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CÔTE D'IVOIRE - 7 décembre 1993 Ouattara tente un coup d’État constitutionnel

Le 7 décembre 1993, il y a exactement 24 ans, Félix Houphouët-Boigny rendait l’âme à Yamoussoukro, laissant le pays dans la douleur et le recueillement. C’est ce moment que choisit Alassane Dramane Ouattara (à droite sur la photo) pour se révéler tel qu’en lui-même: un fauteur de troubles et un "mélangeur" de pays.


Avec la complicité de Philippe-Grégoire Yacé, alors président du Conseil économique et social, le Premier ministre qu’il était va tenter un coup de force constitutionnel pour couper l’herbe sous les pieds du dauphin constitutionnel, Aimé-Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale (à gauche).
Selon l’article 11 de la loi n°60-356 du 3 novembre 1960 portant Constitution modifiée par la loi n°90-1529 du 6 novembre 1990, « en cas de vacance de la présidence de la République par décès, démission ou empêchement absolu constaté par la Cour suprême saisie par le gouvernement, les fonctions de président de la République sont dévolues de plein droit au président de l’Assemblée nationale. Les fonctions du nouveau président de la République cessent à l’expiration du mandat présidentiel en cours ».
Ouattara va faire de la résistance. Il ne présente pas sa démission. Refusant de saisir, ici et maintenant, la Cour suprême, il produit un communiqué, lu par le ministre Auguste-Sévérin Miremont (ci-dessous), qui indique sa volonté de gagner du temps à l’effet de garder le pouvoir d’Etat.
«A la suite du décès du chef de l’Etat, le président Félix Houphouët-Boigny, le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara a présidé un Conseil de gouvernement ce mardi 7 décembre 1993 de 17 heures à 18 heures, au Palais présidentiel. A l’issue de cette réunion, le gouvernement a arrêté les dispositions suivantes :
1) Un deuil national de 1 mois est proclamé à compter de ce jour. Pendant cette période, les drapeaux seront mis en berne sur toute l’étendue du territoire national.
2) Conformément aux dispositions constitutionnelles, la Cour suprême sera saisie par le gouvernement pour constater la vacance de la magistrature suprême.
3) En attendant, le Premier ministre, chef du gouvernement, a demandé aux ministres d’expédier les affaires courantes.»

Henri Konan Bédié va éviter le piège et témoigne dans son livre autobiographique :
«C’est vrai que j’ai quitté le chevet du Président (Félix Houphouët-Boigny) deux jours avant son décès, parce que ma présence à Yamoussoukro pouvait être mal perçue. Je ne voulais pas donner aux gens le sentiment que j’attendais le dernier soupir d’Houphouët. Lorsque nous avons été informés de son décès, le 7 décembre, jour de la fête nationale, nous avons organisé une prise d’armes et nous avons commencé la cérémonie par un salut au drapeau, puis je me suis retiré au Palais présidentiel avec le Premier ministre (Alassane Dramane Ouattara) et M. Philippe Yacé, président du Conseil économique et social, et le Grand chancelier Germain Coffi Gadeau. Et là, j’ai assisté au déclenchement des hostilités: Philippe Yacé a déclaré que le Premier ministre devait être celui qui se rendrait seul à Yamoussoukro pour s’incliner devant la dépouille mortelle. J’ai objecté qu’il était impensable, dans ma position et compte tenu des fonctions que j’exerçais, que je n’aille pas saluer la dépouille du président. J’ai donc décidé de m’y rendre, mais j’ignorais que le Premier ministre avait fait préparer l’avion présidentiel qui se tenait prêt à décoller pour l’emmener. Il ne m’avait pas invité à l’accompagner alors que, constitutionnellement, depuis la mort d’Houphouët-Boigny, j’étais le nouveau Chef de l’État. Je me suis rendu à Yamoussoukro par la route et je ne suis revenu qu’à 18 heures. Entre-temps, le Premier ministre de retour, avait annoncé par les médias le décès du Président et mis en place un comité d’organisation des obsèques, alors que ce n’était plus son rôle. Il avait cessé d’être Premier ministre à l’instant où le Président expiait.

Que décidez-vous de faire ?
J’ai passé la journée sur la route, je me suis incliné devant la dépouille mortelle et je me suis entretenu avec la famille. Puis j’ai décidé de faire une déclaration dès mon retour à Abidjan.

Quand ?
Durant le journal télévisé et radiodiffusé de 20 heures. Pour rassurer l’opinion sur le fait que le pays serait gouverné, en conformité avec la Constitution. Le lendemain, le pays a repris le travail normalement, comme si rien ne s’était passé, dans la dignité et le recueillement. Ma déclaration a suffi à faire comprendre aux intrigants que leur cause était perdue. Le Premier ministre ne pouvait que se rendre à l’évidence. L’armée n’avait pas bougé car elle reconnaissait la pleine légitimité du processus de succession. Une demi-heure après ma déclaration, les représentants du Corps diplomatique me rencontraient à mon domicile pour confirmer, sur le plan international, cette reconnaissance»*
*Les Chemins de ma vie, Henri Konan Bédié, éditions Plon (pp. 145 – 146)

Ferro M. Bally
Jeudi 7 Décembre 2017
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