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Contrepoint : Que Karim et Cie restent en prison s’ils sont coupables !


Contrepoint : Que Karim et Cie restent en prison s’ils sont coupables !
Il serait aberrant, voire iconoclaste ou irrévérencieux, de voir un journaliste prendre le contre-pied de son directeur de publication dans le même espace qu’ils ont en commun. Mais la liberté d’expression contradictoire et anticonformiste étant le socle sur lequel est bâtie la ligne éditoriale du Témoin, il m’est loisible d’apporter un contrepoint à la position de mon dirpub quand bien même je partagerais plusieurs des points de vue de son éditorial paru dans la dernière édition du Témoin.
Dans cette dernière édition, MON (Mamadou Oumar Ndiaye), le patron de ce canard, a plaidé pour la libération sans autre forme de procès de Karim Wade et compagnie tout en reconnaissant qu’ils avaient mis en place, du temps de leur splendeur, un système de prédation pour s’enrichir illicitement. Pour lui, les faits dont on accuse aujourd’hui l’ex-ministre du Ciel et de la Terre sous Wade peuvent être reprochés à tous les hommes politiques sénégalais qui ont eu à gérer des postes de responsabilité depuis le régime de Senghor en passant par celui d’Abdou Diouf jusqu’à l’ère Abdoulaye Wade. Et, à en croire toujours MON, ceux qui sont actuellement au pouvoir ne pourront en aucun cas échapper à ces excentricités consubstantielles à tout exercice de pouvoir. Pour éviter de plonger le Sénégal dans les abysses d’une chasse aux sorcières sans fin qui immobiliserait le pays et relèguerait au second plan ses vraies priorités, le pouvoir devrait s’inscrire dans le sens d’enclencher une procédure doucereuse pour recouvrer les biens mal acquis par les dignitaires du Pds. Ou procéder à une sorte de Commission Vérité et Réconciliation économique, histoire de récupérer les milliards spoliés de la Nation sans mettre les détourneurs qui auraient avoué leur crime et remboursé l’argent pris, en prison. Bien évidemment, cette conception qu’a M. O. N. de passer l’éponge sur les deniers détournés détonne avec celle que j’ai de la gestion des biens publics.
S’il est vrai que le processus de récupération des biens publics volés risque de prendre une éternité, il n’en demeure pas moins que, selon moi, ceux qui sont accusés d’enrichissement illicite et de prévarication doivent rendre des comptes à la justice de notre pays. En effet si, dans les régimes précédents, un laxisme a été constaté dans le châtiment à infliger aux détourneurs de l’argent public, lesquels ont été blanchis ou absous au nom d’une appartenance au nouveau parti au pouvoir, c’est-à-dire d’une ignoble transhumance, il ne devrait pas en être ainsi à mon avis dans une République qui prône la vertu, la bonne gouvernance et l’irréprochabilité. Bref, la rupture sur tous les plans. La reddition des comptes est le primum movens de la bonne gouvernance. Seulement voilà, jamais cette nécessaire reddition ne doit être motivée par des desseins vindicatifs. Le règlement des comptes est la marque d’un Etat revanchard. Le président Macky Sall est aujourd’hui porteur de cette lourde responsabilité consistant à exiger des comptes à ses prédécesseurs. Et ce même si son patrimoine au moment d’entrer en fonction laisse planer un doute tenace sur la licéité de son acquisition. Libérer Karim Wade et compagnie à cette étape de la procédure où la commission d’instruction de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite poursuit son travail aurait des conséquences désastreuses pour la crédibilité de nos institutions. Ne pourrait-on pas avoir le même raisonnement à l’endroit des voleurs de poules, des consommateurs ou vendeurs de quelques sachets de chanvre indien ou encore de violeurs de nymphes ? La Justice s’affaisserait alors et l’Exécutif se décrédibiliserait jusqu’à une chute qui risquerait d’être retentissante.
