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CLAUDE BARTOLONE A-T-IL BESOIN D’ÊTRE ÉCLAIRÉ SUR LA CRISE IVOIRIENNE?


Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale française, Alassane Ouattara chef de l'Etat, Guillaume Soro président de l'Assemblée nationale ivoirienne, et Dagri Diabaté Grande Chancelière, à la présidence de la République à Abidjan.
Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale française, Alassane Ouattara chef de l'Etat, Guillaume Soro président de l'Assemblée nationale ivoirienne, et Dagri Diabaté Grande Chancelière, à la présidence de la République à Abidjan.
Dans son discours devant l’Assemblée Nationale ivoirienne, Claude Bartolone, le président du Parlement français, a tenu ces propos, qui, auraient pour but de démontrer, à la face du monde, tous les efforts déployés par la France, en vue d’une résolution pacifique de la crise ivoirienne : « Je viens m’interroger, avec votre aide, sur l’action de la France et son image, sur la façon dont elle peut au mieux vous accompagner, sans préjuger ce dont nous pouvons encore chacun tirer de la relation exceptionnelle qui nous lie ». Il ajoutera dans le chapitre conclusif de son discours : « Je suis venu à votre rencontre pour vous entendre m’éclairer sur la situation dans votre beau pays. Je veux aussi vous écouter me parler de la France, et de la France et de la Côte d’Ivoire réunies. Je ne veux rien comparer , je ne veux rien préjuger, je veux d’abord vous parler ». Ces paroles hautement politiques et hermétiques constituent un piège politique tendu au FPI (le parti de Gbagbo), à l’opposition ivoirienne qui ont choisi, contrairement à Alassane Ouattara et au RHDP, de jeter en Côte d’Ivoire les bases de la démocratie, et ne sauraient, par conséquent, résister à la tentation de comparer les progrès démocratiques réalisés dans notre pays « ex-colonie française », à ceux conquis par les populations françaises avec lesquelles nous partageons, comme l’a relevé le président du Parlement français à son collègue ivoirien, un passé historique qui nous a construits, et nous a légué une langue, des populations, et des cultures.
La politique coloniale française qui a privilégié, jusqu’à nos jours, l’administration directe de ses colonies, nous a permis d’avoir en héritage un des biens les plus précieux que voudrait, malheureusement, nous nier la métropole ; il s’agit de la démocratie, la forme de gouvernement garante des droits universels de l’homme, que ne relève pas, sciemment, Claude Bartolone, durant son discours, puisqu’il a choisi de ne rien préjuger. La violation flagrante des droits de l’homme en Côte d’Ivoire : la déportation du président Gbagbo à la Haye, figure politique, emblématique, indispensable à la réconciliation nationale, les 83 prisonniers politiques dont des membres influents du FPI jugés comme de grands criminels par le régime d’Alassane Ouattara, la grève de la faim des prisonniers qui ne désirent qu’à être jugés, la formation de la Cei par Ouattara (arbitre et joueur), le refus d’un dialogue politique véritable avec l’opposition ivoirienne, la justice des vainqueurs ou la justice sur mesure dont sont victimes les démocrates ivoiriens, seraient, selon les propos de Claude Bartolone, qui « ne veut rien comparer rien préjuger », une situation purement africaine, locale, ivoirienne, étroitement liée à une démocratie africaine. Dans un tel contexte politique, l’opposition ivoirienne qui réclame des réformes conformes à toute grande démocratie occidentale, en vue des élections présidentielles de 2015, semble naviguer à contre-courant, puisque la démocratie ne saurait être, pour les autorités politiques françaises, dans leur ensemble, la forme de gouvernement utile au développement de nos pays africains. Lorsque Thomas Hobbes publiait en 1651 son oeuvre intitulée le Leviathan, un Traité relatif à la formation de l’État et à la souveraineté, il distingua trois types d’État : l’aristocratie (forme de gouvernement où le pouvoir souverain appartient à la noblesse), la monarchie (régime politique dans lequel le Chef de l’État est un monarque, un roi héréditaire) et la démocratie (la forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple). Thomas Hobbes trouvait au 17ième siècle que le régime qui correspondait aux populations de son époque à peine sorties de l’état de nature, était la monarchie absolue qui concédait au monarque le pouvoir absolu ; ce dernier ne devrait pas être limité par des lois civiles qu’il institue lui-même pour le bonheur du peuple. Les autorités politiques françaises ont choisi, de manière délibérée, de nous éloigner de la démocratie. Elles affirment, tout haut, s’opposer, par exemple, à toute modification de la Constitution de nos pays africains, et pourtant Blaise Compaoré, au Burkina Faso, avec la bénédiction officieuse de la Métropole, décide, à travers un référendum, de modifier celle de son pays. En Côte d’Ivoire, Claude Bartolone, après Hollande, choisit, de manière subtile, à la place du peuple ivoirien, notre président, en la personne d’Alassane Ouattara, sinon comment expliquer ce mutisme de la France face au régime d’Abidjan qui fait de l’épuration ethnique (du rattrapage ethnique) un projet politique de gouvernement. Tous ces obstacles dressés volontairement devant les démocrates ivoiriens ont