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CÔTE D'IVOIRE - Pourquoi nous devons poursuivre la désobéissance civile


CÔTE D'IVOIRE - Pourquoi nous devons poursuivre la désobéissance civile
Le dimanche 20 septembre 2020, l’opposition ivoirienne, réunie autour de l’ancien président Henri Konan Bédié, a appelé les Ivoiriens à une désobéissance civile, concept forgé par l’Américain Henry-David Thoreau qui refusa de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique et passa une nuit en prison pour ce refus (cf. H.-D. Thoreau, ‘La désobéissance civile’, 1849).
L’objectif de Thoreau, en refussant de payer cette taxe, n’était pas nécessairement de combattre l’injustice sociale mais de ne pas la cautionner. Il se plaçait donc sur un terrain purement moral ou subjectif. En d’autres termes, il voulait être en accord avec lui-même. Dans son cas comme dans celui d’Antigone qui enfreint l’ordre de Créon, roi de Thèbes, de ne pas donner une sépulture digne au “traître” Polynice ou de Socrate préférant le respect des lois qu’il jugeait bonnes à l’évasion que lui conseillait son ami Criton pour échapper à la mort par absorption de la ciguë, (cf. Platon, ‘L’Apologie de Socrate’), il s’agit d’être en paix avec sa conscience. Comme le note Hannah Arendt, la conscience ici “est apolitique [en ce sens qu’elle] ne s’intéresse pas au monde où existent des abus ou aux conséquences que ceux-ci peuvent avoir sur l’avenir de ce monde” (cf. ‘Du mensonge à la violence’, Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 62).
Dans la conception arendtienne, la désobéissance civile, en revanche, “est le fait d’un groupe, une action concertée par laquelle un désir de changement sur le plan politique est manifesté” (‘Du mensonge à la violence’, op. cit.). Son but est de contester l’ordre établi alors que la révolution vise à instaurer un nouvel ordre politique. Pour arriver à leurs fins, les révolutionnaires ne s’interdisent pas de recourir à la violence (assassinats, enlèvements, etc.).
Les partisans de la désobéissance civile, eux, utilisent des moyens pacifiques tels que les marches de protestation, les villes mortes pour paralyser le pays, le refus de payer l’impôt ou les factures d’eau, d’électricité, voire le boycott de certains produits (les vins et fromages, le champagne, le pain, le lait, les stations d’essence, le téléphone, etc.). La plupart de ces produits étant fournis par les entreprises françaises, il va sans dire que la désobéissance civile vise aussi la France qui sortit Gbagbo pour installer Ouattara au pouvoir en avril 2011 (cf. Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel, ‘Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy’, Paris, Flammarion, 2014) et dont le silence sur la candidature illégale de Ouattara peut être interprété comme un feu vert donné à un individu qui avait pourtant juré qu’il ne ferait pas plus de deux mandats.

Autant dire que nous commettrions une grave erreur si nous nous contentions de dégager Ouattara. Le système françafricain qui se caractérise entre autres par le contrôle des États africains et le pillage des matières premières tout en appauvrissant les Africains peut très bien remplacer Ouattara par un autre laquais. C’est à ce système qu’il faut mettre fin dans toute l’Afrique francophone mais tous les soi-disant opposants le désirent-ils vraiment ? Sont-ils prêts à agir et à souffrir comme Mahatma Gandhi ? Le 8 août 1942, ce dernier lança à Bombay un mot d'ordre sans concession “Quit India ! (Quittez l'Inde !) accompagné du slogan “Agir ou mourir”. Le leader indien est arrêté et jeté en prison quelques heures plus tard et son parti déclaré illégal. Au lieu de céder au découragement, le peuple indien se met en ordre de bataille le 9 août à travers des manifestations, boycotts et grèves. Plus la police tire sur la foule, plus celle-ci devient incontrôlable. Partout, dans le pays, elle détruit édifices publics, lignes électriques, ponts et gares. Car c’est toute l’Inde qui est vent debout contre les Britanniques. Le 28 juillet 1942, Sardar Vallabhbhai Patel, chef nationaliste historique, avait déclaré à Ahmedabad : “Entre l'esclavage et l'illégalité, nous devons choisir l'illégalité. Après l'illégalité, une Inde indépendante pourrait émerger. Mais, si l'Inde choisit l'esclavage, nous ne pourrons jamais nous redresser.” Le peuple qui manifestait avait certainement en tête cet appel de Patel. Voilà pourquoi la répression qui tua un millier de personnes ne put venir à bout de sa détermination.

