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CÔTE D'IVOIRE - ÉLÉPHANTS - Didier Drogba sur RFI : « Nous avons notre mot à dire. »

Radio France Internationale a rencontré l’ex-international ivoirien Didier Drogba lors de la nuit des Awards de la Fédération de football de la République islamique de Mauritanie, le 9 décembre 2017 à Nouakchott.
L’ancien joueur de Chelsea revient sur sa carrière, expose ses projets futurs, et fait un diagnostic sans complaisance du football ivoirien qu’il se dit prêt à aider.


Que devenez-vous ?

Je suis toujours là. Je suis toujours le même. Je continue de jouer en deuxième division américaine (Phoenix Rising).

Avez-vous toujours plaisir à fouler les terrains ?

C’est la passion qui me guide. Le corps va très bien, donc forcément c’est plus facile de continuer. Je me sens comme un privilégié de continuer à marquer des buts à presque 40 ans et de continuer à prendre plaisir comme ça. J’aime aussi découvrir l’aspect administratif d’une équipe de football en étant copropriétaire du club de Phoenix. C’est un bel apprentissage et je prépare une reconversion
qui, je l’espère, sera aussi excitante que ma carrière de joueur.

Combien de temps consacrez-vous à ces nouvelles tâches ?

C’est une implication au quotidien en relation permanente avec l’entraîneur. Nous voulons développer ce petit club qui n’a qu’un an d'existence.

Et quel est votre objectif ?

On espère avoir la licence Major League Soccer (Association sportive professionnelle nord-américaine regroupant des franchises de soccer du Canada et des États-Unis, ndlr) en 2021.

C’est une chose compliquée ?

Nous avons un dossier costaud. En Arizona il y a beaucoup de Mexicains et on sait que la MLS est très friande de cette communauté. Il n’y a pas de club MLS entre Los Angeles et le Colorado, donc il y a vraiment une demande et de la place. Par ma présence, on espère appuyer le dossier. Je ne compte pas quitter le monde du football.

Est-ce que Chelsea reste aussi dans vos futurs projets ?

Qu’on le veuille ou non, et quitte à déplaire aux autres clubs, Chelsea c’est la maison. J’ai de très bonnes relations avec le président. J’ai remporté mes plus beaux trophées là-bas. Je pense que les grands moments de ma carrière se sont passés à Chelsea. En tout cas, je suis un ambassadeur du club, et cela à vie. Quand l’opportunité se présentera, quand le moment sera venu et qu’ils me feront appel, j’essaierai de répondre présent.

Il y a quelques jours, nous avons appris que vous étiez de retour dans le football ivoirien auprès d’un club, le Williamsville Athletic Club (WAC), vice-champion de Côte d’Ivoire. Pourquoi l’avoir rejoint et pour y faire quoi ?

Tout est parti de ma volonté de m’impliquer dans le football ivoirien et africain en général. J’ai vécu de grandes émotions en Afrique. Je ne me vois pas tourner le dos à ce football, même s’il y a d’autres clubs dans lesquels j’ai évolué. C’était important pour moi d’intégrer la famille du football ivoirien et d’essayer de contribuer à son développement.

Avec la Ligue des champions africaine dès cet hiver !

Je suis vraiment très fier de ces joueurs-là. Cela fait trois années qu’ils surprennent vraiment. On ne les attend pas, on les sous-estime. Mais par leur qualité de jeu, leur état d’esprit et leur envie de se rassembler, ils fournissent un football de qualité. C’est l’attraction du championnat et ils ont fait trembler plus d’une équipe…

La Côte d’Ivoire a perdu sa qualification pour le Mondial 2018 en Russie au profit du Maroc. Est-ce que cela vous a surpris ? Ou est-ce que finalement, au vu des derniers résultats (élimination au premier tour de la CAN au Gabon) vous pensez que c’est logique ?

Ça me fait énormément de peine de dire ça, d’autant plus que je suis triste pour ces jeunes joueurs talentueux qui vont passer à côté de quelque chose de grand dans leur progression, mais c’est une suite logique. Je ne suis pas surpris !

On parle de transition générationnelle. Est-ce un manque d'encadrement ?

Tout dépend de comment la transition a été faite. Tout dépend de la vision de la fédération pour faire une transition. Une transition se fait en douceur. A Chelsea, nous sommes en pleine transition depuis 2012. Et cette transition s’est terminée la saison dernière avec le départ de John Terry. Cela a duré quand même 5 ans.
Une transition ne se fait pas du jour en lendemain en enlevant un tel et un tel, en les remplaçant par tous les jeunes. Ces jeunes-là ont besoin d’être guidés comme nous l'avions été en équipe nationale.
Quand je suis arrivé, il y avait Bonaventure Kalou, Cyril Domoraud, j’en oublie beaucoup. Ils étaient là pour nous guider. Et c’est grâce à eux qu’on s’était qualifié pour la Coupe du monde, grâce à leur expérience et leurs échecs passés aussi.