pour but de nous inciter à emprunter le chemin des hommes à l’état de nature pour justifier les choix politiques de Ouattara, qui concilie dans sa forme de gouvernement, aussi bien l’aristocratie mandingue (tous les haut cadres ivoiriens sont pratiquement issus de ce groupe ethnique) que la monarchie absolue, étant lui-même le roi héréditaire, descendant d’un empereur mandingue qu’il prend soin de relever dans toutes ses biographies. Au Leviathan de Thomas Hobbes, Alassane Ouattara substitue progressivement le Crocodile Antique (l’État mandingue) ; la voie large (la magie noire), la culture, la mystique héritées du passé mandingue. Cet État, après les élections, se chargera, logiquement, nous le constatons déjà, de se débarrasser des Ivoiriens issus des quatre points cardinaux de notre cher pays, car le pays devient progressivement la propriété des citoyens de la CEDEAO. Claude Bartolone ignorerait-il ce scénario macabre, l’épuration administrative, ethnique, dont sont victimes les Ivoiriens issus des autres groupes ethniques ? Comment prophétiser, dans un tel contexte politique, des lendemains meilleurs à notre pays et orienter notre regard vers des faits politiques qui contredisent, en réalité, la bonne foi de la France ? Relevons à ce sujet quelques extraits du discours du président du Parlement français : « Á peine trois ans après cette crise, un vent puissant souffle de nouveau, il souffle l’espérance, l’espoir de vous rendre la place qui est la vôtre en Afrique : celle d’un modèle, d’une référence, d’une avant-garde, sur un continent qui lui-même porte l’avenir du monde. Je suis par ailleurs persuadé que la Côte d’Ivoire peut stimuler l’essor de l’Afrique et servir de modèle. Je le dis d’autant plus assurément qu’elle l’a déjà fait. […] Je fais référence, vous vous en doutez, au « miracle ivoirien », à cet exemple de développement économique et de stabilité, de cohésion, qui a constitué, dans la seconde moitié du vingtième siècle, une fierté pour la région et le continent.[…] Et j’en suis convaincu : nous assistons, depuis deux ans, au retour des conditions qui ont fait ce miracle. Le «miracle ivoirien » se rappelle à nous. Beaucoup de choses ont été entreprises, depuis trois ans. Sur le plan économique, le constat est sans ambiguïté, avec un taux de croissance de plus de 8%. C’est le reflet d’une paix retrouvée mais aussi le résultat de politiques permettant d’augmenter l’investissement public, de mobiliser l’investissement extérieur, et de réformer l’économie. De la même manière, je veux saluer les progrès réalisés en matière de désarmement et de réinsertion, un chantier délicat après tant d’années de crises. Dans ce domaine aussi, vous êtes un modèle, que d’autres nations observent attentivement ». En soulignant expressément que l’essor économique de notre pays coïncide avec l’installation de Ouattara par la France, Claude Bartolone ferme les yeux sur les effets positifs du budget sécurisé sous le président socialiste Gbagbo, qui était une voie royale vers la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Il préfère la politique d’endettement d’Alassane Ouattara qui fait de notre pays la vache à lait de la France. Nous n’assistons pas en Côte d’Ivoire à un miracle ivoirien puisque le rattrapage ethnique exclut logiquement une partie de la population ivoirienne, il serait mieux de parler plutôt d’un « miracle mandingue » qui ne pourra se réaliser malgré tout le soutien officieux de la France à cette politique tribale, parce que les autres Ivoiriens sont aussi fiers de leur culture, de leur spiritualité, de leur passé, et n’accepteront pas, indéfiniment, d’être victimes des « étrangers » qui font la loi dans leur propre maison. C’est une offense faite aux Ivoiriens que de comparer Alassane Ouattara à Houphouët en parlant du miracle ivoirien, sous ce régime mandingue aristocratique, monarchique, parce que ce président du PDCI-RDA, Houphouët, aimait, lui, la Côte d’Ivoire. Un taux de croissance de plus de 8% ne saurait être le reflet d’une paix retrouvée, puisque Ouattara est le premier à reconnaître que « l’argent ne circule pas », ce qui signifie que le peuple est maintenu dans la misère à la veille des élections de 2015. Une stratégie politique qui n’est pas nouvelle ; il nous suffit d’évoquer les différents embargos, qui ont précédé l’installation de Ouattara, puisque sans argent (sans des banques nationales, sans des structures économiques aux mains des Ivoiriens) l’opposition ivoirienne souverainiste ne peut naturellement battre campagne, se déplacer, mobiliser la masse. Le désarmement n’est qu’une parole vaine puisque les armes circulent et non l’argent pour mieux asservir nos populations. L’opposition ivoirienne empruntera, contre vents et marées, la voie de la démocratie et non de l’aristocratie ou de la monarchie mandingue, avec tout le respect que nous avons pour ces dignes fils du mandingue conscients du fait que seule l’unité des Ivoiriens autour de notre Constitution favorisera la réconciliation entre toutes nos populations, reflet d’une paix véritable. Il faut que le président du Parlement Français, Claude Bartolone, se rende à cette évidence, puisqu’il tient à être éclairé.

Une contribution de Isaac Pierre
BANGORET (Écrivain)
Mardi 28 Octobre 2014
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