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CÔTE D'IVOIRE - Tiburce Koffi cogne le régime Ouattara et appelle Guillaume Soro au secours: «Le peuple (...) a tant besoin de changements»

" Ah ! Comme m’obsèdent, les images tristes de ces masses désœuvrées dans les rues d’Abidjan, tandis que paradent le cortège rutilant des princes de nos finances violées. Et ces colonnes de hères de Cocody-danga, ces sans-abris au regard de bêtes traquées par des politiques assoiffées d’argent et de prestiges vains ! A quand la fin de ce cauchemar, cet effroi tourbillonnant dessus nos têtes apeurées ? A qui le tour ?
« Vous avez dit sous-dévoloppement? »


A quoi reconnaît-on un pays développé, et un autre qui ne l’est pas ? A des critères précis. On connait l’essentiel de ces critères : le PIB, le PNB, la croissance (le catéchisme de notre cher et grand économiste Kablan Duncan !), le taux de chômage, le ratio hôpitaux, écoles et autres ERP/habitants (1), la compétitivité du tissu industriel, la fiabilité de la monnaie support de l’économie nationale, le niveau d’inventivité technologique, la puissance militaire, l’efficacité diplomatique, la production agricole, etc.

Sur tous ces points, les pays sous-développés affichent des insuffisances criantes, choquantes parfois quand ceux, dits développés, exposent des excédents, voire des excès.

Pour nous autres observateurs attentifs des misères de ce continent (particulièrement celles de notre pays la Côte d’Ivoire), on reconnait les pays sous-développés par d’autres constantes plus simples. Entre autres :

— la vétusté des canaux de communication, le manque d’imagination de la presse locale, notamment la télévision nationale, le journal progouvernemental. En règle générale, ils sont sous le contrôle de l’Etat (ce n’est pas une tare absolue) et servent des reportages aussi insipides que ridicules. La Rti continue ainsi d’abrutir son public par des reportages sur les voyages du chef d’Etat avec les mêmes plans filmiques de l’époque de Joseph Diomandé : le classique accueil du chef par l’équipe gouvernementale et des hauts chefs de l’administration (Dg, Pca, PAN), les mains qu’il sert, l’aurevoir du chef à partir de l’échelle de coupée, le décollage de l’avion… que la caméra suit, haut dans le ciel, jusqu’à ce qu’il disparaisse ! Nègreries, nègreries !

— la bipolarité du tableau social : une élite possédant la presque totalité de la richesse nationale ; et les masses, dans un manque cruel qui achève de révolter le plus pacifique des agneaux de Dieu. Tout au plus, l’on y observera une classe moyenne peinant et grouillant entre mille et une combines pour sortir de cette vie de débrouillardise et rejoindre l’élite de riches, à l’issue d’un marathon fait souvent de viles compromissions et abdications ;

— la prospérité du fait religieux : prêtres, imams, pasteurs, églises, prophètes, mosquées, temples, synagogues et autres lieux de culte où la masse des désespérés, ces « naufragés de l’espoir » (Kaba Taïfour), ainsi que les élites décervelées, s’en vont, les premiers confier la résolution de leurs problèmes à un hypothétique faiseur de destin, les seconds, s’abandonner au délire mystique (une caractéristique du règne des Refondateurs) et dans la conviction qu’ils doivent leurs richesses (souvent mal acquises) à la volonté de ce même Dieu ;

— L’altération de ce que le philosophe ivoirien Adou Koffi appelle « la densité vitale » ;

— enfin, la récurrence des problèmes essentiels du pays.

Ces deux derniers points retiennent mon attention.

Régression sociale et récurrence des problèmes
Un sondage montrera aisément que les Ivoiriens, dans leur ensemble, vivent moins bien que sous le régime des « Refondateurs » dont l’on disait pourtant peu de bien en matière de justice sociale. Il était reconnu aussi que sous le régime de Konan Bédié, la paupérisation était devenue inacceptable. Cette image de l’Ivoirien qui ne peut s’offrir trois repas par jour, date de « l’ère Bédié. » L’expression « mort subite » pour désigner cet état de cruelle indigence date aussi du quinquennat 1994-1999 du successeur de Félix Houphouët-Boigny. Sous Laurent Gbagbo, l’on a encore dit que la majorité des Ivoiriens ne pouvait s’offrir trois repas par jour… comme s’il était même nécessaire que des adultes mangeassent trois fois par jour — quel appétit glouton !

Aujourd’hui, sous l’actuel régime, je lis et entends ce même discours. Ce qui revient à dire que, de 1994 à 2018, soit pendant 24 ans (le temps d’une génération), le problème est resté en l’état. Aucune solution à ce mal social de grande ampleur et décrié par tous les opposants auxquels l’histoire a pourtant et judicieusement offert l’occasion de parvenir au pouvoir, donc de régler la question. Rien et rien. Le mal est là. Serein comme le regard d’un voyou endurci, et imperturbable comme le visage d’un cadavre ! Aucun dirigeant n’aura donc satisfait à cette attente sociale cruciale, ni respecté cette promesse électorale.