Ce n’est donc pas que sportif ?

Ce n’est pas que sportif malheureusement et on le paye. Sur le papier, je pense qu’on avait les joueurs pour passer. Mais c’était compliqué pour les jeunes. Nous, nous avions l’expérience des anciens pour nous recadrer. Mais là, on ne peut pas laisser de jeunes joueurs comme ça.
Je les ai eus parfois au téléphone. Ils me demandaient comment aborder ce genre de match. On aurait aimé être à leurs côtés. Et ne pas les abandonner comme ça. Car pour moi, c’est une forme d'abandon.

Ils ont été abandonnés par qui ? Par les dirigeants ? Le sélectionneur ?

Beaucoup pointent du doigt le coach, la fédération. C’est vrai, ils ont leur part de responsabilité. Le coach est le représentant de l’équipe et de la nation. Il faut savoir qu’il a été imposé. Donc à partir de ce moment-là, il faut assumer ses responsabilités et il l’a fait. Je ne suis pas là pour pointer du doigt mais je pense
qu’aujourd’hui, il faut essayer de rassembler le football ivoirien. Il y a un football local, mais les stades sont vides. Tout cela manque de passion. Et c’est la raison aussi pour laquelle je me suis impliqué.
Il faut redonner un engouement à la scène locale. Des joueurs comme Yaya Touré, Kolo Touré, Zokora ont été formés sur la scène locale, ils ont appris le football en Côte d'Ivoire avant d’exploser à l’étranger. Donc il faut redonner goût aux Ivoiriens d’aller au stade. C’est la base. La fédération doit tirer un bilan de cet échec.

La Fédération doit-elle se réorganiser, doit-elle consulter, faire des États généraux du football ?
Parce qu’il y a une CAN en 2019.


Effectivement, Il y a une CAN en 2019 et surtout la Côte d’Ivoire organise la CAN en 2021. Donc il faut revoir toute la stratégie du foot ivoirien et tous les acteurs doivent être impliqués.

Et vous vous impliquerez ?

Oui. Je m’impliquerai avec beaucoup de plaisir et de détermination parce qu’on parle de l’avenir du football dans le pays et de l’héritage qu’on a laissé ces 15 dernières années. Sans compter celui des anciens. On a réussi à mettre le football ivoirien à un niveau où il n’a jamais été. Et repartir à zéro comme maintenant, c’est triste à voir. La victoire à la CAN 2015 n’a fait que masquer beaucoup de carences. C’est grâce à la présence de joueurs comme Yaya Touré, Kolo Touré, Siaka Tiéné, Copa Barry qui ont été rappelés. Une fois que ces joueurs-là se sont retirés, on a vu les carences du football ivoirien.
Donc à un moment donné, il faut qu’on revienne, que l'on s’implique. Nous avons notre mot à dire parce nous avons porté cette équipe au plus haut.

Quelle équipe africaine vous voyez aller loin en Russie ? Cette année peut être celle d’une équipe africaine ?

Je mets une pièce sur le Nigeria, car c’est l’équipe la plus constante. Ils sont là régulièrement en huitième de finale. Ils ont perdu contre l’Argentine, mais les joueurs argentins ont quand même tremblé face au Nigeria. C’est pour moi l’équipe qui peut aller le plus loin. Maintenant, j’espère qu’on aura plus de représentants après le premier tour. Il y a aussi le Sénégal, car ils ont une vision, des académies, des centres de formation. Il y a beaucoup de choses pour
justifier aujourd’hui la place du Sénégal en Coupe du monde. En Côte d’Ivoire, on n’a plus ces repères. Et dans le football, il n’y a pas de secret, si tu travailles, tu réussis. A partir du moment où tu cesses de travailler, tu régresses et un jour tu plonges comme on a plongé aujourd’hui.

Pour terminer, quelle est, selon vous, le joueur africain qui mérite le titre, quelqu’un qui puisse vous succéder ?


Il y a beaucoup de prétendants et puis je les connais tous. Donc, je ne vais pas m’avancer à citer un nom sinon mon téléphone va « chauffer». Mais c’est beau de voir qu’il y a un intérêt pour ce titre de meilleur joueur africain. C’est un titre qui doit être plus encore mis en avant. Peu importe celui qui le remporte. Son objectif sera de porter le football africain au plus haut. Que ce soit Sadio Mané,
Pierre-Emerick Aubameyang, Mohamed Salah ou d’autres, leur objectif
c’est d’emmener l‘Afrique au top, que ce soit en sélection ou à travers leur club comme ont pu le faire Yaya Touré, Samuel Eto’o et bien d’autres encore.

Interview retranscrite par Edson Titi
Jeudi 14 Décembre 2017
La Dépêche d'Abidjan



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