Dans l’organisation de l’Etat, il ne faut pas laisser le sentiment aux citoyens contribuables que les crimes économiques absous sont moins importants qu’un flagrant délit qui reçoit toujours une sanction punitive. Quand des Sénégalais qui ne sont pas plus doués que les autres – même si à un certain moment le prédécesseur de M. Macky Sall avait distillé la thèse nietzschéenne selon laquelle sont fils est un surhomme –, qui n’ont pas suivi des études plus poussées que les autres, qui n’ont pas acquis une noblesse de naissance que les autres n’ont pas, quand ces Sénégalais, donc, sont choisis exclusivement parmi les 13 millions que compte notre pays pour occuper des postes de privilèges avec tous les passe-droits y afférents, leur seule et unique mission devrait être de gérer dans la plus parfaite transparence les biens qui leur sont confiés. Au Sénégal comme dans plusieurs pays du monde, le poste de ministre est un moyen de se servir des deniers mais pas de servir la Nation avec ces mêmes deniers. Cette image kleptocrate qui colle à nos traditions républicaines comme la tunique de Nessus doit être gommée tant elle nous confine à une impuissance qui nous cheville inextricablement à la mal-gouvernance. Etre un pays du tiers-monde, un PPTE (pays pauvre très endetté) ne doit pas empêcher d’aspirer à une transparence et une honnêteté dans la gestion des deniers publics. D’ailleurs le vol, la prévarication, la concussion, la corruption sont à l’origine de cette pauvreté ambiante que l’on retrouve dans tous les pays pauvres. Les aides publiques au développement, les ressources de l’Etat ont depuis 1960 servi à enrichir une caste de politiciens paresseux et véreux au détriment de la masse travailleuse et soucieuse de subvenir à la simple dépense quotidienne. Ces pratiques anciennes de mal-gouvernance, qui tranchent avec une République vertueuse et irréprochable, ont appauvri le Sénégal dans son ensemble. Il est vrai qu’une démocratie nimbée de toutes ces valeurs conviendrait selon la conception rousseauiste à un monde de dieux mais cela ne doit pas empêcher nos nations pécheresses de tendre vers cet idéal. Les pays qui sont parvenus à réduire la corruption et toute pratique afférente à la mal-gouvernance sont sortis du cycle de la pauvreté. Faire croire aux Sénégalais qu’avec l’argent sale, c’est-à-dire acquis par le biais de pratiques maffieuses, de détournements on peut relancer l’économie et booster la croissance consisterait à encourager les Sénégalais à ne recourir qu’à de tels expédients pour se nourrir voire s’enrichir. Et l’éthique dans tout cela ? Certes, l’on pourra me rétorquer que ventres affamés n’ont que faire de l’éthique, de la vertu ou de la bonne gouvernance. Et que si la prévarication et le vol parviennent à satisfaire les besoins animaux c’est-à-dire manger, boire et se vêtir, alors autant y faire recours. A cela, je répondrai que des pays riches où la faim n’est qu’un mot de dictionnaire, ont fait des valeurs de la bonne gouvernance le socle de leur développement sans avoir eu besoin de recourir à des pratiques maffieuses.
Pour toutes les raisons que voilà, j’estime que Karim Wade et compagnie doivent rester en prison tant que la justice n’aura pas établi les preuves de leur culpabilité ou de leur innocence. Qu’importe si l’argent volé doit, à cause d’une procédure sinusoïdale longue, mettre une éternité pour retourner dans les coffres-forts de l’Etat. Qu’importe si les mis en cause s’arriment à leur innocence pour nier durablement les faits qui leur sont reprochés. L’essentiel est que les contribuables pressurisés par les prédateurs sentent que la justice est enfin rendue. Et ce même si les méthodes utilisées pour recouvrer les biens volés ne sont pas exemptes de reproches.
Absoudre est un acte de grandeur quand la personne incriminée reconnait les faits qui lui sont reprochés et demande pardon. Condamner est un acte de justice quand les preuves de la culpabilité des mis en cause sont établies de manière indéniable.

Serigne Saliou Guèye
« Le Témoin » N° 1121 –Hebdomadaire Sénégalais ( AVRIL 2013)

Mercredi 1 Mai 2013
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