses : perturber le reste de quiétude des populations déjà fragilisées par cette crise sanitaire qui n’en finit pas de causer ici et là, des poussés hypertensives, des montées de glycémie, des récurrences de stress, et pis, de semer des morts. Provoquer aussi des troubles sociaux en brouillant la lisibilité de l’actualité politique.

Nous vivons une période de détresse généralisée ; et seuls les gens anormalement normaux peuvent se prévaloir d’une sérénité absolue. C’est le temps des peurs normales, des angoisses normales, du pessimisme destructeur. Dans ces conditions, est-ce utile et sain d’en rajouter à ces terreurs intérieures en diffusant des informations non seulement fausses en général, mais effrayantes ? Pourquoi en rajouter à l’effroi ? Pourquoi semer l’alarmisme, là où les cœurs affectés ont besoin d’un peu de compassion et de baume ? Pourquoi ‘‘catastrophiser’' et terroriser, là où quelque once d’optimisme apaiserait nos esprits ? Il faut le dire : l’information à visée déséquilibrante est un acte terroriste, indiscutablement criminel… qu’il faut donc criminaliser et sanctionner.

Le plus inquiétant, c’est l’identité des diffuseurs de ces niaiseries horripilantes : très souvent, elles nous parviennent de personnes dont la qualité du cerveau ne semblait souffrir aucune faille : universitaires, hauts cadres de l’administration, gens hautement diplômés : enseignants, chercheurs, pharmaciens, médecins, ingénieurs, etc. Il faut donc convenir qu’il y a des bien-pensants et physiquement bien-portants, mais non mâtures, et incapables de faire bon usage d’un portable et d’une connexion Internet ! Et on se demande alors ce qu’est devenu ce pays, notre pays ; ou bien ce qui est advenu de ces gens qui paraissaient dotés de raison et d’intelligence !

Mais il ne suffit pas de déplorer cette ‘‘infodémie’’ cinglée ; il nous faut lui administrer remède. J’ai appliqué le mien : fermer l’accès de mes adresses électroniques à ces alarmistes, ces propagateurs de nouvelles vilaines et fausses ; ces inconscients de désinformateurs qui ont choisi de diffuser la terreur et le pessimisme sur les réseaux plutôt que de cultiver l’espoir qui fait vivre. Faites comme moi, chers concitoyens : bloquez ces terroristes du Net. Le coronavirus et le confinement devaient pouvoir suffire à nos peines. Il n’est point besoin d’en rajouter.


Tiburce Koffi, écrivain.

In operanews.com

Tiburce Koffi/gnametkoffi@gmail.com


[1][1] Histoire d’un médecin français qui, au cours d’une émission télé, a évoqué la perspective d’expérimenter outre l’Australie, en Afrique, le BCG et ses réactions au covid-19.




Dimanche 26 Avril 2020
La Dépêche d'Abidjan



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