Le tableau social ivoirien navre en matière d’injustices : emprisonnements arbitraires, détention de citoyens, sans jugements, prisons bondées, centres de santé devenus des mouroirs, des milliers d’Ivoiriens en exil, maintes violations des droit élémentaires de l’Homme ; et tout ceci, avec la complicité du silence de l’élite corrompue, et la participation, tout aussi silencieuse, de l’Institution judiciaire à ces offenses aux libertés citoyennes. Justice aux ordres. Justice sourde aux cris de protestations de quelques voies courageuses de la société civile. Tel est l’état de la justice ivoirienne et toutes ces choses mauvaises qu’hier, dans l’opposition, les dirigeants actuels avaient dénoncées, sans appel et sans concession !

Autre toile d’injustices spectaculaires et tout aussi navrantes : comme hier, les anciens riches ont disparu dès que perdu le pouvoir politique, pour laisser la place à une nouvelle élite de rapaces sociaux exhibant maints signes extérieurs de richesse révoltante : résidences princières construites en un tour d’opérations financières dextres, parc autos fournis plus que de raison, achat ou accaparement de centaines d’hectares de terre cultivables, missions à l’étranger à n’en plus finir pour… rapporter quelles expériences de gestion de l’entreprise, ou du pays ? Rien.

Ce qui choque ici, c’est que ce sont des tares relevées par chaque parti politique et son leader, quand ces derniers étaient dans l’opposition. Les années se succèdent ainsi ; de même, les leaders au pouvoir (Pdci, Fpi, Rdr) ; mais les problèmes et tares dénoncés sont resté intacts. L’on a même le sentiment que nous allons de mal en pis. Quoi de plus attristant et désolant en effet que d’entendre les mêmes masses qui, hier, ont crié, « A bas Gbagbo », hurler aujourd’hui « Gbagbo kaffissa — Gbagbo revient ! » Et j’entends encore Alpha Blondy chanter à Yamoussoukro devant Bongo et Houphouët-Boigny, en 1986 :

« Vive le Présidennnnt ! A bas le Président.

Vive le Généraaaalll. A bas le général. »

Désolante métamorphose
Désillusions ! Voilà par quoi se caractérise le tableau social ivoirien. Ici tout semble aller de déception en déceptions, tant les attentes sont restées insatisfaites, à la grande et muette stupéfaction des masses tétanisées par tant de désinvoltures injurieuses. Les voix enchantées des prophètes de l’abondance et du bonheur qui, hier, ont suscité l’euphorie de ces masses, ont fait place maintenant aux édits secs, musclés et sans concession du chef-dieu- charismatique au pouvoir illimité et tranchant comme coutelas de grand criminel. Ah ! Comme m’obsèdent, dans ma retraite loin du pays, les images tristes de ces masses désœuvrées dans les rues d’Abidjan, tandis que paradent le cortège rutilant des princes de nos finances violées. Et ces colonnes de hères de Cocody-danga, ces sans-abris au regard de bêtes traquées par des politiques assoiffées d’argent et de prestiges vains ! A quand la fin de ce cauchemar, cet effroi tourbillonnant dessus nos têtes apeurées ? A qui le tour ?

Mais où donc est notre chef ? Ce chef si proche de nous hier, devenu à présent plus inaccessible que Jéhovah-Dieu caché quelque part dans un coin douillet du paradis céleste d’où il contemple la tragédie humaine ! Qu’est devenu notre guide, ce leader si tendre d’hier ? Il est devenu soudain un Magistrat brutal, inflexible face aux suppliques des démunis. Où est notre frère, notre père sauveur d’hier ? Quoi ? Est-ce vraiment lui, ce héros-nôtre devenu soudain étranger à nos cris de désespoirs, ce roi-roc et myope, iroko sourd à son peuple et administrant maintes humiliations et supplices inouïs aux faibles ?

Non, chers concitoyens ! Et on doit pouvoir le dire nettement et respectueusement au chef, sans intention aucune de l’offenser, sauf l’aider à redresser la barre : le tableau de ces habitants de Cocody-Danga, se retrouvant soudain dehors, sans plus de maison, à cette période de pluies orageuses et en pleine année scolaire, est difficilement supportable et explicable.

Sur notre Terre Ivoire, se joue ainsi le même théâtre céleste : au chef et à ses fidèles apôtres, les félicités du royaume de l’abondance et des jouissances claniques ! Aux masses en peine, le crachat de leur mépris ajouté aux « Immondices » de la misère et du désespoir — prête-moi tes mots, Améa Jean.

Et le peuple dans tout cela ? Que devient-il ? Ignoré d’une élite de cols blancs ayant perdu tout idéal, trahi par les proses d’abdication infecte de ses écrivains loufoques et parvenus, ignoré de son chef, il ne s’en remet plus qu’à une main providentielle pour le « délivrer du mal » ! Ah ! Quel « brave-tchê » nouveau pourrait-il venir délivrer ce peuple de ces héros d’hier subitement devenus bourreaux et Exécuteurs de tant de Hautes Œuvres malsaines ? Mais surtout, et en attendant cet autre Godot, quel traitement réservé aux problèmes auxquels l’on avait promis mille et une solutions ?
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Vendredi 18 Mai 2018
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