Nous pouvons ainsi voir que la désobéissance civile peut déboucher sur le changement auquel aspire le peuple si celui-ci et ses leaders sont prêts à en payer le prix et à ne pas reculer devant la première difficulté. Pour tout dire, il suffit de dire “non” à un système criminel pour qu’il disparaisse comme le soulignera Gandhi dans un discours mémorable prononcé à Genève. Il disait ceci : “Le mouvement ouvrier peut toujours être victorieux s’il est parfaitement uni et décidé à tous les sacrifices, quelle que soit la force des oppresseurs. Si les travailleurs arrivent à faire la démonstration facile à comprendre que le capital est absolument impuissant sans leur collaboration, ils ont gagné la partie. Il existe dans toutes les langues un mot généralement très bref: « non ». À la minute même où les travailleurs comprennent que le choix leur est offert de dire « oui » quand ils pensent « oui » et « non » quand ils pensent « non », le travail devient le maître et le capital l’esclave.”

Pourquoi une mobilisation nationale est-elle devenue nécessaire ? Parce que le régime Ouattara s’est illustré et continue de s’illustrer par des actes qu’aucun régime avant lui n’a posés : rattrapage ethnique ou promotion des personnes d’une ethnie et d’une religion, arrestations et emprisonnements arbitraires, enlèvement et sacrifice d’enfants, marchés publics passés de gré à gré, justice inféodée à l’exécutif, déguerpis obligés de dormir au cimetière, endettement excessif du pays, gaspillage des deniers publics (achat de plusieurs avions, voyages inutiles et coûteux), etc.

Qui peut prendre part à la désobéissance civile ? Tout le monde car chaque couche sociale a fait les frais de la politique prédatrice, discriminatoire et inhumaine du régime Ouattara, lequel Ouattara a récemment avoué dans ‘Paris Match’ qu’il veut se représenter pour protéger les musulmans et les nordistes. Désobéir à un tel régime, c’est non seulement sauver la patrie mais obéir à Dieu Lui-même qui est justice, vérité, liberté et vie et, donc, Lui rendre hommage” (cf. Jean XXIII, ‘Pacem in terris’, 1963). Quand ces valeurs sont quotidiennement foulées aux pieds dans un pays, quand les citoyens sont kidnappés chez eux (Mmes Pulchérie-Édith Gbalet et Yobouet Akissi) ou agressés à l’arme blanche (Samba David) pour un “oui” ou un “non”, quand la terreur et les menaces sont la seule réponse du gouvernement aux légitimes revendications du peuple, alors la désobéissance civile devient, pour le peuple, “un devoir sacré” (Gandhi).

Nous n’avons pas la culture de la désobéissance au tyran et à l’ancienne puissance colonisatrice. Il nous est plus facile de dire “oui” là où nous aurions besoin de dire “non” tout simplement parce que nous avons peur de ceci ou de cela. Or la peur, comme le silence et la résignation, nous rend complices des tyrans. C’est la raison pour laquelle Étienne de la Boétie parle de “servitude volontaire”. C’est par ses questions que je conclurai ma réflexion :“A-t-il [le tyran] pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?” L’écrivain français ajoute : “Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir. Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre.” (cf. ‘Discours de la servitude volontaire’, 1576)

La désobéissance civile, à laquelle il est heureux que Pascal Affi N’Guessan ait fini par se rallier, ne doit pas faiblir si nous voulons chasser Dramane Ouattara. Celui-ci croit pouvoir diviser l’opposition en libérant uniquement certains partisans de Soro ou intimider les Ivoiriens en laissant un narcotrafiquant notoire proférer des menaces puériles. L’opposition doit montrer que tout cela n’est que vaine gesticulation en reprenant l’initiative le plus vite possible.

Jean-Claude DJÉRÉKÉ
Mercredi 30 Septembre 2020
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